Fremeaux.com
THE DEBEN BHATTACHARYA COLLECTION
MUSLIM MUSIC FROM EUROPE & ASIA

Music of the Balkan Muslims / Musique Musulmane des Balkans
Afghan Music before the war / Musique Afghane d’avant-guerre







AVANT-PROPOS.
J’ai voyagé par la route de France jusqu’en Afghanistan à deux reprises, en 1955 puis en 1970 et je suis allé dans les Balkans en 1965. Chaque fois, j’ai pu enregistrer de longues heures de musique et photographier des scènes de la vie traditionnelle, se référant tant à la danse et à la musique qu’à la vie religieuse de ces régions. L’album qui en résulte présente la musique musulmane enregistrée dans ces deux pays d’Europe et d’Asie bien éloignés l’un de l’autre, en un temps où ils connaissaient encore la paix et l’harmonie. C’est ainsi que pour raviver le souvenir chaleureux et hospitalier que j’ai des habitants de Bosnie Herzégovine, j’ai commencé le CD consacré aux Balkans par une vieille chanson de berger, qui se trouvait être chantée par des membres des trois religions, Judaïsme, Christianisme et Islam. A l’époque je n’étais pas même conscient du caractère exceptionnel de la situation, mais je le suis aujourd’hui, non sans une profonde tristesse.Aujourd’hui, l’Afghanistan ainsi que la Bosnie-Herzégovine, dans les Balkans, sont le théâtre d’un drame troublant :  l’enchevètrement entre les histoires de la religion, la politique et la misère humaine. Les Musulmans de Bosnie ont connu leur part de brutalité, dans ce pays qu’ils partageaient avec des compatriotes serbes, et auxquels ils étaient liés par la culture et l’apparte­nance ethnique, mais non par la religion, l’Islam. L’Islam fut introduit pendant la domination turque dans les Balkans vers la fin du 14ème siècle. En plus de la Bosnie, le CD consacré aux Balkans comporte des enre­gistrements de musique musulmane effectués en Bulgarie et en Macédoine.A l’époque où je me préparais à enregistrer la musique traditionnelle des Balkans en 1965, la Macédoine d’Alexandre le Grand était sous le joug de trois états souverains: la Bulgarie, l’ex-Yougoslavie et la Grèce. L’histoire écrite de la Macédoine commence avec les règnes de Philippe II et Alexandre le Grand pour la région du nord de la Grèce. Le royaume macédonien de cette période (400 av J.C) s’étendait du sud de la Bulgarie, au sud-est de la Yougoslavie et au nord-ouest de l’Albanie, avec son cordon ombilical situé dans la Macédoine d’Alexandre, au nord de la Grèce. Les tribus slaves qui envahirent la péninsule balkanique au 6ème siècle se mélèrent  sur le plan ethnique avec les habitants autochtones. Les Macédoniens obtinrent leur indé­pendance de la Turquie en 1912, mais perdirent dans le même temps leur statut d’Etat indépendant au profit de la Bulgarie, la Yougoslavie et la Grèce.

Comme en Bosnie, la persistance des souffrances humaines en Afghanistan, bien que l’Islam y soit l’unique et incontestée religion nationale, est profondément désespérante. Qui pourrait penser aujourd’hui que jusqu’à la fin du 7ème siècle, l’Afghanistan était la route des échanges commerciaux et la route de la paix (l’une des plus anciennes et des plus sûres du monde) pour les caravanes des marchands, des entrepreneurs, pour les distributeurs de soie ainsi que pour les moines bouddhistes, qui voyageaint d’Inde vers l’Asie centrale? L’Afghanistan, appelé Aryana à l’époque, était un pays bouddhiste. Sous le règne de l’empereur Ashoka d’Inde, vers 250 av J.C., le pays était un terrain idéal pour répendre les idéaux bouddhistes de paix et d’harmonie avec soi-même, en tant qu’individu, et collectivement, les uns envers les autres. On en trouve la trace visuelle, conservée en Afghanistan, dans les peintures murales de Bamiyan. A partir de ce point, les arts bouddhistes de la peinture et de la sculpture rayonnèrent en suivant la route des caravanes depuis l’Asie centrale  jusqu’au coeur de la Chine, puis vers la Corée et le Japon.

L’Afghanistan fut envahi par Alexandre le Grand en 332 av J.C., avant sa courte incursion en Inde. Le royaume Gréco-Bactrian ou royaume Balkh fut établi par l’un des généraux d’Alexandre comme tête de pont pour de nouvelles opérations vers l’Inde. La domination macédonienne dura environ 2 siècles et l’Afghanistan devint un centre important pour la sculpture gréco-indienne bouddhiste. Le temps aidant, les Grecs, qui gouvernaient, s’impliquèrent à tel point dans le Bouddhisme et devinrent si proches des autochtones, peuple rude mais attachant, qu’ils finirent par être complètement absorbés par la structure sociale Afghane. Le mélange ethnique entre Grecs et Afghans était déjà accompli lorsque l’Islam recouvrit la majeure partie du plateau iranien et pénétra l’Afghanistan au cours de cet expansionisme fanatique qui marque le 7ème siècle de notre ère. Les nouveaux envahisseurs étaient très différents des Grecs. Ils se mirent en peine de convertir l’ensemble de la population du pays à l’Islam, aussi bien sur le plan émotionnel qu’intellectuel. On perçoit la continuité de cette époque dans les activités des fondamentalistes armés, les Taliban, qui contrôlent aujourd’hui la plus grande partie de l’Afghanistan. Essayons seulement de nous représenter ces idéologues Taliban occupés à peindre les fenêtres des maisons dans les villes et les villages pour éloigner les femmes Afghanes du danger des regards admiratifs jetés par les passants dans la rue, tandis que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants meurent chaque jour, victimes d’une guerre que l’Islam mène contre l’Islam.Si je devais analyser les causes des souffrances présentes en Bosnie-Herzégovine et en Afghanistan, et au vu de l’enchaînement des événements, je rendrais responsables les agents des mondes chrétiens et musulmans, les missionnaires et les mullahs qui emboitèrent le pas aux constructeurs d’empires chrétiens et musulmans, sans oublier les marchands du communisme. Comparativement, Alexandre le Grand de Macédoine, premier des colonialistes occi­dentaux, et ses généraux, appa­raissent comme d’aimables artisans d’un pont entre l’Est et l’Ouest.
DEBEN BHATTACHARYA
Adaptation française par Anika Scherrer
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1998.

