Fremeaux.com
Serge Klarsfeld
Entretiens par Claude Bochurberg sous la direction de Patrick Frémeaux
COLLECTION ENTRETIENS SONORES








Auschwitz - Le Crime contre l’Humanité - Pétain et le statut des Juifs - Le procès de Cologne - Le procès Barbie et les 44 enfants d’Izieu - Affaire Papon, Bousquet et Touvier - La gifle de Béate Klarsfeld au chancelier Kissinger - Archives : l’œuvre écrite monumentale de Serge Klarsfeld - Le scandale des manuels scolaires français avant 1983 - Le devoir de mémoire et l’esprit de justice - L’œuvre de pierre - Refus d’une identité victimaire - Le Tribunal Pénal International de La Haye - L’imprescriptibilité - Le négationnisme - Génocides - Mémoire et les Présidents de la République - La démocratie

« C’est la force de la passion qui crée la force de la règle »  JEAN JAURÈS
Serge Klarsfeld a contribué à démontrer que dans un ensemble de pays démocratiques, il était possible de faire modifier les lois et leurs terrains d’application, sans avoir aucune force ou représentation politique ou économique, mais simplement sur l’énergie animée par le sens de la justice et de la nécessité historique de se rapprocher de la vérité. L’application de la notion du Crime Contre L’Humanité, les extensions de l’imprescriptibilité obtenues du législateur, la création des tribunaux pénaux internationaux, le devoir de la justice de s’émanciper du pouvoir politique, le devoir du pouvoir politique d’affronter son passé et de se remettre en cause, sont autant d’actions saines dont Serge Klarsfeld a été l’initiateur inconditionnel. La production de cet ouvrage sonore n’est pas animée seulement par la vulgarisation historique de l’œuvre humaine de Beate et Serge Klarsfeld, mais aussi par l’exemplarité de ce que la volonté de justice sans violence peut apporter à l’humanité et aux systèmes de valeur auxquelles elle doit tendre. Serge Klarsfeld et Beate Klarsfeld sont les héritiers actifs de Gandhi, Martin Luther King et de tous ceux qui ont mis leur intelligence et leur force dans le seul but de laisser à leur tour, à nos enfants, un monde plus juste et plus équitable. Cet héritage prend une dimension philosophique en projetant l’histoire de l’homme dans son avenir et en lui faisant prendre conscience que la justice, le respect de l’environnement la notion de réversibilité sont autant de problèmes matériels et éthiques à la fois, auxquels les nouvelles générations devront répondre.
Patrick  Frémeaux - 25 février 2002

Serge et Beate Klarsfeld forment un couple hors du commun. Elle est Allemande, fille d’un soldat de la Werhmacht. Il est Juif, Français, fils d’un juif Roumain, engagé volontaire dans l’armée française au 22e Régiment de Marche de volontaires Étrangers, combattant, prisonnier, évadé, résistant, déporté à Auschwitz le 28 octobre 1943 par le convoi n° 61, assassiné dans sa 39e année. Au déni des préjugés, Serge et Beate sont l’un pour l’autre depuis le jour où ils se sont rencontrés. Leur combat, mené au nom de la Mémoire, de la Vérité et de la Justice, se déploie sur plus de trente ans et n’a guère d’équivalent. Bloc d’amour tout autant que duo de choc, Serge et Beate ont rassemblé les Fils et Filles des déportés juifs de France, qui en luttant à leurs côtés ont pu de cette façon, pour la plupart, surmonter le poids de la douleur provoquée par l’assassinat de leurs parents après leur déportation. Le “Mémorial de la déportation des juifs de France”, publié en 1978 a rempli en ce sens un rôle des plus salutaires, en même temps qu’il s’est imposé comme un dossier d’accusation irréfutable à l’encontre des bourreaux. L’émotion qui fut la nôtre en y découvrant les longues listes tragiques, participe d’un événement fondateur, ainsi que je l’écrivais en préambule de l’ouvrage “Mémoire et Vigilance”, publié en 1986. «Ce livre scellait une nouvelle alliance, mature cette fois, enrichie d’une insupportable réalité. Le sommeil était interrompu. La mort passait d’une virtualité lointaine à une réalité douloureuse, injuste, révoltante... Tout était dit dans ce livre, Mémorial à la résonance tragique. La mort était identifiée. Le crime était dénoncé à jamais par le réquisitoire de la simple énumération des noms des déportés et de leur itinéraire. Mon père était nommé. Sa mort était signifiée. Il n’en existait que plus encore...» Depuis la parution du “Mémorial des déportés juifs de France”, bien des étapes ont été franchies qui frappent d’opprobre Vichy à tout jamais. En 1997, Serge Klarsfeld avait accepté de se confier pour la première fois dans un livre d’entretiens, publié chez Stock. Dans le prolongement de ces entretiens, Patrick Frémeaux comprit l’intérêt qu’il y avait à faire entendre la voix de cet homme exceptionnel, qui avec sa femme Beate ont tant lutté pour que les victimes juives de la solution finale en France ne soient pas oubliées. C’est dans ce but qu’ils ont traqué les criminels nazis en Allemagne, en Amérique latine et en Syrie et qu’ils n’ont eu de cesse de révéler la collaboration de Le Gay, Bousquet, Touvier et Papon. Lors de sa fameuse allocution en juillet 1995 au Vel d’Hiv, Jacques Chirac, Président de la République, a d’ailleurs rappelé tout ce que l’on devait à l’œuvre de Serge Klarsfeld. Par son ampleur, cette dernière fait de ce couple, des acteurs de premier plan de notre société, qui auront marqué définitivement de leur empreinte les dernières décennies de ce siècle. Grâce à leur action, bien des événements se sont produits qui ont transformé les mentalités de notre pays, et ce, jusqu’aux plus hautes instances de l’État. Le combat fut loin d’être facile. Il leur a fallu se battre contre l’Institution, contre les États, contre  l’Éducation Nationale, contre le bastion judiciaire, contre l’opinion, contre l’Ordre des Avocats et plus récemment encore au sein de la Commission Mattéoli. “Ces chevaliers de la Bonne Mémoire” ainsi que les surnommait Vladimir Jankelevitch, n’ont jamais fléchi. Leur optimisme face à l’adversité reste inébranlable. Aujourd’hui le tabou est brisé, mais le génocide des juifs entre 1938 et 1945 ne saurait constituer un quelconque garde-fou moral. Rien n’est jamais acquis. Les guerres et les massacres font toujours l’actualité.  De tout cela Serge Klarsfeld s’en explique ici, de même qu’il revient sur sa vie, son enfance, son union avec Beate et sur chaque étape d’une vie qui ont édifiées une œuvre impressionnante, exemplaire, renforçant sans nul doute, un peu plus encore, notre démocratie. D’autres thèmes plus généraux sont également abordés dans ce présent coffret, auquel prête sa voix ce militant profondément épris de justice, dont la profession de foi est de ne jamais déroger à la vérité quoiqu’il en coûtât.
Claude Bochurberg

