« Un ouvrage passionnant » par Couleurs Jazz

« Au cours de sa brève carrière, le guitariste Henri Crolla (1920-1960) a abordé en compagnie des plus grands, avec une curiosité et un éclectisme jamais démentis, des domaines aussi variés que le jazz, la chanson, les musiques de film et la poésie.
C’est ce vagabondage musical hors du commun qui constitue le fil rouge de cet ouvrage brillamment illustré par un coffret de deux CD, tous deux concoctés de main de maître par Stéphane Carini dont nous avions apprécié un premier livre intitulé « Les singularités flottantes de Wayne Shorter » et paru en 2004 aux éditions Rouge profond.
La trajectoire discographique de Crolla démarre en 1946 avec les faces gravées en compagnie du pianiste Léo Chauliac qui le feront connaître. On y entend un guitariste encore sous l’influence de son idole Django Reinhardt mais dont le jeu brillant laisse présager de belles promesses (Minor Blues). Après un intermède de huit ans comme accompagnateur d’ Yves Montand, elles seront confirmées par ses enregistrements Duc-Thompson qui portent au plus haut son entente miraculeuse avec Stéphane Grappelli (Alembert’s).
Viennent ensuite ses séances en leader du milieu des années 50 en compagnie du gratin du jazz français de l’époque. Dans celles avec Martial Solal, Henri Crolla manifeste une maîtrise instrumentale aboutie qui lui vaudra le surnom de « Mille pattes ». Le même niveau d’excellence se maintient aux côtés d’un Maurice Vander « virevoltant d’audace et de modernité » et du grand clarinettiste Maurice Meunier avec qui il entretient une sorte de télépathie musicale stupéfiante (Out of Nowhere).
Ces enregistrements d’anthologie lui vaudront ce commentaire élogieux de Stéphane Carini : « À la guitare amplifiée, le jeu détendu et incomparablement chantant de Crolla fait preuve d’une élégance, d’une maturité qui le distinguent encore un peu plus de Django sans l’aligner, bien au contraire, sur la très influente école américaine (Tal Farlow, Jimmy Raney). » Tout est dit.
Mettant un point final à sa carrière « jazz », la séance de 1958 avec le clarinettiste Hubert Rostaing présente un Crolla au sommet de son art dans un hommage vibrant à Django Reinhardt dont il apparaît comme le successeur tout désigné (Nuages, Manoir de mes rêves).
Comme le montrent l’interview de l’auteur par Franck Médioni proposée par Couleursjazz et les enregistrements de ce coffret, Henri Crolla, qui n’a jamais considéré le jazz comme un unique champ d’expression, mettra dès lors son talent hors pair de soliste, d’accompagnateur, de compositeur et de mélodiste au service de la chanson (Yves Montand, Edith Piaf), de la poésie (Jacques Prévert) et des musiques de film (collaborations avec André Hodeir et Hubert Rostaing), toutes ces réalisations étant charpentées par le « son Crolla ».
Écrit d’une plume habile et savante, cet ouvrage passionnant, judicieusement accompagné d’une sélection discographique pertinente, témoigne de la richesse et de la diversité de l’œuvre d’un artiste à qui le temps n’avait pas encore rendu pleinement justice. C’est maintenant chose faite. »
Par Alain TOMAS – COULEURS JAZZ