CD N° 1
LA MUSIQUE MUSULMANE DES BALKANS
L’ancienne Yougoslavie était la dépositaire de chants folkloriques et de musiques de danse slaves, de types et de styles divers. C’était l’expression des différents peuples slaves qui avaient habité le pays depuis le 7ème siècle. A l’Est, on pouvait entendre de la musique serbe et à l’Ouest, de la musique croate. Les Serbo-Croates constituaient le plus important groupe de population de la Yougoslavie. Les régions du nord-ouest étaient habitées par les Slovènes qui avaient leur folklore et leur musique propres; de même pour les Macé­doniens au sud-est.En plus de la musique slave, on trouvait de fortes influences turques dans la musique des musulmans du Sud et du centre de l’ancienne Yougoslavie, particulièrement en Bosnie et en Macédoine. Bien qu’en Macédoine il y ait encore des villages qui soient habités par des Musulmans turques et des Tsiganes musulmans originaires d’Asie Occidentale, les Musulmans bosniaques sont, sur le plan ethnique, des Serbo-Croates et ils parlent Serbo-Croate avec un accent bosniaque. On trouve dans leur chants, de nombreux mots d’origine turque.La Macédoine tomba sous domination Turque en 1371 et y demeura pendant à peu près 500 ans. En 1463, une partie de la Bosnie devint un état turc et, à partir des années 1520, la totalité de la Bosnie tomba aux mains des Turcs. La pression exercée par les Turcs sur les communautés catholiques et orthodoxes força certains Serbes à se convertir à la foi de l’occupant, l’Islam. Leur musique, par conséquent témoigne de cette expérience de rencontre des cultures.

Le Musulman serbe de Bosnie s’exprime naturellement dans son propre langage, le Serbo-Croate, mais sur des mélodies et des rythmes turques tout en s’accompagnant d’instruments turques. Le résultat est intéressant, non pas tant parce qu’il s’agit du mélange de deux éléménts étrangers, mais parce que la musique de la Macédoine d’aujourd’hui a été consciemment développée au cours des siècles comme un idiome à part entière. Elle est originaire d’Asie Centrale et de forme modale, utilise des éléments des Makams arabes cultivés ainsi que des Dastaghs iraniens. Tandis que le Makam arabe suit un schéma déterminé, le Dastagh iranien est libre de cette sorte de contrainte. Dans la musique des Musulmans de Macédoine, la tonalité est importante, mais elle peut être mise de côté le temps d’impro­visations ou d’ornementations.L’histoire de la Bulgarie, qui fut sous domination turque pendant au moins cinq siècles avant de passer sous influence soviétique, est aussi turbulente que celle des autres pays des Balkans, mais la culture paysanne y est profondément ancrée. Il y a en Bulgarie une tradition de chants et danses encore présente aujourd’hui, comme on peut s’en rendre compte en observant la vie quotidienne dans les villes et les villages à travers le pays. Les chants et les danses sont pratiquement inséparables des  rassemblements ou célébrations, quelqu’ils soient, et ceci est vrai également pour les communautés minoritaires musulmanes de Bulgarie. Nous présentons ici deux chansons d’amour Pomak et un exemple de musique de danse telles qu’elles sont jouées par la communauté musulmane d’origine turque.

Bosnie
1. Le Berger - une vieille chanson  du folklore Serbo-Croate qui dit : “Le berger va chercher ses moutons. Les moutons devraient traverser le cours d’eau, mais il y en a un qui ne peut pas. Le berger l’a fait traverser gentiment avec son bâton”. Cette chanson est chantée par Dunja Rihtman (Juive), Milan Nesic (Chrétienne) et Jasna Hadzisalihovic (Musulmane). Enregistré à Sarajevo, Septembre, 1965. Durée : 1’55

2. Banja Luka. Une chanson dédiée à la ville bosniaque de Banja Luka, en Krajina. La chanson chantée en Serbo-Croate décrit la vie d’un héros local du nom de Mujo Celbija qui fut noyé dans la rivière. Chanteur, avec Saz : Haskic Amir. Second Saz: Mesanovic Muhamed. Le Saz est un luth à long manche, avec seize "touches" et huit cordes métalliques. La tonalité des cordes varie selon la mélodie qui doit être jouée. Par sa forme et sa taille, l’instrument est identique au “Baglama Saz” d’Anatolie qui emploie en général treize paires de cordes. Enregistré à Sarajevo, Septembre 1965. Durée : 2’.

3. Le “Saz”. Prélude instrumental à une chanson. Dans la plupart des sociétés islamiques d’Asie Occidentale, il est d’usage, lors des rassemblements formels, de faire précéder les chansons par une musique instrumentale et les Musulmans des Balkans suivent cette coutume. Ce morceau est joué sur une paire de flûtes appellés Saz, par Haskic Amir et Mesanovic Mohamed, dans la même distribution que celle du morceau n°2. Sarajevo, Septembre 1965. Durée : 2’45”.

4. Violet Bloom. Connue pour être une chanson “nouveau style”, elle commence par ces paroles : “Violet Bloom, je veux te cueillir et t’offrir à un jeune homme d’Herzégovine”. L’Herzé­govine est située au sud de l’ancienne Yougoslavie. Instruments et musiciens: même distribution que pour le morceau n°2. Durée: 1’45”.

5. Chanson d’Amour. C’est un type de chanson d’amour ancien, connu sous le nom de “Sevdalinka” en Serbo-Croate et elle raconte : “Je suis riche, je ne serai comblée que lorsque je l’embrasserai. Je souhaiterais que mes bras restent enlacés autour de son cou à chaque heure du jour, tandis que ma bouche l’embrasse. Dites-lui que je l’aime et que je ne peux pas vivre sans lui. Je lui donnerais tout mon amour pour qu’il ne souffre pas. Pourquoi ne puis-je avoir la chance d’embrasser sa bouche?”. Chanteur : Mesanovic Muhamed. Instruments et accompagnement: même distribution que pour le morceau n°2. Durée : 4’05”.

Macédoine
6. Danse de mariage. Une musique pour une danse de mariage jouée par un ensemble combiné d’instruments orientaux et occidentaux. Deux violons: Ilmi Baki et Bekir Hadjikoune. Clarinette: Apostol Gelevski. Djumbuch: Aki Memdov. Kanun: Redjep Pampour et Tarabouka: Taki Naidevov. Le Djumbuch est un luth turque moderne qui fut introduit au cours de l’occidentalisation de la Turquie en remplacement du luth Arabe, le “Ud”. Le Kanun est le nom arabe du psaultier d’Asie occidentale et la Tarabouka est la percussion en forme de gobelet que l’on trouve à travers le monde moyen-oriental. Enregistré sous la direction de Vasil Hadzimanov à Skopje, Septembre 1965. Durée :2’45”.

7. La danse des artisans. Cette musique doit accompagner la danse circulaire appelée “Kalaidzijsko-Oro” des artisants qui émaillent des ustensiles comme les assiettes et les timbales. Musiciens, instruments et lieu, comme décrits dans le morceau n°6.         Durée : 2’25”.

8. Danse Oro en 6/8. Musique pour la danse circulaire appelée “Bachino­selsko-oro”. Musiciens, instruments et lieu, comme décrit pour le morceau n°6. L’enregistrement commence par une discussion entre les musiciens et finit de la même manière.         Durée : 3’15”.

