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MANU DIBANGO
Choc ’n Soul 

1978-1989 sessions
Reissued by Manu Dibango
 

Featuring : Michaël & Randy Brecker
Sly Dunbar & Robbie Shakespeare 

Including : “Reggae Makossa” 1978 Kingston Remix 




Un Eléphant dans l’Atlantique Noire
N’importe quelle baignoire habituée aux vagues que fait le vaisseau dibangien - le “soul makossa Gang” - reconnaîtra à la première écoute de la compilation 2010, les thèmes fourbis dans les décades 1970 et 1980. Les 7 premiers titres confiés aux bons soins du duo rythmique jamaïcain – Robbie Shakespeare et Sly Dunbar, sont passés au “Karcher”, ou au “Shaker”, comme on voudra, d’un flow hypnotique par sa lenteur syncopée, sa circularité, et ses deux temps mortels et skan-y, ses appels-réponses (…). Les 5 morceaux qui suivent participent du Gang II, de la décade 1980, lorsque parvenu à sa vitesse de croisière, le vaisseau dibangien, recense, inventorie, classe, et met en ondes, différents “univers-africains-de la parole”. Ensuite il mélange, superpose, rajoute, harmonise, ré-invente un “mur du son” compact d’acoustique, d’électricité et d’électronique, telle une machine à swing qui arpente l’espace des littératures orales africaines, fixées par écrit, devenu mémoire de l’urbain. Ainsi naissent les “good books”. Les titres de cette compilation sont à verser aux archives du band-leader alors cinquantenaire : ils découpent dans le temps, vingt années qui séparent la naissance de l’impétrant Manu D. au monde professionnel (Bruxelles, 1958) et le voyage en Jamaïque (Kingston, 1978). Arpenter les deux rives de l’Atlantique Noire, tel est le thème de l’hymne aux pères, aux ancêtres, “Bona Sango”. Ndjockè, l’éléphant, patronyme de son créateur, est aussi l’avatar de la méga-mémoire sonore et visuelle, supra-phénoménale, entre forêt tropicale et Atlantique.
Ed Makossa ma Ndjehoya

Note de l’auteur : Les idiomes zulu, xhosa ou xhoï-san et les cuivres de Hughes Masekéla, yoruba de Fela Kuti - l’Afro-beat des Africas 70’s et Egypt 80’s -, ashanti et ewé d’Osei Koffi et son Osibisa, constituent les pages et chapitres de la genèse du “Good Book” africain et urbain, le “byblos, livre” à l’usage des jeunes générations du siècle passé. A la différence d’Akendengué, resté maître des techniques du voicing du littoral et de la forêt gabonaise, les sultans du swing cités supra sont des instrumentistes attachés au pupitre des cuivres. Ces deux décades (1970-1980), sont racontées en partie, dans des biographies écrites (E. Rouard, Lieu Commun, Trois Kilos de Caféà, ou filmées (B. Soulé, La Sept-Arte, Silences) à la fin des années 1980.

Note de Manu : mille mercis à mon ami Plantu.  


An Elephant in the Black Atlantic
Any bathtub accustomed to the waves created by the Dibango boat – the Soul Makossa Gang – can take a first listen to the 2010 compilation and instantly recognize these polished-and-ready-for-battle tunes from the Seventies and Eighties. The first seven titles entrusted to the Jamaican rhythm-duo of Robbie Shakespeare & Sly Dunbar have been pressure-hosed – put in the shaker if you prefer – through a hypnotic, slow-motion flow of circularity, killer skany two-beats, calls & responses (…) The five pieces that follow belong to Gang II, the Eighties version, when, finally at cruising speed, the S.S.  Dibango inventoried, classified and released over other (air) waves various African worlds of words. The ship went on to mix, overlay, add, harmonize and generally reinvent a compacted wall of sound made up of acoustics, electrics and electronics, like some Swing-machine pacing up and down the space of oral African literature, and then fixed into words to become the urban memory. And so the «good books» were born. The titles in this compilation are to be added to the archives of the bandleader at fifty: they carve out periods in the twenty years separating the birth of Manu D, the pretender to the professional world (born Brussels, 1958), and his voyage to Jamaica (Kingston, 1978). To pace the shores on both sides of the Black Atlantic, such is the theme of the hymn to our fathers, our ancestors, «Bona Sango». Ndjocke the elephant, the creator’s patronymic, is also the avatar of the supra-phenomenal mega-memory in sound & vision that lies between the tropical forests and the Atlantic.
Ed Makossa ma Ndjehoya

