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L’ETRANGER 
TEXTE INTÉGRAL ENREGISTRÉ en avril 1954 par
albert camus
© GALLIMARD 1942 






“Pour moi, devant ce monde, je ne veux pas mentir ni qu’on me mente.  Je veux porter ma lucidité jusqu’au bout  et regarder ma fin avec toute la profusion de ma jalousie et de mon horreur."
Noces - A. Camus

En juin 1942, paraît un court roman L’Etranger. L’auteur est un inconnu de 28 ans qui allait non seulement modifier l’histoire de la littérature française, mais aussi celle de la philosophie du XXe siècle  avec la formulation du sentiment de l’absurdité du destin humain. Les 7, 8 et 9 avril 1954, Albert Camus enregistre l’intégralité de son texte pour la radio nationale (O.R.T.F). Il reçoit le prix Nobel en 1957. Frémeaux & Associés et l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) en accord avec Gallimard ont décidé de restaurer cet enregistrement et de mettre à la disposition du public, la lecture sonore de ce chef-d’oeuvre par son auteur. Recruté par Albert Camus comme journaliste à Combat, auteur d’une biographie intellectuelle sur Camus et éditeur de son oeuvre complète en 9 volumes, grand prix de littérature de l’Académie Française pour l’ensemble de son oeuvre, Roger Grenier a réalisé le livret accompagnant ce coffret sonore de 3 compact disques. Cet enregistrement attachant, révèle l’importance de notre patrimoine sonore permettant l’écoute de la pensée des grands intellectuels de l’histoire contemporaine.
Patrick Frémeaux 

"La tragédie par le quotidien et l’absurde par la logique."
ALBERT CAMUS



L’ÉTRANGER
par Roger Grenier
(auteur de “Albert Camus soleil et ombre”) 

En juin 1942, en pleine Occupation, paraît un court roman au titre très simple : L’Étranger. L’auteur est un inconnu de 28 ans, né dans le Constantinois en 1913, élevé “à mi-chemin de la misère et du soleil”, comme il le dit lui-même, Albert Camus. Il est orphelin de guerre, ni sa mère, ni sa grand-mère, ni son oncle qui l’ont élevé ne savaient lire. Il n’a pu faire des études que grâce à un instituteur qui s’est attaché à lui.  L’Étranger et son auteur sont immédiatement remarqués et Camus va être, avec Sartre et Malraux, un des intellectuels les plus en vue dans la France de la Libération. Meursault, le héros du roman, devient l’incarnation de l’absurde, un mot dont on va user et  abuser. On ignore alors qu’Albert Camus avait déjà publié deux livres à Alger : L’Envers et l’Endroit et Noces, qu’il avait animé deux troupes théâtrales et avait été journaliste aux côtés de Pascal Pia à Alger-Républicain.  

Le trajet d’un manuscrit 
En 1940, peu avant l’offensive allemande, Camus note dans ses Carnets :  “L’Étranger est terminé.” Il y pensait dès 1937.  En 1941, alors qu’il vit à Oran, il fait parvenir à son ami Pascal Pia, qui se trouve à Lyon, les manuscrits de L’Étranger et de Caligula. Entre la zone non occupée et la zone occupée, ils vont suivre un cheminement compliqué. Plusieurs messagers interviennent : André Malraux et son frère Roland, Marcel Arland, Jean Paulhan, avant que les manuscrits aboutissent sur le bureau de Gaston Gallimard.

Le titre
L’Étranger est un titre volontairement banal. Beaucoup d’œuvres s’étaient déjà appelées ainsi. Il y a un poème de Baudelaire, une pièce que va voir le héros de Dickens, David Copperfield, un opéra de Vincent d’Indy… 