9. Chanson de mariage. Elle dit : “Ils viennent d’Istanbul. La grande et forte armée dorée. La mariage devrait tout juste commencer mais il y a une bataille dans l’air. Le fiancé pleure et sa mère aussi”. Chantée en macédonien par les instrumentistes, cette chanson est aussi exécutée pour accompagner une danse de mariage appelée Spaivtchenko. Autres informations, comme pour le morceau n°6. Durée : 2’35”.

10. Chanson de combat - à la gloire d’un Ali Pasha. De même que dans l’enregistrement précédent, n°9, ce chant est également chanté par les instrumentistes eux-mêmes en un 3/4 de rythme et s’appelle Frossimo. Autres informations, voir les notes du n°6. Durée : 4’30”.

11. Makam Mane. Le terme Makam veut dire mode musical en Arabe, Mane étant le titre musical du mode. Ce morceau est joué par Aki Memdov sur le luth turc moderne, le Djumbuch (voir note du morceau n°6). L’enregistrement commence par une conversation entre les musiciens. Pour les autres infor­mations, voir notes du morceau n°6. Durée : 1’45”.

12. Taksim Mane. Taksim est le nom arabe donné au prélude improvisé qui précède un Makam, ou mode musical, en l’occurence le mode étant Mane. Il est joué ici au violon par Ilmi Baki. Pour les autres informations, voir notes du morceau n°6. Durée : 1’40”.

13. Makam Mahour
. Joué sur un Kanun pour cet enregistrement. Mahour est l’un des modes les plus populaires du système iranien Dastgah et pourrait avoir été importé en Bosnie par les Turcs ou les Iraniens eux-mêmes. Cependant, la mélodie du Mahour dans cet enregistrement sonne différemment de celle d’Iran. Pour les autres infor­mations, voir notes du morceau n°6. Durée : 1’35”.

14. Rythmes de danse sur Tara­bouka - en 4/4, 9/8, 12/8 et autres tempos. Joué par Taki Naidevov. Pour les autres informations, voir notes du morceau n°6. Durée : 1’15”.

15. Taksim- Kurdi, au violon par Bekir Hadjikoune. C’est un prélude improvisé, sur un mode kurde. Pour les autres informations, voir notes du morceau n°6. Durée : 1’35”.

16. Zejnube. Musique pour danser, de tradition macédonienne, sur un tempo 9/8. Elle est basée sur une danse folklorique turque appelée Karsilama. La musique est jouée sur tous les instruments décrits dans les notes du morceau ci-dessus n°6. Durée : 4’45”.

17. Danse de mariage macédo­nienne. Musique pour une danse de mariage lorsque la jeune mariée quitte la maison de ses parents. C’est sur un tempo en 2/4 et joué  sur tous les instruments décrits en notes du morceau n°6. Durée : 2’.

Bulgarie
18. Chant d’amour Pomak - I. La chanson vient de la communauté des Musulmans du Nord de la Bulgarie appelée les Pomak et dit : “Dude, qui t-a acheté cette petite veste? Dude répond en nommant le garçon et dit qu’il lui a demandé de porter cette veste pour le rendre heureux”. On lui demande de nouveau : “Qui t-a acheté ces salowars (pantalons turcs)?”. Elle répète le nom du garçon, disant à nouveau qu’il veut qu’elle les porte pour le rendre heureux”. La chanson est chantée en 9/16 par Pena Grozeva qui s’accom­pagne d’ un Tambura, un luth turc, au long manche, proche du Saz, et comporte 3 cordes et une caisse bombée. On en joue avec un médiator. Enregistré à Dermantsi, au nord de la Bulgarie, courant Octobre 1965. Durée : 2’18”.

19. Chanson d’amour Pomak. - II. C’est aussi une chanson d’amour des musulmans Pomak, chantée par la chanteuse citée plus haut Pena Grozeva en 9/16. Le sujet de la chanson est une jeune fille malade d’amour qui veut rendre visite au docteur dont elle est amoureuse. Les paroles sont : “Zenica est au lit et sa mère se demande ce qu’elle peut faire pour elle”. La fille répond qu’elle doit trouver un véhicule pour l’emmener voir le docteur à Lukovit. Pour les autres informations, voir les notes plus haut, morceau n°18. Durée : 2’45”.

20. Musique de danse Rachenitsa sur un tempo 7/16. Elle est jouée sur le luth Pomak Tambura par Pena Grozeva, comme décrit ci-dessus. Voir notes du morceau n°18. Cette danse appartient à la tradition folklorique bulgare et est réalisée de manière semblable par les communautés Musulmanes et Chré­tiennes. Durée : 1’.

CD n°2
LA MUSIQUE AFGHANE D’AVANT-GUERRE

Situé à la croisée des cultures d’Iran, d’Asie Centrale et du Sous-Continent Indien (aujourd’hui, le Pakistan), l’Afghanistan, un pays montagneux dans la chaîne de l’Hindukush, conserve les traces d’un héritage musical varié. Caractérisés par des structures sociales tribales, les groupes ethniques majoritaires sont les Durrani Pathans qui ont fondé l’état moderne de l’Aghanistan au 18ème siècle, les Tadjiks et les Uzbeks. Les Tadjiks et les Uzbeks, ainsi que les Turkmènes, vivaient sur les deux rives de l’Amou Darya, anciennement rivière Oxus, qui séparait l’Afghanistan de l’ancienne Asie Centrale soviétique, à l’époque où j’ai visité la première fois le pays, en 1955, pour y faire des enregistrements. La population totale du pays à l’époque était estimée à 15 millions, dont deux étaient des tribus nomades, comme les Kochis et les Turkmènes. En dehors des dialectes des tribus, les deux langues principales sont le Pachto, qui est d’origine sanskrite et le Dari, qui a ses racines dans le Persan.

L’Afghanistan a été envahi par Alexandre en 332 av J.C. avant qu’il ne pénètre en Inde. Le royaume Gréco-Bactrien (Balkh) en Afghanistan dura environ deux siècles. Les Grecs qui habitaient l’Afghanistan devinrent complètement assimilés. Le mélange ethnique et interculturel entre les Grecs et les Afghans fût si étroit qu’il devint impossible de dissocier les uns des autres.Jusqu’à la fin du 7ème siècle, l’Afghanistan était un pays bouddhiste. Lorsque la vague de l’Islam recouvrit la plus grande partie du plateau iranien, au 7ème siècle, forçant les Zoroastriens à fuir et trouver refuge en Inde, elle pénétra en Afghanistan et fit du prosélytisme en convertissant l’entière population à la foi musulmane et apportant encore une nouvelle forme d’expression vocale dans la musique, pour représenter l’Islam avec ses chants arabes.