Author’s note: Zulu, xhosa or xhoï-san idioms, the brass of Hughes Masekela, the Yoruba of Fela Kuti – the Afro-beat of Seventies Africa and Eighties Egypt – Ashanti and the Ewé of Osei Koffi and his Osibisa, constitute the pages and chapters of the genesis of the African and urban «Good Book», the «Byblos» read by young generations of the past century. Unlike Akendengue, who remains a master of voicing techniques from the coastline and forests of Gabon, the sultans of swing mentioned above are all instrumentalists with chairs in the brass-section. The story of these two decades (1970-1980) is related, in part, in biographies either written (Trois Kilos de Café, Danielle Rouard, Lieu Commun) or filmed (Silences, Béatrice Soulé, La Sept-Arte) at the end of the Eighties.  

discographie
Choc ’n Soul, 1978-1989 sessions by Manu Dibango
01. Choc ’n soul (Manu Dibango – éd. Chicago 2000) 5’15
02. Reggae Makossa (Manu Dibango – éd. Chicago 2000) 6’34
03. Bushman Promenade (Manu Dibango – éd. Soul Makossa-Universal Pb) 4’59
04. Mouna Pola (Manu Dibango – éd. Chicago 2000-Radiomusic) 5’13
05. Africa Boogie (Manu Dibango – éd. Chicago 2000-Radiomusic) 4’15
06. Douala Serenade (Manu Dibango – éd. Chicago 2000-Radiomusic) 6’25
07. Happy Feeling (Manu Dibango – éd. Chicago 2000-Radiomusic) 6’22
08. Night Jet (Manu Dibango – éd. Chicago 2000-Radiomusic) 6’42
09. Ça va chouia (Manu Dibango – éd. Chicago 2000-Radiomusic) 5’54
10. Goro city (Manu Dibango – éd. Chicago 2000-Radiomusic) 8’33
11. Waka Juju (Manu Dibango – éd. Chicago 2000-Radiomusic) 4’47
12. Minuit au circuit (Manu Dibango – éd. Soul Makossa-EMI Virgin) 1’20 

Titres 1, 2, 7, 8, 9 et 10 issus du disque Gone Clear enregistré à Kingston en 1978 : 
Manu Dibango : saxes, marimba, vibrations, instruments à vent, piano et chant
Basses : Robbie Shakespeare, Val Douglas, Geoffrey Chung, Clyde Bullard
Batteries : Sly Dunbar, Mickey “Boo” Richards
Congas et percussions : “Sticky” Thomson, “Crucher” Bennet, Mike “Boo” Richards
Guitares : Mikey “Mao” Chung, Willie Lindo, Wayne Arnold, Geoffrey Chung
Claviers : Peter Ashbourne, Ansel Collins, Robbie Lyn, Clive “Azul” Hunt, Geoffrey Chung
Choeurs : Gwen Guthrie*, Ullanda McCullough, Brenda White, Yvonne Lewis, Franck Floyd*, Jocelyn Brown
Trompettes : Randy Brecker*, Jon Faddis, Mike Lawrence
Saxophones : Michael Brecker*, Lou Marini
Trombones : Barry Rogers, Er Byrne
* Randy & Michael Brecker, avec la courtoisie de Artista Records
* Gwen Guthrie et Frank Floyd, avec la courtoisie de Columbia Records
* Ullanda McCullough, avec la courtoisie de Ariola Records.


