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ROOTS OF ROCK N’ ROLL 1947
Vol. 3









Wynonie Harris • Hank Williams • Paul Howard • Julia Lee • Al Dexter • Louis Jordan • Sticks McGhee • Red Foley • Pee Wee King • Paul Gayten • Joe Lutcher • Milo Twins • Jazz Gillum • Lightnin’ Hopkins • Smokey Hogg • Luke Wills • Roy Brown • Merle Travis • Tex Williams • Amos Milburn • Sons of the Pioneers • Johnny Tyler • Nellie Lutcher • John Lee “Sonny Boy” Williamson • Big Three Trio • Wayne Raney • Delmore Brothers • Roy Milton • Peggy Lee • Jimmy Liggins • T-Texas Tyler • Chet Atkins • Jimmy Wakely • Sister Rosetta Tharpe • Jack Rivers.

Le Rock’n’Roll a semblé surgir de nulle part, soudain inventé par Elvis Presley et Bill Haley vers 1954-55. Mais comme l’Amérique existait bien avant sa "découverte" par Christophe Colomb en 1492, la musique que l’on qualifiera de Rock’n’Roll dans les 50’s existait pratiquement telle quelle et sous d’autres noms dès la fin des années 30. Elle était le fruit d’une longue évolution des musiques sudistes (cf Rock’n’Roll vol.1 & 2 - Frémeaux & Associés FA 351 & 352) et d’échanges permanents entre elles. La grande vague du Rock’n’Roll des 50’s n’est en fait que sa soudaine médiatisation, notamment à travers le cinéma (Rock around the clock), les télévisions (Ed Sullivan Show) et le disque. Elle correspond à la "découverte" des traditions musicales sudistes par les Etats-Unis du Nord Yankee puis à sa diffusion à travers l’Europe et le monde entier. Ce mouvement de reconnaissance des traditions sudistes qui commence ainsi ne s’arrêtera plus et se déclinera en "folk boom" du début des 60’s, "blues revival" à travers les groupes britanniques et nourrira pendant un temps l’évolution de la nébuleuse rock... Cette série - "Roots of Rock’n’Roll" - se propose de suivre année par année l’évolution de l’Amérique roulant et tanguant au rythme des disques diffusés sur les radios et dans les juke-boxes. L’Histoire en tapant du pied!

LES PIONNIERS DU ROCK EN 1947
Elvis Presley a douze ans et habite encore à Tupelo, au plus profond du Delta, entre blues et country music. Mais That’s all right mama, l’air qui le rendra célèbre, a déjà deux ans, enregistré par Arthur "Big Boy" Crudup en 1945. Presley avouera avoir souvent vu Crudup jouer dans les bars de Tupelo quand il était gamin: " Les gens de couleur ont chanté et joué de la même manière pendant des années dans leurs juke-joints sans qu’on y prête attention. Quand on voulait faire les clowns, on agissait comme eux. J’ai pris mes trucs chez eux. Dans les bars de Tupelo, j’avais l’habitude d’aller écouter ce bon vieux Arthur Crudup. Il faisait valser sa guitare et se remuait comme je le fais aujourd’hui. Et tous les jeunes gens blancs, garçons et filles, adoraient ça, sifflaient, applaudissaient... Je pensais que si un jour je pouvais agir et me sentir sur scène comme ce vieil Arthur, je serais un musicien qui connaîtrait plein de succès" (interview au Charlotte Observer de mai 1956).Jerry Lee Lewis, qui vit en Louisiane, a le même âge et commence à être un excellent pianiste sous l’influence de Moon Mullican que connaît son père. Wanda Jackson, elle, a dix ans et va à l’école à Oklahoma City. Son père est un musicien professionnel, country et Western Swing, qui a joué avec Hank Thompson. Il lui a appris à jouer de la guitare, du piano, à lire la musique. Elle commence à chanter le dimanche à l’église et derrière les disques de Hank Williams, notamment Move it on over! Carl Perkins est âgé de 15 ans et vit dans le Tennessee.