LA MUSIQUE ET LES INSTRUMENTS
Chanter, avec ou sans accompagnement instrumental, est la forme musicale préférée en Afghanistan. La plupart des chansons ont pour thème la loyauté tribale, l’héroïsme, le mouvement des caravanes, les coutumes de la société, l’honneur de la famille et l’amour. Il y a deux types d’instruments musicaux : l’un pour un usage intérieur, en accom­pagnement de chansons, l’autre pour l’extérieur. Ce sont des instruments  pour les danses tribales qui suivent la progression des nomades dans les montagnes, avec les troupeaux de chameaux, de mûles et de moutons, à la recherche de pâturages. Parmi les tribus nomades, la musique des Kochi est plus souvent entendue que celle des autres, parce ce qu’ils sont en permanence en déplacement, suivant le soleil. Les instruments des Kochis pour faire de la musique en plein air sont le Surnai, la flûte cônique avec sept trous pour les doigts et plusieurs trous à vent, la percussion Dhol, d’une taille immense à la forme cylindrique et avec une peau tendue et lacée sur le haut. On en joue avec un bâtonnet.Les instruments à cordes les plus utilisés en intérieur sont des espèces de luth, le Rabab et le Dambura. Le Rabab est un luth au long manche avec une caisse recouverte d’une peau et à la forme creusée comme une taille humaine. On dit qu’il est l’ancêtre du Sarod Indien. Il comporte trois cordes mélodiques, trois cordes bourdon et quatorze cordes sympathiques; on en joue en le pinçant avec un médiator. Le Dambura, instrument folklorique, est répandu en Afghanistan ainsi qu’en Uzbekistan. C’est un luth au long manche, avec quatre cordes métalliques dont on joue avec un archet. En plus des luths, il y a aussi l’instrument courbe, le Ghichak dont on joue avec un arc de chasseur; il a un long manche et une caisse rebondie recouverte de peau de chèvre. Il comporte deux cordes mélodiques et sept cordes sympathiques. Les percussions pour intérieur sont appelées les Zeir Bengali et les Dhol, qui portent le même nom que la percussion cylindrique pour jouer en extérieur.

1. Les yeux noirs - C’est une vieille chanson en Dari, dont les paroles sont: “Je suis victime de tes yeux noirs. J’aimerais être ton invité, si seulement je savais où tu habites”. Le chanteur, Mohamed Naim Mazart s’accompagne aussi d’un violon Ghichak. La percussion est jouée sur le Zeir Baghali par Malang Nejrabi. Les deux musiciens viennent de Mazar. Pour les informations concernant les instruments, voir l’introduction. Enregistré en Janvier 1970. Durée : 7’.

2. Chanson nomade - C’est une chanson tribale de nomade, en Pachto, qui décrit la séparation d’une fille avec sa mère, lorsqu’elle quitte la tribu après son mariage. Chant et instruments par les mêmes musiciens que ci-dessus, morceau n°1. Durée : 8’25”.

3. Chanson de caravane - Chanson sans accompagnement, en Perse, sur le thème de la séparation d’avec les biens-aimés, dans la vie d’un nomade, ainsi que la progression de la caravane. Une chanson de la région de Herat, près de la frontière iranienne. Chantée par Abdul Kader. Enregistré à Kaboul, Novembre 1955. Durée : 5’45”.

4. Surnai et Dhol - Musique tribale Kochi, jouée sur le Surnai par Mohammad Hussein avec un accom­pagnement au Dhol, joué par Dost Mohammad. Pendant leurs dépla­cements, les Kochis bougent avec leurs troupeaux de chameaux et de moutons le long des étroites routes de montagnes, suivis par les femmes. La marche est accompagnée par la musique du ’luth’ Surnai et du large tambour cylindrique, le Dhol. La musique est aussi destinée à éviter que les animaux ne se perdent, car on l’entend de loin. Pour les infor­mations sur les instruments, voir ci-dessus dans l’introduction. Enregistré sur le Kandahar - la route de Kaboul, Novembre 1955. Durée : 4’10”.

5. Dhol - Rythme guerrier sur Dhol, du sud de Kaboul. Joué par le percussioniste nomade Kochi, dénommé Dost Mohammad, comme dans le morceau n°4, ci-dessus. Durée : 1’20”.

6. Chanson d’amour - chantée sans accompagnement, en Perse, par Abdul Kader, comme dans le morceau n°3. C’est une chanson folklorique de Kaboul, mais aussi populaire à Kodahman et dans les environs. Enregistré à Kaboul, Novembre 1955. Durée : 3’20”.

7. Chanson d’amour - chantée en Pachto. C’est une chanson folklorique du Sud de l’Afghanistan, sur les thèmes de l’amour et de la souffrance des amants. Les instruments qui accompagnent sont le Rabab, le Dambura et le tambour en forme de tonneau décrit dans l’introduction, le Dhol. En plus de ces intruments, il y a aussi l’harmonium, le violon à la caisse en ovale, le Sarinda et une flûte traversière en cuivre, avec six trous pour les doigts. Elle est chantée par Gulsaman et Tajali et la musique instrumentale est réalisée par leur groupe de musiciens. Enregistré à Kaboul, Janvier 1970. Durée : 3’20”.

8. Naghma - musique instrumentale jouée sur le Ghichak et le Zeir Baghali par Mohammad Naim Mazari et Malang Nejrabi, comme dans le morceau n°1. Pour les informations concernant les instruments, voir introduction ci-dessus. Enregistré à Kaboul, Janvier 1970. Durée : 3’00.

9. Le parfum de l’aimée - Chanson d’amour en Dari, qui dit : “J’ai dit à ma belle que son parfum aussi est beau"”. Chanson et instruments par les mêmes musiciens que dans le morceau n°8, ci-dessus. Durée : 6’10”.

10. Zeir Baghali. Improvisations rythmiques sur le tambour en forme de gobelet Zeir Baghali, par Malang Nejrabi, comme dans le morceau n°8 ci-dessus. Les rythmes habituels sont souvent variés  au cours de cet enregistrement par un coup frappé avec le plat de la paume et le frottement du muscle du pouce sur la peau en même temps que le tapotement des doigts. Enregistré à Kaboul, janvier 1970. Durée : 7’10”.

11. Rabab & Dhol. Ce morceau consiste en une série de mélodies folkloriques du nord de l’Afghanistan, mêlées à des improvisations. La musique commence avec une improvisation semblable à un prélude impromptu pour Raga et est accompagnée de la percussion en forme de tonneau, le Dhol. Le Rabab est exécuté par Ustad Mohammad et le Dhol par Gul Alam. Enregistré à Kaboul, Janvier 1970. Durée : 5’40”.
Enregistrements, photographies et textes : DEBEN BHATTACHARYA
Adaptation française de Anika Scherrer.