Arrangements Paul Griffin et Manu Dibango
Direction Ray Jones
Produit et réalisé par Geoffrey Chung
Enregistrement : Dynamic Sound Studios – Kingston, Jamaïque / Soundmixers, New York
Mixage : Basin Street Studios – Londres / Compass Point Recording Studios – Nassau – Bahamas
Ingénieurs du son : Michael Riley, Noel Hearne, James Nichols, Stuart Henderson, Steven Stanley
Coordination : Erskine Thompson
Remerciement à : Helice Rubin, Paul Griffin, Gwen Guthrie, Therese Del Pozzo, Franz Auffray et Chris Blackwell.
Le titre 3 a été initialement composé par Manu pour le cinéma, il est paru en 1986 sur le disque Afrijazzy :
Manu Dibango : Sax ténor, baryton, soprano, piano acoustique, DX7, voix
Peter Tholo Segona : Trompette 
Ray Lema : Claviers
Paco Sery : Batterie, percussions 
Michel Alibo : basse
Justin Bowen : claviers 
“Chlanga” Vincent Nguini  et “Bokilo” Jerry Malekani : guitares africaines 
Florence Titty Gnimagnon, Catherine Elolongué, “Poussy” Billé, Georgia Dibango, Ndédy Dibango, 
Charly Djengué, Guy Lobé, Francis Mbappé, Dikoto Mandengue : Chœurs
“Sango” Gabriel Nahas : Prise de son et mixage – Studio Marcadet

Titres 4, 5, 6 et 11 issus du disque Waka Juju paru en 1982 :
Manu Dibango : Solos, saxes, marimba, voix
Michel Alibo : Basse
Brice  Wouassi : Batterie
Jean-Pierre Coco et Brice Wouassi : Conga et percussions
Jerry Malekani et Pierre Tchakounte : Guitares
Jean-Claude Naimro : Claviers
Wally Badarou : Synthétiseur
Florence Titty-Dimbeng, Catherine Eldongue Mbango, Elisabeth Manga : Chœurs
Enregistré à : Studio Davout – Mixé à Studio Marcadet – Ingénieur du son : Gabriel Nahas
Direction et arrangements : Manu Dibango
Production et réalisation : Giancarlo Cerri pour CRC Production

Titre 12 issu du disque Negropolitaines vol. 1 paru en 1989 :
Manu Dibango : sax, vibraphone, voix
Jerry “Bokilo” Malekani et Emmanuel Guysso : guitares 
André Manga et Armand Sabal-Leco : basse 
Félix Sabal-Leco : batterie, percussions
Justin Bowen : claviers 
Ateba et Jean-Marie Bolangassa : percussions 
Peter Tholo Segona : trompette (et arrangements cuivres) 
“Sango” Gabriel Nahas : Mixage au Studio Digital Service

CD “Choc ‘n soul” Manu Dibango © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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Presse

César
Pour toi qui depuis l’âge de 16 ans vivait en France, ton contact avec les indépendances africaines passe, en 1960, par Joseph Kabasele, le pionnier de la musique africaine moderne ?

Manu Dibango
 – Mon éveil à la politique ce sont les Belges qui rentrent du Congo Belge et Kabasele qui arrive à Bruxelles avec Patrice Lumumba, le leader indépendantiste venant participer aux négociations de l’indépendance dite de «  La Table ronde ». J’étais chef d’orchestre à Bruxelles chez Fonséca, Aux Anges noirs, le rendez-vous de la blacktitude où, après les réunions sérieuses de la journée, les négociateurs se retrouvaient. Et donc je les rencontre tous, les Patrice Lumumba, Moïse Tschombé, Joseph Kada Vubu… Puis Kabasélé s’est mis à enregistrer des morceaux liés aux événements dont le fameux Indépendance Cha-cha qui suscite un écho considérable.


D’autant que la radio de Léopoldville (capitale du Congo Belge) diffusait dans toute l’Afrique centrale ?