D’une famille de pauvres fermiers, il a déjà quitté l’école depuis quatre ans, travaille la terre et joue de la guitare et chante dans les bars de Jackson, Tn. de la musique hillbilly, notamment nombre de country boogies qui font fureur à l’époque. Comme il le confiera après le fabuleux succès de son Blue suede shoes en 1956: " J’ai mis un peu plus de rythme et de vitesse dans les vieux blues et les morceaux de Honky Tonk que j’interprétais depuis mon enfance. C’est tout. Cela avait été fait des centaines de fois avant moi mais c’est peut-être une question de dosage et de ce que le public était prêt à entendre!". Les Everly Brothers jouent avec leur père, Ike Everly, un mineur du Kentucky qui a commencé la guitare avec son voisin, Merle Travis! Ils ont formé leur duo fraternel en 1945, alors que Don Everly avait huit ans et Phil Everly six!Chez les Noirs, les idoles sont les blues shouters comme Joe Turner ou Wynonie Harris, les grands du Rhythm & Blues tels Joe et Jimmy Liggins, Roy Brown, Amos Milburn. Leur musique, mariage du blues et du Swing, annonce bien souvent le Rock’n’Roll version urbaine. Mais seul Joe Turner réussira à émarger à ce courant lorsqu’il sera devenu vraiment fructueux. En 1947, même si nombre de Blancs viennent voir leurs shows, il est totalement impensable pour aucun d’entre eux de passer sur une radio réservée aux oreilles blanches ni, pour leurs disques, d’émarger aux Tops 40 "Country & Western" ou "Pop". Et Little Richard, le troisième enfant d’une famille de quatorze (il a douze ans), chante déjà dans les rues de Macon (Ga) pour gagner quelques pièces. L’avenir des jeunes Chuck Berry (déjà 21 ans!) ou Bo Diddley - (19 ans) des musiciens professionnels en 1947 - ne peut alors guère s’envisager en dehors du Rhythm & Blues, le genre pour les "gens de couleur".

L’AMÉRIQUE EN 1947
Malgré la victoire et une puissance militaire et économique largement dominante, l’Amérique de 1947 n’est pas si heureuse. Un sondage Gallup du milieu de l’année apprend que le problème le plus important pour les Américains est alors le coût élevé de la vie et les grèves excessives qui paralysent le pays. Les dépenses de consommation servent avant tout à l’alimentation (29,5%); le logement (10,4%); l’habillement (9,6%); les assurances (5,6%)... Après le retour de la plupart des soldats américains dans leurs foyers, les Etats-Unis comptent 144.000.000 de résidents dont 57 millions d’actifs. On travaille 40,3 heures par semaine. La famille reste une institution très solide; le puritanisme ambiant régie les moeurs; le problème noir n’est tout simplement pas posé et on ferme les yeux sur la ségrégation raciale du Sud. Le Sud est d’ailleurs un autre monde pour l’Amérique en marche, que l’on ne connaît qu’à travers Autant en emporte le vent et dont on n’entend que de lointains échos dans la presse et sur les ondes.Les Russes, anciens alliés, deviennent les nouveaux ennemis. Le communisme semble progresser partout dans le monde et même en Amérique... Chaque gréviste ne serait-il pas un agent soviétique avéré ou, à tout le moins, en devenir? Par le Taft-Hartley Act, le droit de grève est sévèrement réglementé, les fonctionnaires n’ont plus le droit de faire grève et la pratique du "closed shop" (obligation pour tout employé d’adhérer au syndicat de l’entreprise) est déclarée illégale. Le Taft-Hartley Act entend mettre un terme à l’agitation ouvrière d’après-guerre en donnant davantage de pouvoir aux employeurs pour contrôler les mouvements syndicaux.