L’histoire
Le narrateur, Meursault, employé de bureau à Alger, apprend que sa mère est morte dans une maison de retraite. Il prend le car et va l’enterrer sans larmes, car il trouverait hypocrite de simuler un chagrin qu’il n’éprouve pas. De retour à Alger, il va se baigner avec une jeune fille, Marie Cardona. Ils se rendent ensuite au cinéma et elle devient sa maîtresse. Son voisin de palier, Raymond, mauvais garçon plus ou moins souteneur, lui demande de rédiger une lettre pour lui. Invité par Raymond à passer un dimanche dans le cabanon d’un ami, au bord de la mer, Meursault s’y rend avec Marie. Deux Arabes qui avaient à se venger de Raymond se trouvent là. Il s’ensuit une bagarre et Raymond est blessé. Un peu plus tard, Meursault revoit par hasard les Arabes. Sans savoir pourquoi, il tue l’un d’eux, avec le pistolet qu’il avait enlevé à Raymond. La seconde partie raconte le procès de Meursault. Tous les événements de sa vie, que nous connaissons, sont passés en revue. Son indifférence prouve qu’il a une âme de criminel. On le condamne à mort, sans doute autant parce qu’il n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère que pour avoir tué un homme. Il refuse les consolations de la religion, et meurt en s’ouvrant “pour la première fois à la tendre indifférence du monde”. 

Les sources
Quand il entreprend L’Étranger, Camus n’a pas encore terminé un roman qu’il ne publiera pas de son vivant, La Mort heureuse. Il y puise quelques matériaux pour son nouveau projet. Le héros de La Mort heureuse s’appelle Mersault, celui de L’Étranger Meursault. On trouve par exemple, dans les deux romans, la description d’un dimanche et la réflexion finale : “Encore un dimanche de tiré.” Mais un tel passage, purement anecdotique dans La Mort heureuse, se charge de sens dans L’Étranger. Il souligne l’imperméabilité au monde de Meursault : “J’ai pensé que c’était toujours un dimanche de tiré, que maman maintenant était enterrée, que j’allais reprendre mon travail et que, somme toute, il n’y avait rien de changé.” Même si L’Étranger est une fiction, cela ne signifie pas qu’il s’agisse d’une pure fabrication. Camus a écrit : “Trois personnages sont entrés dans la composition de L’Étranger : deux hommes (dont moi) et une femme.” Mais s’il est un peu vain de chercher les clés d’un roman, on peut voir ce que les expériences du jeune écrivain lui ont apporté. Ainsi décrit-il le procès avec beaucoup de vérité, parce qu’il a été chroniqueur judiciaire à Alger-Républicain. Il s’était fait remarquer par ses articles au cours de trois affaires à résonance politique : l’affaire Hodent, jugée par le tribunal correctionnel de Tiaret, en mars 1939, où, à travers un agent technique accusé d’escroquerie, et innocent, on essayait de mettre en cause les réformes sociales de 1936 ; l’affaire du cheik El Okbi, ouléma jugé en juin 1939, accusé d’avoir inspiré le meurtre du grand mufti d’Alger ; enfin, en juillet 1939, l’affaire des “incendiaires d’Auribeau” douze ouvriers agricoles du Constantinois qui avaient refusé l’embauche pour protester contre des “salaires insultants“ et qui avaient été condamnés aux travaux forcés comme incendiaires. Dans le roman, pendant son procès, Meursault remarque dans la salle des Assises un jeune journaliste. “Et j’ai eu l’impression bizarre d’être re­gardé par moi-même.” Dans ce double de l’accusé, il n’est pas interdit de voir un autoportrait de l’écrivain, comme ceux que les peintres placent discrètement dans un coin du tableau. Quand Meursault se souvient que sa mère lui racontait que son père avait voulu voir exécuter un assassin et qu’il avait vomi au retour, il s’agit là aussi d’un emprunt à la réalité. C’est une des seules choses que Camus connaisse de la vie de Lucien Camus, mortellement blessé à la bataille de la Marne, alors qu’Albert n’avait pas un an. Camus commencera par la même anecdote ses Réflexions sur la guillotine. Ce thème de l’exécution capitale est repris dans La Peste et dans Le premier Homme. 