Claude Bochurberg est militant des Fils et Filles des Déportés Juifs de France, responsable depuis 1981 de la rubrique Mémoire à “Actualité Juive”, animateur de l’émission “Mémoire et vigi­lance” sur Radio Shalom. Réalisateur des films : “La communale au cœur” et “Les Halaunbrenner, une famille en héritage”. Auteur d’ouvrages sur la Shoah.
© 2002 Frémeaux & Associés

LEXIQUE
SHOAH : signifie en hébreu: catastrophe. Ce terme, plutôt que holocauste est celui qui est le plus communément admis pour désigner la destruction des Juifs d'Europe par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. Près de 6 millions de Juifs, hommes, femmes, enfants ont été assassinés sous le IIIe Reich entre 1933 et 1945.

MITSVA : Signifie en hébreu: commandement. Selon la tradition juive, on dénombre 613 commandements, lesquels forment l'armature de la vie religieuse.Dans un sens plus large, une Mitsva signifie également une bonne action.

BAR-MITSVA : (le fils du commandement) correspond dans le judaïsme à la cérémonie et au rituel accompagnant la majorité religieuse du garçon dès l’âge de 13 ans, signifiant qu’il est tenu désormais de respecter les commandements de la Torah ou Bible juive.

ZAHOR : signifie “souviens-toi” en hébreu. Cette injonction à se souvenir est l’une des composantes essentielles du judaïsme, impliquant une responsabilité éthique de ne pas se couper de la perpé­tuation du souvenir.


INFRACTIONS DÉFINIES PAR LE TRIBUNAL DE NUREMBERG
“Les actes suivants, ou l’un quelconque d’entre eux, sont des crimes soumis à la juridiction du Tribunal et entraînent une responsabilité individuelle :
a) Les crimes contre la Paix : c’est-à-dire la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d’une guerre d’agression, ou d’une guerre en violation des traités, assurances ou accords internationaux, ou la participation à un plan concerté ou à un complot pour l’accomplissement de l’un quelconque des actes qui précèdent.
b) Les crimes de Guerre : c’est-à-dire les violations des lois et coutumes de la guerre. Ces violations comprennent, sans y être limitées, l’assassinat, les mauvais traitements et la dépor­tation pour des travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, l’assassinat ou les mauvais traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer, l’exécution des otages, le pillage des biens publics ou privés, la destruction sans motif des villes et des villages ou dévastation que ne justifient pas les exigences militaires.
c) Les crimes contre l’Humanité : c’est-à-dire l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toutes populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, lorsque ces actes ou persécutions, qu’ils aient constitués ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du Tribunal, ou en liaison avec ce crime.

Les dirigeants, organisateurs, provocateurs ou complices qui ont pris part à l’élaboration ou à l’exécution d’un plan concerté ou d’un complot pour commettre l’un quelconque des crimes ci-dessus définis sont responsables de tous les actes accomplis par toutes personnes en exécution de ce plan”.


« Le pardon est mort dans les camps de la mort »
VLADIMIR JANKELEVITCH
(L’imprescriptible)