Le réalisateur de ces enregistrements tient à adresser ses sincères remer­ciements et sa reconnaissance à Maggie Doherty et Suri Gopalan pour leur aide au cours de la production de cet album.
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1998.

english notes

FOREWORD
During two overland journeys from France to Afghanistan in 1955 and 1970, and on a separate trip to the Balkan countries in 1965, I recorded many hours of music and photographed scores of scenes of traditional life, music,  dance and religion. This  album contains Muslim music  collected at a time of peace and harmony in those two far apart lands of  Europe and Asia. Therefore, to recapture my warm and affectionate memory of the people of Bosnia-Herzogovina, I am starting the Balkan CD with an old shepherd’s song, which, as it happened, was sung together by members of three different religions, namely, Judaism, Christianity and Islam. At that time,  I was not even aware of the situation being unusual but now I am and with great sadness.   Today Afghanistan, as also Bosnia-Herzegovina in the Balkans, represents a  disturbing tale of historical entanglement between religion,  geography,  politics and human misery.  The Balkan Muslims of Bosnia have had their experience of brutality in a land which they shared with fellow Serbs, who are culturally and racially related to them except for the religion, Islam. Islam was introduced during the Turkish rule of the Balkan  lands towards the end of the 14th century. In addition to Bosnia, the Balkan CD consists of recordings of  Muslim music from Macedonia and Bulgaria.

When I set out to record the traditional  music of the Balkans in 1965, the  Macedonia of Alexander the Great was under the subjugation of  three sovereign States: Bulgaria, former Yugoslavia and Greece.  The recorded history of Macedonia starts with the rule of Philip the Second and Alexander the Great in the northern part of Greece. The Macedonian Kingdom of that period (c.400 BC), stretched out into the southern part of Bulgaria, south-east Yugoslavia and north-west Albania, with its umbilical cord in Alexander’s Macedonia in northern Greece. Slav tribes that overran the Balkan peninsula in the sixth century established themselves in Macedonia, racially intermingling with the earlier inhabitants. The Macedonians gained their freedom from the Turks in 1912,  but lost their independent status as a Sovereign State to Bulgaria, Yugoslavia and Greece.As in Bosnia, for me equally distressing is the continuation of human suffering in Afghanistan, in spite of Islam being the unchallenged religion of  the country.  Who could believe   today that until the end of the 7th century Afghanistan provided a caravan route of peace and trade – one of the oldest and the safest in the world – for merchants, dealers in silk as well as Buddhist monks travelling from  India to Central Asia.  Afghanistan, called Aryana at that time, was a Buddhist country.  During the rule of the Emperor Ashoka of India, about 250 B.C., this country was the dispersal ground for Buddhist ideals of peace and harmony in oneself as a human being as also collectively between one another.   We can see it visually recorded in Afgha­nistan on the 5th century mural paintings of Bamiyan.

From here the Buddhist arts of painting and sculpture followed the caravan route across Central Asia  into the Chinese mainland and then to Korea and Japan.Afghanistan was invaded by Alexander in 332 BC before his shortlived excursions into India.  The Greco-Bactrian or Balkh kingdom was established by one of Alexander’s generals as a launching pad for further operations into India.  Macedonian rule lasted for a couple of centuries and Afghanistan became an important centre for Greco-Indian Buddhist sculptures. Eventually the ruling Greeks became so deeply involved with Buddhism and with the tough but lovable people of the country that ultimately they were wholly absorbed into the social structure of Afghanistan.  The racial and cultural intermingling between the Greeks and the Afghans was already complete when Islam overran the major part of the vast Iranian plateau and  penetrated Afghanistan during the fanatical expansionism of the Seventh Century AD. The new invaders were very different from the Greeks.  They set out to work  systematically until the entire population of the country was converted to Islam, emotionally and intellectually.  We see a continuity of those days in the activities of the fundamentalist Taleban army, the current  power that rules most of Afghanistan today, in the middle of 1997.  Imagine while  men, women  and children  are dying by the thousands as casualties of war for Islam versus Islam,  the Taleban ideologues are busy painting the window panes of the houses in cities and villages to keep Afghan women protected from the admiring eyes of the passers by in the streets.   If we were to analyse the cause for current sufferings in Bosnia-Herzegovina  and in Afghanistan, the chain of events points  to the agents of the Christian and the Muslim worlds, the missionaries and the mullahs that trailed behind the Empire builders of Christiantiy and Islam, as well as the brokers of Communism.  In comparison, Alexander the Great of Macedonia, the first amongst the Western colonialists, and his generals appear as amiable bridge builders between the East and the West.  
DEBEN BHATTACHARYA
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1998.

CD no.1
MUSIC OF THE BALKAN MUSLIMS

Former Yugoslavia was a repository of Slavic folk songs and dance music of widely varying types and styles. They reflected the  expressions of different groups of Slavic  peoples who have inhabited the country since about the seventh century.  In the east you could hear Serbian  music and in the west, Croatian. The Serbo-Croats formed the largest population group in Yugoslavia. The northwestern regions were inhabited by the Slovenians who had their own folklore and music; so had the Macedonians in the southwest.In addition to the Slavic music, strong influences from Turkey could be found in the music of the Muslims of Central and Southern Yugoslavia of the past, particularly in Bosnia and Macedonia. Although in Macedonia there are still some villages which are inhabited by Turkish Muslims and Muslim gypsies of West Asian origin, the Bosnian Muslims are racially Serbo-Croats and they speak Serbo-Croat with a  Bosnian accent. In their songs, one can hear many words of Turkish origin.  Macedonia came under Turkish rule in 1371 and  remained so for almost five hundred years. In 1463 part of Bosnia became a Turkish state and by the 1520’s the whole of Bosnia fell to the Turks. The pressure on both the Roman Catholic and Orthodox communities by the Turks forced some Serbs to take to the ruler’s faith, Islam.  Their music, therefore, shows the result of this cross-cultural experience.  The Serbian Muslim of Bosnia, naturally, sings in his own language, Serbo-Croat,  but with Turkish melodies and rhythms and accompanies himself on Turkish instruments. The result is interesting, not because of  the blending of two alien elements but for the fact that the music of Macedonia today has been consciously developed over centuries as a new idiom.  It is  of West Asian origin and in modal form, employing elements from the cultivated classical Arab Makams and the Iranian Dastgahs.  The Arab Makam follows a scale pattern and the Iranian Dastgah is free from that.  In the music of the Muslims of Macedonia the scale is important  but it can be set aside during improvisations and ornamentations. The history of Bulgaria, which was under Turkish rule for almost five centuries before  coming under Soviet influence, is as turbulent as any in the Balkan countries, but the peasant culture is rooted deeply.  Bulgaria has a living  tradition of songs and dances as can be seen through the day-to-day life in the cities and villages of the country,  even today.  Singing and dancing together are almost  inseparable from social gatherings and celebrations and this also applies to the minority Muslim communities of Bulgaria. We are presenting a couple of Pomak love songs and an example of dance music on this CD as played by this Muslim community of Turkic origin.