Parallèlement, le Président Truman affirme sa doctrine. Il demande au Congrès un soutien solennel pour lutter contre l’expansionnisme soviétique et il engage les Etats-Unis dans la "croisade pour la liberté". Non sans difficulté, il réussit à obtenir le soutien des sénateurs les plus réticents (Vandenberg) à la présence américaine extérieure en leur faisant comprendre la menace soviétique. Il déclare au Congrès le 12 mars: " Je crois que la politique des Etats-Unis doit être de soutenir les peuples libres qui résistent à la pression de minorités armées à l’intérieur et aux pressions militaires extérieures ". Il trace alors une "ligne rouge" que les Russes ne doivent pas dépasser et qui inclut la Grèce et la Turquie. La "guerre froide" démarre. Dans la revue Foreign Affairs, le diplomate Kennan expose sous le pseudonyme Mr X la stratégie US. L’endiguement est défini par "l’application adroite et vigilante d’une contre-force à des points géographiques et politiques changeant constamment". Mais si elle montre sa détermination et ses muscles, l’Amérique ne veut pas d’une confrontation directe avec son ancien allié. Cet "endiguement" se fait sur des frontières implicites avec la puissance soviétique - la fameuse "ligne rouge" - en-deça desquelles celle-ci est libre de gérer les peuples comme bon lui semble.Dans le même esprit, le Secrétaire d’Etat George Marshall, persuadé que la stabilité politique de l’Europe est menacée plaide en faveur d’un plan d’aide à la reconstruction de l’Europe.

Ce célèbre "Plan Marshall" encore évoqué aujourd’hui à tout propos fait partie de la théorie de l’endiguement: il faut aider les peuples ruinés par la guerre afin de les détourner du communisme. Mais seulement ceux situés en-deça de la "ligne rouge"! La CIA (Central Intelligence Agency) est créée en 1947 afin d’infiltrer les pays "ennemis" et de renseigner sur les activités subversives de l’intérieur comme de l’extérieur.En même temps, les Etats-Unis se posent désormais en champions de la liberté des peuples, prônant notamment la décolonisation rapide des territoires encore sous contrôle français et britannique. La page "colonialiste" américaine - qui avait toujours été controversée depuis son chantre, le Président Theodore Roosevelt, se veut définitivement tournée. En 1946, les Philippines, sous contrôle américain depuis la guerre contre l’Espagne à la fin du XIXé siècle, accèdent à l’indépendance. Le général Douglas Mac Arthur déclare à Manille le 4 juillet 1946, lors des cérémonies de l’indépendance philippine: "L’Amérique enterre l’Impérialisme ici et aujourd’hui". Restent des possessions comme Hawaii, Porto Rico et l’Alaska qui vont évoluer vers de nouveaux statuts, Hawaii et l’Alaska devenant des Etats de plein droit, Porto Rico un territoire de plus en plus autonome.Mais l’Impérialisme américain est dès lors économique et culturel. Le rôle prééminent que les USA ont joué dans la Deuxième guerre mondiale et dans l’organisation politique internationale de l’après-guerre les met en position de diffuser leurs produits, leurs idées, leur culture à travers le monde. Mais qui songe alors que ce sont les oeuvres de ce qui est considéré comme de la "sous-culture" en Amérique même (polars, science-fiction, westerns, musiques sudistes, bandes dessinées) qui vont fasciner le monde entier et répandre une image de l’Amérique certainement bien loin de ce que rêvait le Département d’Etat?En 1947, Hollywood est en plein boom. Mr et Mme Spielberg saluent la naissance de leur petit Steven.

LA MONTÉE DES LABELS INDÉPENDANTS
Avec les brassages de la guerre et les migrations intérieures massives de la démobilisation, les musiques sudistes qui avaient été enregistrées et vendues par les grandes compagnies - Victor, Decca, Columbia - avant la guerre apparaissent soudain bien difficiles à cerner et bien peu rentables. Les majors se concentrent alors sur la "Pop" qui représente en 1946, 92% des ventes de disques aux USA. Ce sera la chance des labels indépendants qui, grâce aux moindres coûts de production et de fabrication du disque, à la multiplication de studios d’enregistrement dans les petites villes, tentent leur chance dans des domaines non couverts par les grands: blues, country & western, Rhythm & Blues mais aussi kletzmer (musique yiddisho-américaine), tex-mex, irlando-américaine, rembetika (gréco-américaine), cajun...La fin des années 30 avait vu la timide apparition des premiers "indies", les labels Exclusive à Hollywood et Varsity, Beacon et Keynote à New York.Fin 1945, le pianiste et chanteur noir Cecil Gant obtient un grand succès avec I wonder sur Exclusive, un label fondé pour la première fois par des Noirs, les frères René, originaires de la petite bourgeoisie de couleur de la Nouvelle-Orléans. Cela pousse un certain nombre d’entrepreneurs indépendants à se tourner vers le disque "ethnique".