Allocution de Jacques CHIRAC - Pésident de la République - le dimanche 16 juillet 1995 lors des cérémonies commémorant la grande rafle des 16 et 17 juillet 1942
Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays. Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le chagrin de celles et de ceux qui ont vécu la tragédie. Celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte. Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondé par des Français, par l’État français. Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 4 500 policiers et gendarmes français, sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis. Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, plus de treize mille hommes, femmes et enfants juifs, furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police. On verra des scènes atroces : les familles déchirées, les mères séparées de leurs enfants, les vieillards - dont certains, anciens combattants de la Grande Guerre, avaient versé leur sang pour la France - jetés sans ménagement dans les bus parisiens et les fourgons de la Préfecture de Police. On verra, aussi, des policiers fermer les yeux, permettant ainsi quelques évasions. Pour toutes ces personnes arrêtées, commence alors le long et douloureux voyage vers l’enfer. Combien d’entre-elles reverront jamais leur foyer ? Et combien, à cet instant, se sont sentis trahies ? Quelle a été leur détresse ? La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. Conduites au Vélodrome d’hiver, les victimes devaient attendre plusieurs jours, dans les conditions terribles que l’on sait, d’être dirigées sur l’un des camps de transit – Pithiviers ou Beaune-la-Rolande – ouverts par les autorités de Vichy. L’horreur, pourtant, ne faisait que commencer. Suivront d’autres rafles, d’autres arrestations. À Paris et en province. Soixante-quatorze trains partiront vers Auschwitz. Soixante-seize mille déportés juifs de France n’en reviendront pas. Nous conservons à leur égard une dette imprescriptible. La Thora fait à chaque juif devoir de se souvenir. Une phrase revient toujours qui dit : «N’oublie jamais que tu as été un étranger et un esclave en terre de Pharaon». Cinquante ans après, fidèle à sa loi, mais sans esprit de haine ou de vengeance, la communauté juive se souvient, et toute la France avec elle. Pour que vivent les six millions de martyrs de la Shoah. Pour que le sang de l’Holocauste devienne, selon le mot de Samuel Pisar, le « Sang de l’espoir ». Quand souffle l’esprit de haine, avivé ici par les intégrismes, alimenté là par la peur et l’exclusion. Quand à nos portes, ici même, certains groupuscules, certaines publications, certains enseignements, certains partis politiques se révèlent porteurs, de manière plus ou moins ouverte, d’une idéologie raciste et antisémite, alors cet esprit de vigilance qui vous anime, qui nous anime, doit se manifester avec plus de force que jamais. En la matière, rien n’est insignifiant, rien n’est banal, rien n’est dissociable. Les crimes racistes, la défense de thèses révisionnistes, les provocations en tous genres - les petites phrases, les bons mots - puisent aux mêmes sources.
Transmettre la mémoire du peuple juif, des souffrances et des camps. Témoigner encore et encore. Reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l’État. Ne rien occulter des heures sombres de notre histoire, c’est tout simplement défendre une idée de l’Homme, de sa liberté et de sa dignité. C’est lutter contre les forces obscures, sans cesse à l’œuvre. Cet incessant combat est le mien autant qu’il est le vôtre. Les plus jeunes d’entre nous, j’en suis heureux, sont sensibles à tout ce qui se rapporte à la Shoah. ils veulent savoir. Et avec eux, désormais, de plus en plus de Français décidés à regarder en face leur passé. La France, nous le savons tous, n’est nullement un pays antisémite. En cet instant de recueillement et de souvenir, je veux faire le choix de l’espoir. Je veux me souvenir que cet été 1942, qui révèle le vrai visage de la «collaboration», dont le caractère raciste, après les lois anti-juives de 1940, ne fait plus de doute, sera, pour beaucoup de nos compatriotes, celui du sursaut, le point de départ d’un vaste mouvement de résistance. Je veux me souvenir de toutes les familles juives traquées, soustraites aux recherches impitoyables de l’occupant et de la Milice, par l’action héroïque et fraternelle de nombreuses familles françaises. J’aime à penser qu’un mois Plus tôt, à Bir Hakeim, les Français libres de Koenig avaient héroïquement tenu, deux semaines durant, face aux divisions allemandes et italiennes. Certes, il y a les erreurs commises, il y a les fautes, il y a une faute collective. Mais il y a aussi la France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n’a jamais été à Vichy. Elle n’est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les sables libyens et partout où se battent des Français libres. Elle est à Londres, incarnée par le général de Gaulle. Elle est présente, une et indivisible, dans le cœur de ces Français, ces «Justes parmi les nations» qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie, comme l’écrit Serge Klarsfeld, les trois-quarts de la communauté juive résidant en France, ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur. Les valeurs humanistes, les valeurs de liberté, de justice, de tolérance qui fondent l’identité française et nous obligent pour l’avenir. Ces valeurs, celles qui fondent nos démocraties, sont aujourd’hui bafouées en Europe même, sous nos yeux, par les adeptes de la «purification ethnique». Sachons tirer les leçons de l’Histoire. N’acceptons pas d’être les témoins passifs, ou les complices, de l’inacceptable. C’est le sens de l’appel que j’ai lancé à nos principaux partenaires, à Londres, à Washington, à Bonn. Si nous le voulons, ensemble nous pouvons donner un coup d’arrêt à une entreprise qui détruit nos valeurs et qui, de proche en proche risque de menacer l’Europe toute entière.
 Jacques Chirac (Président de la République)

Cette allocution historique sera la première reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français et de la France par un chef d’Etat français.

Les orphelins de la Shoah “indemnisés”
L’Etat débloque un milliard de francs pour environ 10 000 personnes.
Entre pique-nique et défilé militaire, la France a publié au Journal officiel du 14 juillet un décret qui institue l’indemnisation de quelque 10000 orphelins juifs dont les parents sont morts en déportation. Ce décret clôt une partie du débat sur la restitution des biens spoliés sous la Deuxième Guerre mondiale : s’il s’agit bien de verser de l’argent à tout ou partie de la communauté juive, l’accent est mis davantage sur la souffrance morale que sur la privation matérielle. Le gouvernement français (Lionel Jospin et Jacques Chirac de concert) s’évite ainsi une dérive à l’américaine, où des avocats d’affaires réclament des milliards au profit d’héritiers qui n’ont pas tous souffert dans leur chair de la Shoah. C’est l’aboutissement du combat singulier mené depuis vingt ans par Serge Klarsfeld, à la tête d’une association des Fils et filles de déportés : “Avant de penser aux ayants droit de biens matériels, il faut s’adresser aux victimes les plus vulnérables des persécutions”. Sur les 76000 juifs déportés à partir du territoire français, 73000 ne sont pas revenus des camps de concentration. Leurs orphelins sont peu nombreux (on les évalue entre 8000 et 13000) : certains enfants ont été déportés avec leurs parents, d’autres sont morts depuis. Ces descendants de la Shoah sont majoritairement d’origine étrangère : leurs parents ne disposaient pas de réseau de solidarité pour échapper aux arrestations de la police de Vichy. “Les oubliés du système auront enfin quelque chose”, se félicite Serge Klarsfeld. Ils pourront opter entre une rente de 3000 francs par mois et un versement global de 180000 francs. Ce geste de l’Etat français (plus d’un milliard de francs), au nom du devoir de mémoire, est conforme aux conclusions de la mission Mattéoli, qui avait insisté sur le fait que la spoliation avait touché les plus démunis des juifs.

Le gouvernement français s’est également engagé à verser 1,4 milliard à une future Fondation pour la mémoire. Un autre milliard sera débloqué par les établissements financiers (banques, assureurs, Caisse des dépôts) qui ont participé activement au système de spoliation des biens juifs. La somme est supérieure aux avoirs non restitués à la Libération, mais, là encore, les banques ont été invitées à faire un geste supplémentaire au nom de la repentance – qui s’ajoutera aux restitutions individuelles, réactivées à travers une commission présidée par Pierre Drai. Il y a un an, Serge Klarsfeld s’était ému d’un projet de fondation négocié en catimini entre l’AFB (Association française des banques) et le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) : “Je ne veux pas que les victimes soient obligées de mendier auprès d’une Fondation.” Son coup de gueule fut alors entendu du gouvernement, soucieux d’éviter que l’affaire ne dégénère en “méli-mélo politico-financier”. Hier, le Crif se montrait beau joueur en saluant la publication du décret, “geste de compassion et de solidarité, reconnaissance des souffrances spécifiques de ces enfants”.
R.L.