 – Les Belges avaient favorisé le lingala et 15 millions de personnes le parlaient. Ce qui était différent des pays francophones qui avaient plus de 200 dialectes et aucune une langue véhiculaire. 15 millions de locuteurs, c’était un pouvoir d’achat qui fabriquait des vedettes ! En outre, il y avait ce gros émetteur qui émettait jusqu’à 4 heures du matin alors que nous, à Douala (Cameroun), on n’avait qu’un émetteur d’un demi-kilowatt qui n’atteignait pas l’autre coté de la berge (rire). Et donc Indépendance Cha-cha touchera toute la sous région mais aussi le reste de l’Afrique car il est bien chanté, bien structuré, avec un super solo de guitare de Docteur Nico…

Coup d’arrêt à l’euphorie : le 17 janvier 1961, Lumumba est assassiné ?
 – Kamasele revient à Bruxelles pour enregistrer chez Decca Sofrason. Comme son saxophoniste était malade il m’a engagé pour le remplacer et jouer du piano et du vibraphone. Premier disque, premier succès ! En même temps, il crée un label chez Pilgrim, Surboum African Jazz et devient producteur de toutes les stars congolaises de Franco à Tabu Ley Rcochereau. Une sorte de préfiguration du Fania All Star. Ses disques ayant du succès, en août 1961, il me demande de le suivre au Congo. J’y suis parti pour deux mois, j’y suis resté deux ans !

Par la suite, tu t’es retrouvé à jouer le « passeur » entre l’Afrique, l’Europe, les Etats-Unis, les Caraïbes…
 – Ayant joué dans les cabarets j’ai pratiqué toutes les musiques « typiques », même si ma préférence restait le jazz braqué sur New-York et Cuba avant que l’affaire de la Baie des Cochons n’importe cette musique à Porto-Rico. A l’époque, il n’était pas question de musique africaine, ni au singulier ni au pluriel. Il était question des excroissances des musiques africaines : le calypso, le mambo, le cha-cha-cha, la biguine… c’est-à-dire des branches d’un arbre qu’on ne voyait pas. C’est donc en allant au Congo que j’ai réellement appris la musique africaine populaire, faite par les Africains et pour les Africains. Ce qui m’a aidé plus tard…

Puisqu’on aborde la Coupe du monde de football, évoquons ce petit 45 tours de 1972 sur lequel il y avait ce morceau, Soul Makossa, promis à un écho planétaire ?

 – C’est ce qu’on appelle un conte de fées ! En 1964, j’avais déjà composé un morceau pour la Coupe des Tropiques. J’étais donc repéré et c’est pour cela que le Cameroun m’a commandé un hymne pour la 8e Coupe d’Afrique. Comme c’était un 45 tours, il y avait deux faces. On a donc perdu la coupe et l’on gagné Ma- ma-ko, Ma-ma-ssa (rire)…

Un morceau que depuis des myriades d’artistes ont repris ou samplé. Jusqu’à Michael Jackson qui s’en est fortement inspiré pour composer son énorme tube, Wanna be startin’ something ?
 – On lui a fait un procès en 1983 qui a abouti à un arrangement en 1986. Mais il a remis le couvert deux ans avant sa mort. Et donc le procès continue. D’un côté, je suis fier qu’un type comme lui nous ait reconnu, mais bon autre côtés, les Américains, ils bouffent tout ce qu’ils veulent et pas seulement dans la musique. Quand il veulent te piquer un truc ils sont les plus forts, c’est le western ( rire) !

En 1985, lors de la famine qui fait rage dans la corne de l’Afrique à cause de la sècheresse, tu es à l’origine de Tam-tam pour l’Ethiopie ?
 – Ce genre d’opération était possible dans les années 80 car il y avait des oreilles attentives, avec Jack Lang au ministère de la culture, Hervé Bourges à la tête de TF1, etc.… Il y avait une fenêtre ouverte sur les musiques africaines avec les Toure Kunda, Mory Kante, Ray Lema, King Sunny Adé, Ghetto Blaster… Comme j’avais remarqué que les Hollandais avaient fait un truc sur l’Afrique je me suis demandé pourquoi les Africains ne feraient pas de même sans passer par le biais de gens qui pensent pour eux ? J’ai donc lancé l’idée et beaucoup de gens dons les journalistes ont suivi.