La passion de la vérité
Camus s’est expliqué sur le personnage de Meursault, pourquoi celui-ci ne joue pas le jeu : “La réponse est simple : il refuse de mentir. Mentir n’est pas seulement dire ce qui n’est pas. C’est aussi, c’est surtout dire plus que ce qui est et, en ce qui concerne le cœur humain, dire plus qu’on ne sent. C’est ce que nous faisons tous, tous les jours, pour simplifier la vie. Meursault, contrairement aux apparences, ne veut pas simplifier la vie. Il dit ce qu’il est, il refuse de masquer ses sentiments et aussitôt la société se sent menacée. On lui demande par exemple de dire qu’il regrette son crime, selon la formule consacrée. Il répond qu’il éprouve à cet égard plus d’ennui que de regret véritable. Et cette nuance le condamne. (…) On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans L’Étranger l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer dans mon personnage le seul christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’ai dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création.” L’efficacité du roman vient en grande partie de ce que Meursault est naturel et se dé­place dans un monde familier où l’irruption de la tragédie paraît absurde. Dans le chapitre du Mythe de Sisyphe sur Kafka, Camus écrit un commentaire qui peut s’appliquer à L’Étranger : “(…) il est difficile de parler de symbole dans un récit où la qualité la plus sensible se trouve être justement le naturel. Mais le naturel est une catégorie difficile à comprendre. Il y a des œuvres où l’événement semble naturel au lecteur. Mais il en est d’autres (plus rares, il est vrai), où c’est le personnage qui trouve naturel ce qui lui arrive.” C’est ce qui se passe chez Kafka, dans la tragédie grecque et dans L’Étranger. Il s’agit d’exprimer “la tragédie par le quotidien et l’absurde par la logique”. 

Le roman français
Dans un article intitulé L’intelligence et l’échafaud, Albert Camus rappelle que la tradition du roman français est d’aller droit au but. Le prototype en est La Princesse de Clèves. Mme de La Fayette, dont l’héroïne pense que l’amour met l’être en péril et qu’il faut s’en garder, mène sans détours la princesse de Clèves à la retraite. Benjamin Constant pousse Adolphe à la solitude. Le but de Marcel Proust, alors qu’il commence par une phrase innocente, nonchalante, “Longtemps je me suis couché de bonne heure...”, est de conduire finalement son narrateur à cette fête de la vieillesse qu’il découvre dans le salon du prince de Guermantes. Meursault, dans L’ Étranger, va droit de l’enterrement de sa mère à la guillotine. Du moins en principe. Car le récit a beau être d’une logique poussée à l’extrême, il est loin d’être linéaire. On y trouve des digressions. Grâce à quelques figures secondaires, parfois de simples croquis, il est traversé par l’ange du bizarre. Il y a la petite femme automate entrevue au restaurant, ou encore le vieux Salamano qui a remplacé sa femme par un chien qu’il bat et injurie. On n’est plus dans le registre de l’absurde, mais dans celui de la dérision.

Les procédés narratifs
Peindre un type représentatif de notre époque n’aurait peut-être pas suffi pour que L’Étranger entrât dans l’histoire de la littérature. Le génie de l’écrivain aura été de trouver divers procédés narratifs et stylistiques parfaitement adaptés au sujet.  Pour commencer, il eût été naturel qu’une histoire qui montre un homme posant un regard neutre sur le monde et sur lui-même, soit écrite en disant il. Mais Meursault dit je et nous sommes placés au cœur même de son désert intérieur. Camus explique : “Le récit à la première personne qui sert d’habitude à la confidence a été mis pour L’Étranger au service de l’objectivité.” Il n’y a pas que le problème de la personne. “Aujourd’hui maman est morte.” On a l’impression que le récit commence au présent. “Maman est morte” est en fait un passé composé. Mais c’est l’idée de présent, suggéré par “aujourd’hui“ qui l’emporte. Le second paragraphe est même au futur : Meursault imagine comment il ira à l’enterrement. Au troisième paragraphe, on entre dans le récit, avec de nouveau l’emploi du passé composé : “J’ai pris l’autobus à deux heures.” Le passé composé est un présent dans le passé. L’histoire que raconte Meursault va donc se dérouler dans une sorte de présent. Mais attention, le moment où il la raconte se situe à la fin du livre, après la visite de l’aumônier. Ce décalage crée une distance et ajoute au sentiment d’étrangeté.  Les premiers lecteurs de L’Étranger ont été frappés par l’emploi de la technique du comportement, si fréquente dans un certain roman américain. Au lendemain de la guerre, la vogue en France de Hemingway, de Steinbeck, mettait la lumière sur ce type de récit brutal, limité aux faits et gestes des héros, à la reproduction de leurs paroles. Mais Camus employait cette technique en la détournant. Dans L’Étranger, elle ne sert pas à la rapi­dité de l’action, elle permet de décrire un homme sans conscience apparente.  Dans la seconde partie du roman, où Meursault prend conscience de sa situation, la technique américaine est abandonnée. Un autre procédé narratif utilisé par Camus dans son roman trouve une explication dans un passage du Mythe de Sisyphe :  “Un homme parle au téléphone, derrière une cloison vitrée, on ne l’entend pas, mais on voit sa mimique sans portée : on se demande pourquoi il vit. ” La conscience de Meursault joue le rôle de cette vitre. Elle laisse tout passer, sauf le sens de ses gestes. Il y a bien d’autres procédés narratifs dans L’Étranger, par exemple l’emploi, dans certains dialogues, de ce qu’on appelle le Cagayous, une imitation du parler populaire d’Alger, fait de français, d’arabe, d’espagnol et de dialectes méditerranéens. 