LA SHOAH EN FRANCE
de Serge Klarsfeld chez Fayard
Le «Mémorial des enfants» de Serge Klarsfeld. Mille cinq cents photos. Des sourires et des visages confiants dont l’anéantissement nous fera éprouver jusqu’à la fin de nos vies une terrible sensation de vide. Patrick Mondiano
L’arrivée des enfants à Drancy : témoignage d’Odette Daltroff-Baticle  
(rédigé en 1943 et confié à S. Klarsfeld en 1977) :
«Des autobus arrivent. Nous en sortons des petits êtres dans un état inimaginable. Une nuée d’insectes les environnent ainsi qu’une odeur terrible. Ils ont mis des jours et des nuits pour venir de Pithiviers, wagons plombés ; 90 par wagon avec une femme, qui, en général, a 2, 3, 4 gosses à elle dans le tas. Ils ont de 15 mois à 13 ans, leur état de saleté est indescriptible, les 3/4 sont remplis de plaies suppurantes: impétigo. Il y aurait tant à faire pour eux. Mais nous ne disposons de rien, malgré le dévouement incomparable de notre chef de camp, le commandant Kohn. Immédiatement nous organisons des douches. Pour 1000 enfants, nous disposons de 4 serviettes ! et encore avec difficulté. Par groupes nous emmenons ces enfants aux douches. Une fois nus, ils sont encore plus effrayants. Ils sont tous d’une maigreur terrible el vraiment presque tous ont des plaies : il va falloir essuyer les sains avec une serviette et les autres presque toujours avec la même souillée. Notre cœur se serre. Autre drame : ils ont presque tous la dysenterie. Leur linge est souillé d’une manière incroyable et leur petit baluchon ne vaut guère mieux. Les mamans les avaient quittés avec leurs petites affaires bien en ordre, mais il y a de cela quelques semaines et, depuis, ils sont livrés à eux-mêmes. Dans le wagon, ils ont d’ailleurs mélangé leurs affaires. Des femmes de bonne volonté se mettent à laver leurs effets, presque sans savon à l’eau froide ; à cette époque il fait très chaud et cela sèche vite, mais ils sont 1000. Très vite nous nous rendons compte que tout ce que nous essayons de faire est inutile. Dès que nous remettons à ces petits des effets un peu propres, une heure après ils sont sales. Les médecins les examinent à tour de bras. On leur administre du charbon, on les barbouille tous de mercurochrome. On voudrait les mettre tous à l’infirmerie; c’est impossible : ils doivent repartir vers une destination inconnue. Lâchement nous leur avons dit qu’ils allaient retrouver leurs parents et pour cela ils supporteraient tout.

Jamais nous n’oublierons les visages de ces enfants : sans cesse, ils défilent devant mes yeux. Ils sont graves, profonds et, ceci est extraordinaire, dans ces petites figures, l’horreur des jours qu’ils traversent est stigmatisée en eux. Ils ont tout compris, comme des grands. Certains ont des petits frères ou sœurs et s’en occupent admirablement, ils ont compris leurs responsabilités. Ils nous montrent ce qu’ils ont de plus précieux : la photo de leur père et de leur maman que celle-ci leur a donnée au moment de la séparation. A la hâte, les mères ont écrit une tendre dédicace. Nous avons toutes les larmes aux yeux; nous imaginons cet instant tragique, l’immense douleur des mères. Ces enfants savent que, comme les adultes, ils seront impitoyablement fouillés par les gens de la po­lice aux Questions Juives. Entre eux, ils se demandent s’ils auront la chance de conserver un petit bracelet, une petite médaille, souvenir des temps heureux. Ils savent que ces bijoux n’ont pas  grande valeur, mais ils connaissent la cupidité de leurs bourreaux. Une petite fille de 5 ans me dit : “N’est-ce pas, Madame, ils ne me la prendront pas ma médaille, c’est pas de l’or”. Dans leurs petits vêtements, les mères ont cousu 1 ou 2 billets de 1000 francs et ce petit garçon de  6 ans nous demande : “Fais le gendarme pour voir si tu découvres mon argent”. Quelquefois la vie reprend le dessus : comme des enfants, ils jouent; ils ont des jeux à eux : ils jouent à la Fouille, à la Déportation. Il y a des contagieux. On en met à l’infirmerie en vitesse. Avec les moyens du bord, on fabrique de petits lits ; mais ils sont des quantités à partir avec la scarlatine, la diphtérie, etc. Nous essayons de faire la liste de leurs noms. Nous sommes surpris par une chose tragique : les petits ne savent pas leurs noms. A un petit garçon, auquel nous essayons par tous les moyens de le lui faire dire, il ré­pète inlassablement: “Mais je suis le petit frère de Pierre”. Les prénoms, noms et adresses que les mamans avaient écrits sur leurs vêtements avaient complètement disparu à la pluie et d’autres, par jeu ou par inadvertance, ont échangé leurs vêtements.

En face de leur numéro figuraient sur les listes des points d’interrogation. La question nourriture est aussi un désastre : que donner à ces petits déjà malades, cette soupe d’eau et de carottes, pas assez de récipients, ni de cuillères. Nous étions obligées de faire manger les plus petits. Je me souviens d’une petite fille de 2 ans environ, adorable, et qui, miraculeusement était restée propre. Une de mes amies l’avait prise dans ses bras pour la faire manger. Immédiatement elle s’était assoupie ; chaque fois qu’on voulait la déposer sur une paillasse, elle se réveillait et hurlait. Elle avait rencontré une tendresse qu’elle ne connaissait plus et ne voulait plus qu’on l’abandonne. Mon amie, les larmes aux yeux, n’osait plus la quitter et s’occuper des autres qui, tous, avaient besoin de nous. Il fallait les coucher 3 ou 4 sur des paillasses infectes et qui le devenaient d’heure en heure de plus en plus, grâce à cette dysenterie, qui torturait tous ces corps. Beaucoup n’avaient plus de chaussures. Nos cordonniers à certains ont pu fabriquer des spartiates avec des morceaux de bois et des ficelles. D’autres sont partis nu-pieds. Avant le départ pour le grand voyage, on passait à la tonte les hommes et les enfants des deux sexes. Cette mesure est vexatoire et agit beaucoup sur le moral des individus, particulièrement chez les enfants. Un petit garçon pleurait à chaudes larmes. Il avait environ 5 ans. Il était ravissant, des cheveux blonds bouclés, qui n’avaient jamais connu les ciseaux. Il répétait qu’il ne voulait pas qu’on lui coupe les cheveux, sa maman en était si fière et, puisqu’on lui promettait qu’il allait la retrouver, il fallait qu’elle retrouve son petit garçon intact. Après le départ de ces 3000 ou 4000 enfants sans parents, il en restait 80 vraiment trop malades pour partir avec les autres ; mais on ne pouvait les garder plus longtemps. Nous leur préparons quelques vêtements. Ils ont de 2 à 12 ans. Comme les adultes, ils sont mis dans ces escaliers de départ inoubliables. on laissait parqués les 1000 personnes choisies pour le prochain départ pendant 2 ou 3 jours, isolées du reste du camp. Hommes, femmes, enfants, sur de la paille souillée rapidement... Tous gisaient sur la paille mouillée, mourants qu’on transporte sur des civières, aveugles, etc.