Bosnia
1. The Shepherd -- an old Serbo-Croat folk song saying : “The shepherd is in pursuit of his sheep. The sheep should cross the stream but there is one who could not. The shepherd led it across gently with a stick.”  It is sung together by Dunja Rihtman (Jewish),  Milan Nesic (Christian) and Jasna Hadzisalihovic (Muslim).  Recorded in Sarajevo, September, 1965.  Duration : 1.55.

2. Banja Luka.  A song of gratitude to the Bosnian city of Banja Luka in Krajina. The song in Serbo-Croat language  describes the life of a local hero named Mujo Celebija who was drowned in the river.  Singer, with Saz : Haskic Amir.  2nd Saz : Mesanovic Muhamed.  The Saz is a long-necked lute of sixteen frets and eight metal strings. The tuning of the strings varies according to the requirement of the melody to be played.  In shape and size the instrument is identical to the Anatolian “Baglama Saz” which employs usually only three pairs of strings.  Recorded in Sarajevo, September, 1965. Duration:  2.00.

3. The “Saz”.  Instrumental prelude  to a song. In most Islamic societies of Western Asia,  it is a common practice on formal occasions   for instrumental music to precede singing and the Balkan Muslims follow the same custom.  This item is played on a pair of lutes called the Saz by Haskic Amir and Mesanovic Muhamed as described above for item No.2.  Sarajevo, September, 1965. Duration : 2.45.

4. Violet Bloom.  Known as a “new style” song, it begins by saying “Violet Bloom, I want to pluck you and offer you to a young man from Herzegovina”. Herzegovina is situated in the southern part of former Yugoslavia.  Instruments and musicians : as described in item No. 2.  Duration : 1.45.

5. Love Song.  This is a type of old love song  known as “Sevdalinka” in Serbo-Croat and it says: “I am rich, I will be fulfilled only when I kiss him. I wish my arms would stay around his neck every hour of the day while my mouth kisses him. Tell him that  I love him and cannot live without him. I would give him all my love so that he does not suffer. Why can’t I be so lucky as to be able to kiss his mouth.”  Singer : Mesanovic Muhamed.  Instruments and the accompanist : as described in item No. 2.  Duration : 4.05.

Macedonia
6. Wedding dance.  Music for a wedding dance played by a combined ensemble of oriental and occidental instruments as listed below.  A pair of violins : Ilmi Baki and Bekir Hadjikoune;  clarinet : Apostol Gelevski;  Djumbuch : Aki Memedov; Kanun : Redjep Pampour and Tarabouka: Taki Naidevov.  The Djumbuch is a modern Turkish lute which was introduced  during the westernization of Turkey to replace the Arab lute, the ‘Ud. The Kanun is the  Arabic name  for the  West Asian  psaltery, and the Tarabouka is the single-headed, goblet-shaped drum of the Middle Eastern world.  Recorded under the guidance of Vasil Hadzimanov in Skopje in September, 1965.  Duration : 2.45.

7. Craftsmen’s dance.  This music is to accompany the circular dance  named Kalaidzijsko - Oro of the craftsmen who enamel  metal utensils such as plates and tumblers. Musicians, instruments and location : as described for above item No. 6. Duration : 2.25.

8. Oro dance in 6/8.  Music for the circular dance named Bachinoselsko - Oro. Musicians, instruments and location : as described for item No. 6.  Recording starts with a discussion among the musicians and ends similarly. Duration : 3.15.

9. Wedding song. It says : “they are coming from Istanbul. The big, strong, golden army. The wedding is about to start but there is a battle in the air. The bridegroom is crying and so is his mother.”  Sung in Macedonian by the instrumentalists, this song is also sung for accompanying a wedding dance called Spaivtcheko.  Other information as above, cf. item No. 6. Duration : 2.35.

10. Fighting song -- in praise of one Ali Pasha.  As in the previous recording, item 9, this too is sung by the instrumentalists themselves  in 3/4 rhythm and is called Frossimo. Other information as above, cf. item No. 6.  Duration : 4.30.

11. Makam Mane.  The term Makam means musical mode in Arabic, with Mane being  the Macedonian title of the mode.  It is played by Aki Memedov on the modern Turkish  lute Djumbuch (cf. note re. item 6). The recording opens with a conversation amongst the musicians. For other information cf. notes re. item 6. Duration : 1.45.

12. Taksim Mane.  Taksim is the Arabic name given to the improvised prelude to a Makam, or a musical  mode, in this case the mode being Mane. Here it is played on a violin by Ilmi Baki. For other information cf. notes re item 6. Duration: 1.40.

13. Makam Mahour.  Played on the Kanun in this recording, Mahour is one of the most popular modes of the Iranian Dastgah system and may have been brought to Bosnia by the Turks or by the Iranians themselves. However, the melody of Mahour in this recording sounds  different from that of Iran.  For other information cf. notes re item 6. Duration : 1.35.

14. Dance Rhythms on Tarabouka -- in 4/4, 9/8, 12/8 and other time measures, played by Taki  Naidevov. For other information cf. notes re. item 6. Duration : 1.15.

15. Taksim - Kurdi, on violin by Bekir Hadjikoune. This is an improvised prelude to a Kurdish mode.  For other information cf. notes re. item 6.  Duration : 1.35.

16. Zejnube.  Muslim dance music  from  the  Macedonian  tradition  in   9/8 time.  It is based on a Turkish folk dance called Karsilama.  The music is    played on all instruments as described in notes for above item No. 6. Duration : 4.45.

17. Wedding dance music for the occasion when the young bride leaves her parents’ home.  It is in 2/4 time  and is played on all instruments as described in notes for item 6.  Duration : 2.00.

Bulgaria
18. Pomak Love Song - I.  The song belonging to the North Bulgarian Muslim community named the Pomak, says : “Dude, who bought you the short waistcoat? Dude replies by naming the boy and saying that he wants her to wear it to make him happy.”  She is asked again  “who bought you the salowars [Turkish trousers] ? She repeats the name of the boy, again saying that he wants her to wear them so as to make him happy.”  The song is sung in 9/16 time  by Pena Grozeva and she accompanies  herself on a Tambura, a long-necked Turkish Saz-like lute of three strings with a wooden belly.  It is played with a plectrum.  Recorded in Dermantsi, North Bulgaria during October, 1965.  Duration : 2.18.

19. Pomak Love Song - II.  This too is a love song of the Pomak Muslims, sung by the above singer  Pena Grozeva in 9/16 time.  The song is about a love-sick daughter who wanted to visit the doctor with whom she was in love.  It says : “Zenica is in bed and her mother wonders what she can  do for her.”  She replies that she must get a vehicle and take her to the doctor in Lukovit.  For other information cf. notes for above item No. 18.  Duration : 2.45.