Réactions
Parmi les nombreuses réactions à la parution du roman, il faut citer Sartre. Dès février 1943, il publie dans Les Cahiers du Sud, une Explication de L’Étranger : “Un court roman de moraliste, très proche au fond d’un conte de Voltaire.” Sartre écrit aussi : “On m’avait dit : “C’est du Kafka écrit par Hemingway.” J’avoue que je n’ai pas re­trouvé Kafka. Les vues de M. Camus sont toutes terrestres. Kafka est le romancier de la transcendance impossible, l’univers est, pour lui, chargé de signes que nous ne comprenons pas ; il y a un envers du décor. Pour M. Camus, le drame humain, c’est, au contraire, l’absence de toute transcendance.” Camus trouve que l’article de Sartre est “un modèle de démontage”. Il ajoute : “Mais pourquoi ce ton acide ?” Nathalie Sarraute, elle, s’est ingéniée à dénicher du psychologique sous le roman objectif. Certains critiques reprochèrent à Camus d’avoir écrit un livre immoral, ou amoral. Il note dans ses Carnets : “La “Moraline” sévit. Imbéciles qui croyez que la négation est un abandon quand elle est un choix.” En 1943, Elsa Triolet écrit une petite histoire, Qui est cet étranger qui n’est pas d’ici ? ou le mythe de la baronne Mélanie, dont le titre suffit à montrer que le roman de Camus est à la mode. Depuis, les commentaires, les études, les essais, les thèses n’ont cessé.     