Ecouter Serge Klarsfeld - ENTRETIENS PAR CLAUDE BOCHURBERG SOUS LA DIRECTION DE PATRICK FRÉMEAUX (COLLECTION ENTRETIENS SONORES) (livre audio) © Frémeaux & Associés. Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires, dans les fnac et virgin, en VPC chez La librairie sonore, Audio-archives, Livraphone, Lire en tout sens, Livre qui Parle, Mots et Merveilles, Alapage, Amazon, fnac.com, chapitre.com etc.....Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écouté par téléchargement auprès d'Audible (Audio direct - France loisirs) et d'iTunes (iStore d'Apple) et musicaux sur Fnacmusic.com., Virginméga et iTunes.
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Discours de M. François FILLON
Remise des insignes de commandeur de la Légion d’honneur à M. Serge KLARSFELD
Hôtel Matignon, 7 juillet 2010
Mesdames et Messieurs,
Cher Serge Klarsfeld,
De la constance du droit, et de la permanence des procédures, nous pourrions tirer l’impression que tous les procès se ressemblent. Un juge succède à un juge, un avocat à son collègue, un accusé à un autre accusé, suivant un rituel d’autant mieux établi qu’il traduit une conception immuable, ou réputée telle, des rigueurs de la loi. La distinction s’efface alors entre règle et routine, exigence et formalisme. Rares sont les voix qui soudainement rappellent aux tribunaux que leur métier est aussi une mission sacrée. Rares sont les hommes qui, derrière l’acte de juger, discernent toujours la flamme vivante de la justice.
Nous sommes à Lyon, durant l’été 1987.
Un procès s’ouvre - procès tardif, laborieux, dont beaucoup redoutent que la désillusion soit l’issue. Dans le box se trouve Klaus Barbie, assassin sans grandeur, sans allure, terne et indéfendable à la fois. Comme individu, Barbie, disent certains, ne vaut pas une minute d’attention. Comme criminel, quarante ans après la fin de la guerre, d’autres doutent de l’intérêt de sa comparution. Puis un avocat se lève. D’une voix rapide, monocorde, il commence à lire. L’un après l’autre, il nomme les 44 enfants raflés par Barbie à Izieu, le 6 avril 1944 ; en les citant, il les replace au premier rang de l’audience ; dans sa voix, passent l’un après l’autre 44 destins anéantis. Cet avocat n’engage ni l’orateur, ni le juriste qu’il est. Il se borne à exposer une vérité que sa nudité rend insupportable : sur l’ordre de Barbie, 44 enfants sont partis vers Auschwitz. Aucun n’est revenu. Quand Serge Klarsfeld se rassoit, il a rendu un sens au procès Barbie : les assises de Lyon sont désormais investies d’un devoir de justice dont elles se montreront dignes.
Serge Klarsfeld, en plaidant contre Barbie à Lyon, vous avez démontré conviction et courage. Mais vous avez également fait preuve d’humilité. Vous avez renoncé au triomphe personnel – qui vous était permis – pour donner à la vérité une expression claire, exacte et pudique. Votre choix s’impose aujourd’hui à moi. Appelé à vous faire commandeur de la Légion d’honneur, j’aurais pu égrener les étapes d’une vie singulière, où les motifs de fierté et les accomplissements abondent. Mais ce panégyrique aurait trahi votre caractère. J’ai préféré, à votre manière, plaider pour quelques valeurs, et pour quelques méthodes, qui ont fait de vous, non pas l’avocat d’un groupe, ou d’un parti, mais l’avocat de la justice. Mon hommage ira d’abord à l’historien, au chercheur, au promoteur de la réflexion collective.
Je serai d’autant plus discret sur votre vie personnelle qu’elle comporte sa part de fausses pistes. Certains, qui vous disent « chasseur de nazis », imaginent sans doute que vous enchaînez de mystérieuses opérations de terrain, à mi-chemin entre espionnage et commando… Ces amateurs de sensationnalisme seraient déçus d’apprendre que pendant des années, vous avez suivi la paisible carrière d’un administrateur de l’ORTF. D’autres, qui vous croient rompu de longue date aux techniques juridiques, seraient étonnés de savoir que vous avez attendu 40 ans pour prêter serment et que de votre propre aveu, vous « n’aimez pas le droit » ! D’autres encore, qui ne connaissent que la sévérité de vos interventions publiques, seraient surpris d’entendre vanter votre humour, ou votre passion du cinéma américain. Quand on vous interroge sur votre vie privée, vous avez, Serge Klarsfeld, la délicatesse de répondre qu’elle est d’abord une vie de famille. Je respecterai cet effacement : il me permettra d’associer d’emblée à votre éloge votre femme, Beate, et vos enfants, Arno et Lida, dont l’adhésion à vos combats est entière.
J’ai dit à l’instant, Serge Klarsfeld, que la République honorait en vous l’historien. C’est un choix qui n’a rien d’évident, car l’historien n’est pas moins atypique que l’avocat ! Quoiqu’organisateur de colloques et d’expositions, habilité à diriger des recherches, docteur honoris causa de plusieurs universités, vous n’avez pas le cursus ordinaire du chercheur ; et vos ouvrages, considérables, n’ont guère à voir avec l’historiographie traditionnelle. Dans quelle catégorie inscrire le Mémorial de la déportation des Juifs de France, le Mémorial des Enfants Juifs déportés de France, le Calendrier de la persécution des Juifs de France, qui ne comportent ni commentaire développé, ni argumentation ? Si je devais répondre à cette question, je dirais que vos ouvrages sont des sommes. Sommes, parce qu’ils ont l’autorité des bilans. Sommes, parce qu’ils visent à l’exhaustivité, dont chaque révision les rapproche. Sommes, parce qu’ils procèdent par addition de noms, de date, de chiffres. J’ai bien conscience, Serge Klarsfeld, de m’en tenir à l’évidence en formulant ce qu’ont ressenti tous ceux qui, depuis 1978, ont tenu entre leurs mains le Mémorial de la déportation des Juifs de France et ses 76 000 noms. Votre travail est de ceux qui soumettent l’esprit au vertige. Minutieux, il est aussi monumental. Méthodique, il est aussi bouleversant. Son caractère radical provoque et désarme à la fois. Ses contradictions nous plongent dans cette stupeur douloureuse à laquelle nous n’échappons pas, quand nous contemplons la Shoah telle qu’elle fut.