Une opération qui a donné des idées aux Américains ?
 – Avec Mory Kanté nous sommes partis à Addis Abeba remmetre 3 millions de nouveaux francs. Dans un hôtel, l’on a rencontré la veuve de Martin Luther Kong présente avec une ONG et elle nous demandé ce que l’on faisait là. Et c’est ainsi qu’ils ont repris l’idée qui sera concrétisée un peu plus tard par Quincy Jones, Michael Jackson et leurs amis…avec la puissance de frappe américaine.

Quel est ton sentiment à propos de la francophonie ?
 – Comme les visas deviennent difficiles à obtenir, les nouvelles générations africaines regardent vers les Etats-Unis ou le Canada. Bientôt, il n’y aura en France que des balayeur ou des ouvriers sur les chantiers. Les gras qui font des études s’en vont ailleurs. En Afrique, la majorité des gens ne rêvent plus de venir en France, m^me si on y reste plus francophones que les Français !

Quid du Panafricanisme, toi qui avais publié un album, Wakafrica, dont la pochette montrait ta silhouette épousant la forme de l’Afrique ?
 – Les gens travaillent actuellement d’une façon sous-régionale. Cette idée-là avance.
Et s’il y a encore des coups d’états, on constate aussi beaucoup d’avancées démocratiques.

Comment interprètes-tu le fait que pour les générations récentes ce sont les noms de lumumba, Thomas Sankara, Cheikh Anta Diop, Fela Kuti qui fassent référence ?
 – Parce que malgré une dure réalité, elles ont une autre vision prospective que ces hommes à leur manière ont incarné. Oui, quand on se rend en Afrique, on est surpris de beaucoup d’avancées. Il y a chez ces générations des clignotants de rêves. Cela me fait penser aux Asiatiques qui les premiers eurent leurs boat-people. Aujourd’hui, on n’en parle plus. Ils ont eu le temps de se construire, de se réaliser…

Comment perçois-tu  les commémorations en France du cinquantenaire des indépendances ?

 – C’était l’occasion d’imaginer des rencontres culturelles d’un autre type. Au lieu de quoi, qu’est ce qu’on fait ? On va faire défiler des militaires ! On a un passé pour lequel, ni les uns ni les autres, n’y sommes pour rien. Dans les richesses de cet héritage, c’est la culture qui domine. On a des liens forts. Et si les hommes ne peuvent pas circuler, les idées elles, le peuvent ! Les chefs d’Etats africains ont dit oui au défilé, mais les sociétés civiles ne comprennent pas à quoi ça sert. C’est encore « Y’a bon Banania » !

Parlons de l’Afrique du Sud ?
 – C’est un pays en devenir. Ils sont tournés vers les Etats-Unis, ils ne connaissent pas l’Afrique. Ils ont donc du mal à accepter qu’à côté d’eux ce ne soit pas le même noir. La question pour eux est de savoir s’ils veulent construire quelque chose avec le monde qui les entoure.

Tu veux dire qu’il faut qu’ils dirigent leurs démons nés sous l’apartheid ?
 – Oui, qu’ils ouvrent les yeux. Peut-être que le football sera un détonateur heureux. Mais je demande à voir. Car le football, cela ne suffit pas…

Afro-optimiste, Manu Dibango ?
 –  Les nouvelles générations sont renseignées sur la planète et sont moins fascinées par le miroir du Nord que leurs aînés. Il y a des jeunes cadres qui en veulent et c’est eux qui font bouger les lignes. De mois en mois, des projets se construisent. Cette émulation se perçoit à travers la floraison des magazines, des radios libres. Et les gars du village, ils travaillent avec le Net pour vendre leurs produits…. Donc il y a des bouffées d’oxygène. Je serai plutôt optimiste sur l’avenir à condition qu’on nous laisse un peu tranquilles. Car il y a quand même la pression de l’Occident. Autant il ne veut pas de nous chez eux autant occupe le terrain chez nous. Et donc par moment on étouffe.

Propos recueillis par Frank Tenaille - CESAR

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