La mère silencieuse
Revenons à la première phrase, “Aujourd’hui maman est morte.” On met ici le doigt sur la source, sur la racine la plus constante de l’œuvre de Camus, le thème de la mère silencieuse. Dès son premier livre, L’Envers et l’Endroit, et même dès le texte qui en est l’ébauche, Les Voix du quartier pauvre, on voit cette mère qui se taisait toujours. Dans un cahier en moleskine, qui date de la même époque, on peut lire :  “Il semblait qu’entre ces deux êtres existât ce sentiment qui fait toute la profondeur de la mort… Un attachement si puissant qu’aucun silence ne peut l’entamer…” Dans ce fragment, comme dans Les Voix du quartier pauvre et L’Envers et l’Endroit, le fils note une attitude de la mère, “fixant anormalement le parquet”. Murée dans le silence, sans pensée peut-être, et pourtant il ne peut s’empêcher de croire qu’il y a en elle, à ce moment un sentiment de toute la dureté de son existence. De même, dans L’Étranger, Meursault déclare :  “Quand elle était à la maison, maman passait son temps à me suivre des yeux en si­lence.” Peu d’ouvrages de Camus vont échapper à ce thème de la mère silencieuse. Dans Le Malentendu, c’est un silence fondamental entre la mère et le fils qui provoque la tragédie. Jean n’avait qu’à dire : “C’est moi.” Sa femme Maria déclare : “Il aurait suffi d’un mot.” Dans La Peste, ce sont le docteur Rieux et sa mère qui représentent le couple silencieux de la mère et du fils. “Ainsi sa mère et lui s’aimeraient toujours dans le si­lence.” Pour en revenir à L’Étranger, il est plus que probable que Meursault doit à sa mère sa façon d’être sans parole, sans pensée, se contentant des évidences initiales : l’existence, la solitude égale à “l’immense solitude du monde”. On condamne Meursault pour son apparente indifférence, mais c’est celle qu’il a apprise de sa mère, et sur laquelle se fondent leurs rapports. Les juges et le prêtre peuvent lui reprocher son attitude. Ils ne comprennent rien. Il n’a pas besoin de pleurer à l’enterrement pour que celle qu’il appelle “maman”, jamais “ma mère”, soit le seul être avec qui il se sente en communion immédiate, au-delà des mots, de la pensée, des larmes. Au moment où il s’apprête à mourir, Meursault rejoint sa mère : “Si près de la mort, maman devait s’y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n’avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre.” C’est comme s’il avait enfin retrouvé “la voix de la femme qui ne pensait pas” qui est la première Voix du quartier pauvre.  Camus rêvera toute sa vie d’écrire une œuvre qui exprimerait “l’admirable silence d’une mère et l’effort d’un homme pour retrouver une justice et un amour qui équilibre ce silence”. Une note pour Le Premier homme, cet ambitieux roman que la mort tragique de Camus, dans un accident de voiture, en janvier 1960, l’a empêché de mener à bien, est comme une prière : “Ô mère, ô tendre enfant chéri, plus grande que mon temps, plus grande que l’histoire qui te soumettait à elle, plus vraie que tout ce que j’ai aimé en ce monde, ô mère pardonne ton fils d’avoir fui la nuit de ta vérité. ” Déjà en 1935, à l’âge de 21 ans, il commence des Carnets, et voici la première phrase qu’il écrit : “Ce que je veux dire : Qu’on peut avoir – sans romantisme – la nostalgie d’une pauvreté perdue. Une certaine somme d’années vécues misérablement suffisent à construire une sensibilité. Dans ce cas particulier, le sentiment bizarre que le fils porte à la mère constitue toute sa sensibilité. ” C’est en avril 1954 (du 7 au 9) qu’Albert Camus a lu la version intégrale de L’Étranger. L’enregistrement a été effectué par France 4 Haute Fidélité.    
Roger Grenier
© 2002 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS 


Roger Grenier a reçu le Prix Femina pour Ciné-Roman et le Grand Prix de Littérature de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre. Recruté par Albert Camus, il a avec lui été journaliste à Combat. Il a écrit sur lui une biographie intellectuelle : Albert Camus soleil et ombre, ainsi que l’album Camus de la Pléiade (Gallimard). Il a édité l’Œuvre complète de Camus en 9 volumes pour le Club de l’Honnête homme, ainsi que, en Italie, les Opere, romanzi, racconti, saggi (romans, nouvelles, essais) pour les Classici Bompiani et les Taccuini (carnets) pour les Tascabili Bompiani. 