Vous auriez pu, Serge Klarsfeld, consacrer à la période de l’occupation une synthèse de forme plus classique. Une forme de probité vous en a retenu. Vous n’avez jamais voulu que l’expression de votre subjectivité, si scrupuleuse soit-elle, fasse écran à la simple exposition des faits. Au lendemain de la guerre, deux travers opposés menaçaient les travaux des historiens. Le premier était celui de la généralisation. Il consistait à dire que « les Allemands », sans distinction, avaient adhéré au nazisme ; que « les Français », sans distinction, avaient été résistants. La violence des faits expliquait la brutalité de l’affirmation ; la réconciliation nationale l’excusait ; de grands penseurs, dont Vladimir Jankélévitch, lui apportaient leur caution. Puis l’héroïsme des réseaux de résistance allemands, la compromission des collaborateurs français, ont été mieux connus ; ils ont fait éclater les lectures monolithiques du conflit. Un second travers s’est substitué au premier : il consistait à se réfugier dans l’indéfini ; à constater prudemment que « certains Allemands » avaient organisé le système concentrationnaire ; que « des Juifs » en avaient été victimes. De cette prudence à un certain relativisme, et de là, à un certain révisionnisme, il y avait hélas peu de distance…
Entre ces deux écueils, vous avez ouvert la seule voie de raison. Vous avez répondu aux appréciations polémiques par une comptabilité exacte. Au lieu d’évaluer, vous avez dénombré. Des archives du centre de documentation juive contemporaine, de celles de Yad Vashem, du Yivo Institute de New York, du fameux « fichier juif » de la préfecture de police, conservé au ministère des anciens combattants, vous avez extrait un peuple de victimes et vous l’avez recensé.
Tous n’ont pas compris votre démarche. A dire vrai, l’histoire, et plus encore la politique, s’accommodaient d’un certain flou. Pourquoi compter une à une les victimes du conflit, quand il paraissait si fort et si vrai de dire qu’elles étaient innombrables ? Pourquoi les individualiser, quand leur drame avait été collectif ? Au fond, la souffrance, le découragement, le sentiment d’impuissance admettaient l’approximation des chiffres. Vos travaux y ont rétabli une précision mathématique – avec des résultats parfois inattendus. En 1995, vous réduisez de 4 500 à 1 007 le nombre des fusillés du mont Valérien. En 1999, vous contestez les travaux d’une commission suisse, à laquelle vous reprochez d’avoir surévalué le nombre des réfugiés juifs refoulés aux frontières de la Confédération. Dans les deux cas, la critique s’étonne : à mi-voix, elle vous fait le reproche terrible de minimiser les faits. Dans les deux cas, votre réponse est la même : elle consiste à renvoyer aux données vérifiables ; à les défendre de toute exploitation idéologique ou émotionnelle ; à répéter que la force de la vérité ne se mesure pas à la grandeur des nombres. Quand l’instruction du procès Barbie achoppe sur la datation discutée d’un télex, vous produisez la pièce originale, retrouvée dans le dossier d’Otto Abetz. Vous êtes, Serge Klarsfeld, le combattant de l’exactitude historique. Sous votre plume, cette exactitude a pris une forme particulière : celle de la liste, de la compilation. Cette forme est pour vous une méthode et une éthique. Du Mémorial de la déportation à l’Album d’Auschwitz, du mur monumental de Roglit, en Israël, au 1000 photos du Musée de la Shoah, à New York, vous n’avez jamais produit, semble-t-il, que des catalogues de faits, des recueils de documents, des chapelets de noms et d’adresses, des collections de portraits… Je me suis interrogé sur la valeur de cette forme - apparemment la plus sommaire, la plus rudimentaire. Puis j’en ai compris la puissance. Dresser une liste des victimes de la Shoah, c’est réaffirmer que la mort de chacune a constitué un crime singulier. Dresser une liste, c’est déjouer le pouvoir hypnotique des grands nombres. C’est rappeler que la déportation des Juifs de France n’a pas frappé une fois 76 000 personnes, mais 76 000 fois une personne. Dresser une liste, c’est réduire le discours historique au noyau dur de ses certitudes. Dresser une liste, c’est mettre l’information à disposition de tous, sans l’altérer, sans l’orienter. Si objectifs qu’ils soient, il est impossible de ne pas deviner votre générosité dans vos travaux. Depuis plus de 30 ans, vous êtes pour la communauté juive et pour les cercles historiques un pourvoyeur inlassable de matière, de données, de connaissances. Quand vous n’exhumez pas de nouvelles sources, c’est comme éditeur indépendant que vous œuvrez : à travers l’Association des Fils et filles de déportés juifs de France, ce sont plusieurs dizaines de titres qui ont paru grâce à vous.
De ce corpus exceptionnel, je retiens deux apports majeurs. Le premier – le plus douloureux sans doute – a consisté à souligner le rôle actif d’une part de la police, de l’administration et du personnel politique de Vichy dans la déportation des juifs de France. Vous avez été un des premiers à prouver, documents à l’appui, que la collaboration ne s’était pas bornée à une obéissance contrainte, mais qu’elle avait pu prendre l’initiative du crime ; que la police parisienne avait joué un rôle autonome dans les rafles de l’été 1942 ; que des personnages aussi considérables que René Bousquet, secrétaire général de la police, avaient devancé les exigences de l’Allemagne dans la persécution des populations civiles ; que la politique antisémite mise en œuvre par l’autorité de Vichy, et notamment par Pierre Laval, avait outrepassé les demandes de l’occupant. Il a fallu beaucoup de temps, mais aussi le courage de personnalités comme Jacques Chirac, pour que le discours public fasse enfin leur place à ces vérités cruelles.