20. Rachenitsa dance music in 7/16 time.  It is  played on the Pomak lute Tambura by Pena Grozeva as described above. Cf. notes re. item 18.  This dance belonging to the  Bulgarian folk tradition is performed by the Muslim and the Christian communities alike.  Duration : 1.00. 

CD no.2
AFGHAN MUSIC BEFORE THE WAR

Placed at the cultural cross-roads between Iran, Central Asia and the Indian Sub-continent (today’s Pakistan), Afghanistan, a mountain country in the Hindukush range, shows traces of a varied musical inheritance.  Largely tribal in its social pattern, the major ethnic groups are the Durrani Pathans who founded the modern State of Afghanistan in the 18th century, the Tadjiks and the Uzbeks.  The Tadjiks and the Uzbeks, as well as the Turkomans, lived on both sides of the Amu Darya, the Oxus river, which separated Afghanistan from former Soviet Central Asia when I first visited the country in 1955 to record. The total population of the country at that time was estimated to be fifteen million, out of which two million belonged to the nomadic tribes, such as the Kochis and the Turkomans.  Besides the tribal dialects, the two main languages of the country are Pashto which is of Sanskrit origin and Dari, which has its roots in Persian.Afghanistan was invaded by Alexander in 332 B.C. before his excursions into India.  The Greco-Bactrian (Balkh) kingdom in Afghanistan lasted for a couple of centuries. Greeks who stayed in Afghanistan became wholly involved with the country.  The racial and cultural inter-mingling between the Greeks and the Afghans became so complete that one could not be separated from the other.Until the end of the seventh century, Afghanistan was a Buddhist country. When Islam over-ran the major part of the vast Iranian plateau in the 7th century forcing the Zoroastrians to flee to India seeking refuge, it penetrated Afghanistan and proselytized the entire population into the Islamic faith, bringing in yet another form of  vocal expression of music to represent Islam with its Arabic chants. 

MUSIC AND INSTRUMENTS
Singing, with or without instrumental accompaniment, is the most favoured form of music in Afghanistan.  The bulk of the songs are on themes such as tribal loyalty and heroism, on the movement  of caravans and social customs,  family honour and love. There are two types of musical instruments : One for indoor  use, mainly for accompanying songs and the other for the exterior -- instruments for tribal dances and to follow the nomads trekking the mountain roads with herds of camels, donkeys, goats and sheep in search of pasture land.  Amongst the nomadic tribes,  the music of the Kochis is heard more frequently than  that of  other tribes as they are constantly on the move, following the sun. The instruments of the Kochis for making music in the open air are the Surnai, the conical shawm with seven fingerholes and several vent holes, and the drum Dhol,  of immense size and cylindrical shape with laced heads.  It is played with a stick.The most common stringed instruments for interior use are the lute-types, the Rabab and the Dambura. The Rabab is a long-necked lute with  a skin-covered, waist shaped belly, said to be the ancestor of the Indian Sarod. It has three melody strings, three drone strings and fourteen sympathetic strings and is plucked with a plectrum. The Dambura, basically a folk instrument, is common to Afghanistan as well as Uzbekistan. It is a long-necked fretted lute with four metal strings and is played with a plectrum.   In addition to the lutes, there is also the bowed instrument Ghichak. Played with a hunter’s bow, the Ghichak has a long neck and a round belly covered with goat-skin. It employs two melody strings and seven sympathetic strings. The drums for   indoor  use  are called   the Zeir Baghali and the Dhol which bears the same name as the larger cylindrical drum for outdoor playing. The  Zeir Baghali is a single-headed, goblet-shaped pottery drum.  Pressed under the left arm, it is played by both hands. The  smaller Dhol is also a barrel shaped, double-headed drum,  but is played by bare hands.

1. DARK EYES – This is an old love song in Dari, saying  “I am a victim of  your dark eyes. I would like to be your guest if I knew where you lived.”  The singer Mohammed Naim Mazari also accompanies himself on the fiddle Ghichak. The drum accompaniment is played on the Zeir Baghali by Malang Nejrabi. Both the musicians are from Mazar. For information regarding instruments cf. above introduction. Recorded in January 1970. Duration: 7.00

2. NOMAD’S SONG – This is a nomadic tribal song in Pashto, depicting a daughter’s separation from her mother when leaving the tribe after marriage.  Song and instruments by musicians as in above item No. 1. Duration : 8.25.

3. CARAVAN SONG – Unaccompanied song in Persian on the theme of separation from loved-ones in the life of a nomad and about the movement of the caravan. A folk song from the region of Herat, near the border of Iran, it is sung by Abdul Kader.  Recorded in Kabul, in November 1955. Duration: 5.45.

4. SURNAI & DHOL –  Kochi tribal music, played on the Surnai by Muhammad Hussein with Dhol accompaniment by Dost Mohammad. When on their nomadic journeys, the Kochis move with their herds  of  camels  and sheep on the narrow mountain roads followed by the women. The march is accompanied by the music of the shawm Surnai and the large cylindrical drum Dhol. The music is also meant to prevent the cattle  from  straying  since it can be heard from long distances. For information regarding instruments see above introduction. Recorded on the Kandahar - Kabul road in November 1955. Duration : 4.10.

5. DHOL  – Battle rhythm on Dhol from southern Kabul. It was played by the nomadic Kochi drummer named Dost Mohammad as in above item No. 4.  Duration : 1.20.

6. LOVE SONG – Unaccompanied  song in Persian, sung by Abdul Kader as in item No.3.  This is a folk song from Kabul but it is also popular in Kodahman and its neighbourhood. Recorded in Kabul, November 1955.  Duration : 3.20.

7. LOVE SONG – in Pashto. This is a folk song from South Afghanistan on the themes of love and  the lovers’ suffering for it. The accompanying instruments are the Rabab, the Dambura and the barrel-shaped drum Dhol as described in the introduction. In addition to these instruments, there are also the Harmonium, the oval-bellied  fiddle   Sarinda and a transverse brass flute with six fingerholes.  It was sung by Gulsaman and Tajali with instrumental music provided by their group of musicians.  Recorded in Kabul, January 1970.  Duration : 3.20.

8. NAGHMA – Instrumental music played on the Ghichak and the Zeir Baghali by Mohammad Naim Mazari and  Malang Nejrabi as in item No.1. For information regarding instruments, cf. above introduction. Recorded in Kabul, January 1970.  Duration: 3.00.

9. BELOVED’S PERFUME – Love song in Dari, saying, “I told my lovely
one that her perfume was lovely too”.  Song and instruments by musicians as in above item No. 8. Duration : 6.10.

10. ZEIR BAGHALI.  Rhythmic improvi­sations on the goblet shaped pottery drum Zeir Baghali by Malang Nejrabi as in above item 8. The usual rhythmic beats on the drum are frequently varied in this recording by slapping the drum-head with the flat of the hand, rubbing the skin with the lower padded part of the palm and by clicking the fingers. Recorded in Kabul, January 1970.  Duration: 7.10.