CHRONOLOGIE
1913. Albert Camus naît le 7 novembre à Mondovi, département de Constantine.
1914. Son père, Lucien Camus, blessé à la bataille de la Marne, meurt à l’hôpital de Saint-Brieuc. Sa mère Catherine s’installe avec ses enfants, Albert et Lucien, chez la grand-mère et l’oncle Étienne, ouvrier tonnelier. Ils vivent dans deux pièces à Belcourt, quartier populaire d’Alger.
1918-1923. École communale de la rue Aumerat.
1923-1930. Boursier au lycée d’Alger.
1928-1930. Gardien de but du Racing-Universitaire d’Alger.
1930. Premières atteintes de la tuberculose.
1932. Études de Lettres avec pour professeurs Paul Mathieu et Jean Grenier. Premiers articles dans la revue Sud.
1933. Milite dans le mouvement antifasciste Amsterdam-Pleyel.
1934. Mariage avec Simone Hié, brillante étudiante. Adhésion au Parti Communiste où il est chargé de la propagande dans les milieux musulmans.
1935. Exerce divers métiers tout en poursuivant ses études.
1936. Diplôme d’études supérieures sur Plotin et Saint Augustin : Métaphysique chrétienne et Néoplatonisme. En juin, voyage en Europe Centrale et rupture avec Simone. À la même époque, Camus prend en charge la maison de la Culture et fonde le Théâtre du Travail. Pour gagner sa vie, il fait aussi des tournées comme acteur avec la troupe de Radio-Alger.
1937. Le 10 mai paraît L’Envers et l’Endroit. Le jeune homme ne peut se présenter à l’agrégation de philosophie, puisqu’il est atteint d’une maladie contagieuse. L’été, il va se reposer à Embrun, puis visite la Toscane. Ayant quitté le Parti Communiste, Camus remplace le Théâtre du Travail par le Théâtre de l’Équipe.
1938. Pascal Pia, envoyé à Alger pour créer un journal de gauche, Alger Républicain, embauche Camus.
1939. Noces. Enquête, pour Alger Républicain, sur la misère en Kabylie. Quand la guerre  éclate, Camus veut s’engager, mais il est ajourné.
1940. Alger Républicain, en lutte contre le Gouvernement Général, devient Soir Républicain, mais est bientôt interdit. On s’arrange pour que Camus ne puisse plus trouver de travail en Algérie. Il rejoint Pascal Pia à Paris et devient secrétaire de rédaction à Paris-Soir. Au moment de l’invasion allemande, le journal se replie à Clermont-Ferrand, puis à Lyon. Camus y épouse une Oranaise, Francine Faure. Bientôt licencié, il retourne en Algérie. 
1941. À Oran, il enseigne dans un établissement privé qui recueille les enfants juifs exclus de l’enseignement public.
1942. Malade, il obtient l’autorisation de passer l’été dans le Massif Central. Il s’installe près du Chambon-sur-Lignon. L’Étranger paraît en juillet. En novembre, les Alliés débarquent en Afrique du Nord et la zone sud de la France est occupée par l’armée allemande. Camus ne peut rejoindre Oran.
1943. Le Mythe de Sisyphe. Camus gagne Paris où Gallimard lui offre un poste de lecteur et où Pascal Pia le fait entrer dans la Résistance, notamment au journal clandestin Combat.
1944. Le Malentendu est créé au théâtre des Mathurins par Marcel Herrand et Maria Casarès. À la Libération, Combat paraît au grand jour avec Pia pour directeur et Camus pour rédacteur en chef. 
1945. Lettres à un ami allemand. 5 septembre, naissance de Jean et Catherine Camus. Le 26 septembre, Caligula triomphe avec Gérard Philipe.
1946. Voyage aux Etats-Unis.
1947. En proie aux difficultés financières et aux déchirements politiques, l’équipe de Combat passe la main. Huit jours plus tard paraît La Peste, premier grand succès public de Camus.
1948. Échec de L’État de siège, monté par Jean-Louis Barrault.
1949. Voyage en Amérique du Sud qui aggrave son état de santé. En décembre, création des Justes.
1950. Actuelles I. Installation 29, rue Madame.
1951. L’Homme révolté, essai qui provoque une brouille avec Breton et les surréalistes, puis avec Sartre et l’équipe des Temps Modernes.
1952. L’Exil et le Royaume. 
1953. Actuelles II.
1954. L’Été. En novembre commence la guerre d’Algérie.
1955. Camus revient au journalisme, à L’Express. Il milite pour le retour de Mendès-France au pouvoir, en espérant qu’il pourra mettre fin au conflit.
1956. Avec les libéraux des deux camps, il lance à Alger un appel à la trêve civile. C’est un échec. Il est même menacé de mort. La Chute. En septembre, adaptation de Requiem pour une nonne, de Faulkner, avec Catherine Sellers. 
1957. Le 17 octobre, le Prix Nobel de littérature lui est décerné. Il est le plus jeune lauréat après Kipling.
1958. Discours de Suède. Actuelles III, chroniques algériennes. Voyage en Grèce. Achat d’une maison à Lourmarin (Vaucluse).
1959. Création des Possédés, d’après Dostoïevski, au théâtre Antoine.
1960. Le 4 janvier, Albert Camus trouve la mort dans un accident d’auto, à Villeblevin, près de Montereau.
1962. Carnets I.
1964. Carnets II.
1971. La Mort heureuse
1978. Fragments d’un combat (Alger Républicain, Le Soir Républicain.) Journaux de voyage.
1981. Correspondance Albert Camus – Jean Grenier
1987. Albert Camus éditorialiste à L’Express. 1989. Carnets III.
1994. Le Premier homme.
2000. Correspondance Albert Camus – Pascal Pia. 


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