Votre second apport en était, d’une certaine manière, le contrepoint. Vous avez mis en lumière l’opposition sincère d’une large part de la population française à ce crime d’État, et le relais offert à cette opposition par la hiérarchie catholique, lors des rafles de l’été 42, et des mesures de dénaturalisation d’août 1943. Listes en main, vous avez montré que la protection spontanée accordée par des familles et par des organisations françaises aux juifs présents sur le territoire national avait contribué à sauver un nombre important d’entre eux. Vous récusez, Serge Klarsfeld, les lectures partisanes de l’histoire – y compris celles qui, en le dénonçant, entretiennent une fascination involontaire pour le nazisme comme système, et pour le caractère systématique de la Shoah. Votre recul critique est, de ce point de vue, une de vos forces. De la Shoah, on peut dire qu’elle vous a blessé sans vous détruire, qu’elle vous a marqué sans paralyser en vous la réflexion, ni la capacité d’analyse.
En 1943, vous êtes réfugié à Nice, avec votre famille. Votre père, Arno, juif d’origine roumaine, francophile, engagé sur la Somme en 1939, a compris que rien ne vous protégerait plus. Au fond d’une penderie, il a construit une cache dans laquelle, quand la police frappe à la porte, il vous enferme avec votre mère et votre sœur. Lui-même se livre, pour éviter une fouille trop poussée des lieux. Sous prétexte de chercher des clés dans un vêtement, il embrasse une dernière fois la main de votre mère, et il se laisse emmener. Vous apprendrez plus tard que son insoumission l’a conduit aux mines de charbon de Füstengrübbe, où il est mort.
On sait qu’au lendemain de la Libération, beaucoup des survivants de la Shoah ont choisi le silence, ou plutôt, que l’épreuve le leur a imposé ; que la tâche de témoigner leur a paru insurmontable ; que celle de revendiquer leur a paru vaine. Il a fallu attendre une deuxième génération pour que la parole se libère et pour que le combat de la mémoire s’organise. Vous êtes, Serge Klarsfeld, le héraut de cette deuxième génération ; le porte-parole et le président des Fils et Filles de Déportés Juifs de France. A cet engagement, je vois une raison proprement vitale. Garder le silence, c’était accepter d’être le produit de l’histoire. Revendiquer, c’était en devenir l’acteur. Vous êtes devenu, Serge Klarsfeld, un personnage historique : je veux dire par là que votre parole dépasse désormais votre personne, et les circonstances où elle se fait entendre ; que vos avertissements portent de Téhéran à Palé ; que votre réflexion tranche des conflits actuels comme elle a tranché de celui d’hier. Je veux aujourd’hui saluer leur écho.
Serge Klarsfeld, En élevant il y a trois ans votre épouse Beate au rang d’officier de la Légion d’honneur, le Président de la République a rappelé la place décisive qu’elle avait toujours occupée à vos côtés. Si la France connaît mieux votre voix que la sienne, il n’existe entre vous ni préséance, ni hiérarchie. Vous avez été l’un pour l’autre à l’origine d’un éveil personnel et politique. Votre couple s’est doublé d’une exceptionnelle intimité de pensée et d’action. Votre confiance a été le moteur de vos luttes. Je n’ajouterai rien aujourd’hui au tableau de cette « entente franco-allemande » et à l’estime qu’elle m’inspire, sinon pour attribuer à Beate une qualité qui ne vous était peut-être pas naturelle : je veux parler de la capacité de provoquer. Je ne doute pas, Serge Klarsfeld, que vous ayez toujours possédé un grand courage. Mais possédiez-vous cette capacité presque théâtrale d’interpeler les yeux et les esprits qui a pu pousser votre épouse à gifler le chancelier Kiesinger en plein Bundestag ? De Beate, vous avez appris, comme un de vos meilleurs instruments, le sens du scandale. J’insiste sur ce trait de caractère, car je ne le sépare pas de votre œuvre de chercheur. La vérité est fragile, aussi longtemps qu’elle elle se laisse ignorer. Pendant des années, le débat historique a opposé « ceux qui savaient » à « ceux qui ne savaient pas ». L’ignorance excusait la passivité. Puis il est apparu que peu ou prou, tout le monde « savait ». Que si l’ampleur et les modalités de l’extermination des Juifs d’Europe restaient mal connues, il ne faisait aucun doute que ceux qui les déportaient les envoyaient sciemment à la mort. Le vrai débat s’est alors déplacé entre ceux qui avaient accepté de savoir et ceux qui refusaient toujours, pour des motifs souvent teintés de complaisance, d’ouvrir les yeux. Serge Klarsfeld, d’autres historiens ont contribué à déterminer la vérité sur la déportation des Juifs de France ; mais votre rôle personnel a été décisif, lorsqu’il s’est agi de la faire reconnaître. Vos coups d’éclat ont forcé l’Europe à savoir. En 1971, en Allemagne, vous tentez d’enlever Kurt Lischka, ancien chef de la Gestapo de Paris. L’année suivante, vous donnez à Bonn une conférence de presse à l’occasion de laquelle la justice allemande vous fait arrêter. Libéré, vous persévérez. En 1973, vous surgissez devant le même Lischka, et braquez sur lui, symboliquement, un pistolet vide. Sur la trace de chaque ancien nazi, vous organisez manifestations, occupations de locaux. Geste après geste, vous mordez sur l’indifférence de l’époque. Du reste, où se situait le véritable scandale ? Dans le non-conformisme de votre action, ou dans l’impunité des anciens responsables nazis et de leurs complices ? On peine à imaginer aujourd’hui – et vous êtes, Serge Klarsfeld, un des responsables de cette évolution - ce que fut le déni de l’après-guerre, et la rapidité avec laquelle les auteurs des pires atrocités se retrouvèrent vêtus des habits les plus respectables. A Francfort, Merdsche, chef de la police allemande d’Orléans, est devenu juge. Ernst, chef de la police allemande d’Angers, est avocat et notaire. Muller, chef de la Gestapo de Toulouse, dirige la police criminelle de Basse-Saxe. Heinrichsohn, organisateur de la déportation, est avocat, et maire de sa commune. Quand vous le retrouvez, Lishka, un des principaux responsables de la Gestapo en France, est procureur en retraite à Cologne… Beaucoup de ces criminels bénéficient encore d’un imbroglio juridique, qui empêche la justice allemande de connaître de faits déjà jugés, par contumace, en France. S’il fallait donner un exemple d’ironie tragique, on pourrait ne retenir que celui-ci : de 1971 à 1974, la convention franco-allemande sur les crimes de guerre, qui doit dénouer cette situation, est bloquée par le Parlement allemand.