11. RABAB & DHOL.  This item consists of a series of folk melodies from the north of Afghanistan, blended with improvisations.  The music begins with an improvisation similar to the impromptu prelude to a Raga and is accompanied by the barrel shaped drum the Dhol. The Rabab was played by Ustad Mohammad and the Dhol by Gul Alam.  Recorded in Kabul, January 1970.  Duration : 5.40.    
RECORDINGS, PHOTOGRAPHS & TEXT : DEBEN BHATTACHARYA
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1998.

The Collector’s grateful thanks are due to Maggie Doherty & Suri Gopalan for their help in the production of this album.

Le domaine de prédilection de Deben Bhattacharya est la collection, le tournage et l’enregistrement de la musique folklorique, la chanson, la danse ainsi que la musique classique en Asie et en Europe.Depuis 1955, il a réalisé des films éducatifs, des documentaires, des disques, des brochures, des émissions radiophoniques et des concerts en direct relatifs à ses recherches. Il a également édité des traductions de la poésie médiévale de l’Inde.Entre 1967 et 1974, il a produit des films éducatifs, des disques, des brochures et des concerts pour des écoles et des universités en Suède, sponsorisé par l’institut d’état de la musique édu­cative: Rikskonsorter.Ses travaux ont également consisté en documentaires pour la télévision ainsi que des émissions sur le folklore, les tra­ditions... pour : • British Broadcasting Corporation, Londres • Svorigos Radio, Stockholm • Norsk Rikskringkasting, Oslo • B.R.T. - 3, Bruxelles • Filmes ARGO (Decca), Londres • Seabourne Enterprise Ltd., R.U. • D’autres stations de radio en Asie et en Europe.Deben Bhattacharya a réalisé plus de 130 disques de musique folklorique et classique, enregistrés dans près de trente pays en Asie et en Europe. Ces disques sont sortis sous les étiquettes suivantes : •Philips, Baarn, Hollande • ARGO (Decca), Londres • HMV & Columbia, Londres • Angel Records & Westminster Records, New York • OCORA, Disque BAM, Disque AZ, Contrepoint, Paris • Supraphone, Prague • HMV, Calcutta • Nippon Records, Tokyo.Deben Bhattacharya est également l’auteur de livres de traduction de la poésie médiévale indienne. Ces ouvrages ont été préparés pour la série de l’UNESCO, East-West Major Works, publiés simultanément en Angleterre et aux Etats-Unis par G. Allen & Unwin, Londres, et par le Grove Press, New York, ainsi que Hind Pocket Books, New Delhi. Les titres comprennent : • Love Songs of Vidyapati • Love Songs of Chandidas • The Mirror of the Sky: songs of the bards of Bengal • Songs of Krishna.Deben Bhattacharya fait paraître en 1997, une collection de coffrets thématiques chez Frémeaux & Associés, regroupant ses meilleurs enregistrements de Musique du Monde et dotés de livrets qui constituent un appareil critique de documentation incomparable.

Deben Bhattacharya is a specialist in collecting, filming and recording traditional music, song and dance in Asia, Europe and North Africa.Since 1955 he has been producing documentary films, records, illustrated books and radio pro­grammes related to many aspects of his subject of research. His films for TV and programmes for radio on traditional music and rural life and customs have been broadcast by: • the BBC, Thames Television, Channel Four, London • WDR-Music TV, Cologne • Sveriges Radio/TV, Stockholm • BRT-3, Brussels • Doordarshan-TV, Calcutta • English TV, Singapore • and various other radio and television stations in Asia and Europe.Deben Bhattacharya has produced more than 130 albums of traditional music recorded in about thirty countries of Asia and Europe.  These albums have been released by: • Philips, Baarn, Holland • ARGO (Decca Group), London • HMV & Clumbia, London • Angel Records & Westminster, New York • OCCORA, Disque BAM, Contrepoint, Paris • Supraphone, Prague • HMV, Calcutta • Nippon-Westminster & King Records, Tokyo.In addition, Deben Bhattacharya is the author of books of translations of Indian medieval poetry and songs.  These publications have been prepared for the UNESCO’s East-West Major Works series published simultaneously in England and the USA by G. Allen & Unwin, London, and by the Grove Press, New York, and by Hind Pocket Books, New Delhi.  The titles include: • Love Songs of Vidyapati • Love Songs of Chandidas • The Mirror of the Sky/Songs of the Bards of Bengal • Songs of Krishna.Deben Bhattacharya released a new collection of thematic double Cd Set, published by Frémeaux & Associés, with booklet comprising essentiel documentary and musicological information.

CD-1: MUSIC OF THE BALKAN MUSLIMS
Bosnia     
01. The Shepherd / Le berger                 1.50
02. Banja Luka / Banja Luka        2.00
03. The “Saz” / Le “Saz”         2.45
04. Violet Bloom / Violet Bloom 1.45
05. Love Song / Chanson d’amour      4.05

Macedonia
06. Wedding dance / Danse de mariage     2.45 
07. Craftsmen’s dance / Danse des artisans    2.25
08. Oro dance in 6/8 / Danse Oro en 6/8      3.15
09. Wedding song / Chanson de mariage          2.35
10. Fighting song / Chanson de combat 4.30
11. Makam Mane / Makam Mane 1.45
12. Taksim Mane / Taksim Mane          1.40
13. Makam Mahour / Makam Mahour  1.30
14. Dance Rhythms on Tarabouka /Rythmes de danse sur tarabouka 1.15
15. Taksim Kurdi / Taksim Kurdi  1.35 
16. Zejnube - Turkish dance /Zejnube - danse turque    4.45
17. Macedonian Wedding dance /Danse de mariage macédonienne           2.00

Bulgaria
18. Pomak Love Song - I / Chanson d’amour Pomak-1            2.18
19. Pomak Love Song - II / Chanson d’amour Pomak-2        2.45
20. Rachenitsa dance in 7/16 /Danse Rachenitsa en 7/16          1.00

CD-2 :  AFGHAN MUSIC BEFORE THE WAR
01. Dark Eyes (Dari) / Les yeux noirs (Dari)          7.00
02. Nomad’s Song (Pashto) / Chanson nomade (Pashto)           8.25
03. Caravan Song (Persian) /Chanson de caravane (Perse)   5.45
04. Surnai & Dhol / Surnai & Dhol         4.10
05. Dhol / Dhol 1.20
06. Love Song (Persian) / Chanson d’amour (Perse)   3.20
07. Love Song (Pashto) /Chanson d’amour (Pashto)       3.20
08. Naghma / Naghma         3.00
09. Beloved’s Perfume (Dari) /Le parfum de ma bien-aimée (Dari)       6.10
10. Zeir Baghali / Zeir Baghali     7.10
11. Rabab & Dhol / Rabab & Dhol              5.40

CD Muslim Music from Europe and Asia  © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)


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