Ces nouveaux producteurs sont pratiquement toujours des immigrants européens récents, fuyant le nazisme ou des sudistes qui ont obtenu un petit pécule de "dédommagement" à leur libération de l’armée. Ils partagent des goûts hors des standards de l’époque, le désir de réussir et surtout une forte connaissance des milieux "ethniques" américains. Herman Lubinsky fonde Savoy à Newark; la famille Brauns crée De Luxe à Linden (NJ); Hy Seigal, Sam Schneider et Ike Berman lancent le label Apollo à Harlem; Herb Abramson et A.B. Green, National à Manhattan. Leur succès encourage d’autres financiers et producteurs, généralement fascinés par la musique, à se lancer à leur tour dans l’aventure et ceci dans les coins les plus reculés des Etats-Unis : Bob Shad au Texas, J.D. Miller à Crowley (Louisiane), Sam Phillips à Memphis, Syd Nathan à Cincinatti, Don Robey à Houston... Sun, King, Atlantic, Chess, sont alors en gestation et ne vont pas tarder à faire des entrées fracassantes dans le monde de la musique. Capitol, un label fondé à Hollywood par des artistes hillbilly dont Lee Gillett, un vétéran du Western Swing, commence à enregistrer un catalogue impressionnant de country music (Tex Williams, Tex Ritter, Merle Travis), de Rhythm & Blues (T-Bone Walker), de jazz-pop (Peggy Lee)... Bien avant la naissance de Sun, Capitol sort des disques qui annoncent très nettement le Rock’n’Roll, un genre dont le label revendiquera une certaine paternité avec quelque raison (Gene Vincent, Wanda Jackson...).

En 1947, on peut entendre dans les juke-boxes et sous le logo présentant un... capitole d’Etat, Nellie Lutcher, Julia Lee, Merle Travis (son prodigieux Merle’s boogie woogie), les Milo Twins, Jimmy Wakely et Peggy Lee qui connaît un grand succès avec une nouvelle version de Why don’t you do right? qu’elle avait précédemment enregistré en compagnie de l’orchestre de Benny Goodman.Specialty est un autre label californien qui jouera un rôle majeur dans l’émergence du Rock’n’Roll. Il est créé par Art Rupe. L’homme, originaire d’Europe Centrale mais qui avait été élevé, comme beaucoup d’immigrants juifs d’alors, dans un quartier noir (celui de Pittsburgh), avait déjà tenté l’aventure d’Atlas, un label indépendant fondé pendant la guerre et dans lequel il avait englouti ses quelques économies. Lorsqu’il arrive à Los Angeles, Rupe créé Juke Box Records, en fait une simple boîte aux lettres. Le premier disque est Boogie n°1 par les Sepia Tones, un groupe noir "chic". Le modeste succès du disque dans les ghettos californiens encourage Rupe à se consacrer au Rhythm & Blues. Sans autre moyen que "ses semelles et son calepin", il mène une enquête minutieuse dans les bars noirs, les boutiques de disques de Watts, les radios écoutées par les Noirs. Il étudie non seulement les goûts des clients noirs mais aussi leurs moyens financiers, la manière dont il faut procéder vis-à-vis des radios, des magasins de disques, des bars à juke-boxes...En 1946, sachant ce qu’il veut enregistrer et ce qu’il faut faire pour pénétrer le marché des ghettos, Rupe fonde les disques Specialty, fait signer des artistes dont il a remarqué la popularité parmi les Noirs, notamment Roy Milton, Joe et Jimmy Liggins qui connaissent de grands succès dans le Rhythm & Blues. Ce n’est pas un hasard si c’est Specialty qui révélera une grande partie du Rock’n’Roll noir: Little Richard, Larry Williams, Don & Dewey, Lloyd Price...