Le rapporteur de la commission des affaires étrangères, Ernst Aschenbach, est lui-même un ancien nazi… Une pareille situation se dénonçait d’elle-même : restait à la faire connaître, à braquer sur elle l’attention du public, et des médias. Vous avez eu, Serge Klarsfeld, ce don de « désocculter » l’histoire moderne. J’en rappellerai un exemple proche. En 1994, une exposition doit célébrer deux siècles d’histoire de la police à Paris. Vous découvrez qu’elle ne comporte pas la moindre allusion de son rôle durant la guerre. Vous protestez alors auprès du préfet de police, entre les mains duquel vous déposez les documents nécessaires. L’exposition s’ouvre, complétée par vos soins… Dans cette affaire comme dans tant d’autres, la vérité n’attendait que le choc de votre poing sur la table.
Le même poing a marqué le départ de procès historiques, dont votre nom est désormais inséparable. Faut-il rappeler que dans l’Europe des années 1970, il est plus facile d’identifier un criminel que d’obtenir son inculpation ? Tous les professionnels du renseignement savent où, et sous quel nom d’emprunt, vit Klaus Barbie. Tout le monde sait où vit Maurice Papon, que protège son statut officiel, et l’ambiguïté de ses faits de résistance. Tout le monde sait où, et sous quelle protection, vit René Bousquet. Votre travail d’avocat, Serge Klarsfeld, est le prolongement direct, évident, de votre travail d’archiviste. Il consiste à déposer sur le bureau des juges un dossier d’accusation si clair, si solide, si indiscutable qu’à sa lecture, le magistrat n’a plus qu’un choix de conscience : poursuivre, ou se démettre. Et les résultats viennent : en 1979, Hagen, Heirichsohn et Lischka sont jugés à Cologne. En février 1983, Barbie est expulsé de Bolivie vers la France. En 1994, Paul Touvier est le premier Français condamné pour crime contre l’humanité. Ai-je tort de croire que dans ces procès, la personne de l’accusé importe moins que le pan d’histoire qu’elle incarne ? Serge Klarsfeld, les derniers procès du nazisme et de la collaboration ont été des procès tristes, usants, frustrants : procès de vieillards (celui de Papon), procès de chaises vides (celui d’Aloïs Brunner), procès impossibles (ceux de Touvier, de Leguay). Mais dans leurs débats, quel poids de vérité ; et dans l’instruction même de ces procès, quel honneur recouvré pour nous tous !
Serge Klarsfeld, La vérité m’oblige à dire que plusieurs de vos travaux incombaient à la République, et que la République ne les a pas entrepris. Vous avez dressé aux déportés juifs de France ces monuments que la France tardait à leur dresser. Vous avez constitué contre Barbie ce dossier écrasant que la justice française négligeait de constituer depuis 1963. Vous avez obtenu, au prix de longs plaidoyers, ces engagements publics qui nous semblent aujourd’hui évidents, et qui sont en réalité vos trop récentes conquêtes. Je pense aux plaques commémoratives apposées dans nos villes, sur les lieux des rafles. Je pense à la loi de juillet 2000 sur l’indemnisation des orphelins de la Shoah, et aux travaux de la commission Mattéoli, à laquelle vous avez apporté une participation majeure. Je pense à l’œuvre de mémoire entreprise par le Mémorial de Caen, sur la base de vos propres recherches. Serge Klarsfeld, l’homme politique qui se prononce sur les réalités de la guerre prend souvent un risque. Vos recherches lui permettent à présent de le faire avec une fermeté inédite ; et si au Vel d’Hiv, ou à Drancy, j’ai pu tenir des discours catégoriques sur les crimes accomplis sous l’occupation, mais aussi sur leurs suites, sur les résurgences de l’antisémitisme, sur les fragilités de la mémoire et sur la vigilance constante qu’ils nous imposent, je le dois en grande partie à l’autorité de vos travaux.
Vous êtes, Serge Klarsfeld, un véritable lutteur. Vos travaux sont implacables ; vos prises de position sont pugnaces ; votre conviction est inflexible. Dans ce combat, l’abjection de vos adversaires vous a souvent grandi. Je pense à ceux qui, le 9 mai 1972, ont déposé chez vous un colis piégé, destiné à tuer. A ceux qui le 1er septembre 1979, ont fait exploser votre voiture dans le sous-sol de votre immeuble. Mais aussi à ceux qui, plus insidieux, vous ont opposé leur mépris. Je pense à l’ironie de certains avocats désintéressés de la vérité. Je pense à l’indifférence d’hommes politiques que leur propre passé poussait à éluder tout débat. Je pense à l’ingéniosité perverse des révisionnistes, à leurs insinuations, à leurs soupçons, contre lesquels vos travaux sont notre rempart.
Serge Klarsfeld, tous ces combats que vous avez livrés auraient inspiré à d’autres la haine et la vengeance. Vous n’y avez pas cédé. Vous avez voulu que la justice à laquelle vous aspiriez soit garantie par le droit et par la loi ; que des pièces incontestables l’étayent ; que son verdict soit celui d’un État souverain. De hautes distinctions ont déjà récompensé votre dignité dans la lutte. La France est fière de l’honorer de nouveau.
Vous incarnez depuis près de 40 ans une voie originale, et peut-être même unique, de la recherche historique moderne. Représentant des fils et filles de déportés juifs de France, vous êtes, dans la fierté et la fidélité, le porte-parole de milliers de destins. Vous avez servi la justice sans vous substituer à elle. A des pays entiers, votre volonté a tenu lieu de courage. Vous avez rendu à la France le goût de la vérité.
C’est avec le sentiment du plus profond respect et de la plus profonde gratitude que je vais à présent vous remettre les insignes de commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur.

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