LES ARTISTES
Chet ATKINS (1924) : Le célèbre guitariste Chet Atkins est aujourd’hui très souvent décrié. Grand organisateur du "Nashville Sound" des années 60, vaste entreprise d’édulcoration et d’affadissement de la Country Music, il a ensuite multiplié les albums sans flamme ni atmosphère où la virtuosité technique ajoute encore à l’ambiance glaciale. Mais c’est faire peu de cas de sa première oeuvre, enregistrée à partir de 1945, absolument splendide. Un guitariste au jeu en fingerpicking dérivé de celui de Merle Travis, son principal mentor, Chet a construit son propre style à quatre doigts, plein de nuances et d’harmonies. Il a aussi été très marqué par certains guitaristes de jazz comme George Barnes ou Django Reinhardt. Canned Heat que nous entendons ici est une magistrale version à la guitare de White heat par Bob Wills que l’on peut apprécier sur Rock’n’Roll, 1927-38.

BIG THREE TRIO : Ce "trio de poids lourds" désigne peut-être la réélle corpulence des artistes mais le terme provient de la manière dont la presse de la guerre parlait des "Trois Grands", Roosevelt, Churchill et Staline. Le groupe a été formé en 1946 par le guitariste Leonard Caston, le guitariste Bernardo Dennis (qui sera remplacé par Ollie Crawford en 1947) et bien sûr par le contrebassiste Willie Dixon. Leur modèle est avant tout le Nat King Cole trio qui a connu un énorme succès mais leur localisation à Chicago et la présence de Dixon donnent à cet ensemble qui se veut de "cocktails" un parfum terrien, un peu un avant-goût de ce que fera Dixon chez Chess dès 1947.

Roy BROWN : Ce puissant chanteur (1925-1981) de la Nouvelle-Orléans a connu un succès énorme entre 1947 et 1955, restant presque continuellement au sommet des Hit Parades de Rhythm & Blues. Roy Brown commence une carrière musicale en copiant ses idoles de jeunesse, Bing Crosby et Frank Sinatra! Mais il s’impose plus sûrement auprès du public noir à la manière des blues shouters comme Big Joe Turner. A la tête de son orchestre, les Mighty Men, Roy Brown connaît quelques années de gloire à partir de 1947 avec des compositions, blues ou ballades, entre ironie mordante, humour franchement macabre et poésie imagée. Comme presque toutes les vedettes du Rhythm & Blues, le succès de Roy décline après 1954 et malgré quelques tentatives de renouvellement (il réussit quelques beaux titres fleurant le Rockabilly) il n’émarge pas au courant du Rock’n’Roll qu’il a pourtant contribué à définir, comme on peut l’entendre avec ce Roy Brown’s boogie.

DELMORE BROTHERS : Les frères Alton (1908-64) et Rabon (1916-52) Delmore, originaires de l’Alabama ont commencé dans les années 30 une carrière musicale prolifique dans un style de duo appalachien marqué par la conjonction subtile de leurs deux guitares (l’une standard, l’autre à quatre cordes) et un goût prononcé pour le blues. Après 1945, les Delmore Brothers brillent dans un style de Country boogie endiablé qui préfigure le Rockabilly comme sur ce torride Barnyard boogie.

Al DEXTER : Ce vétéran (1902-84) des salles de bal réservé aux ouvriers du pétrole texan (à la tête d’un orchestre entièrement noir!) passe pour avoir le premier qualifié de "Honky Tonk" un genre musical qui deviendra la colonne vertébrale de la Country Music. En 1943, une de ses compositions Pistol packin’ mama connaît un énorme succès parmi les GIs (et sera reprise dans la Pop par Bing Crosby et les Andrew Sisters). Sa popularité ne se dément pas jusque dans les années 50. Il place son argent dans des rodéos, des motels, des restaurants et son propre club à Dallas où il jouera alors exclusivement, quasiment jusqu’à sa mort. Il laisse une belle oeuvre, parsemée de nombreux boogies qui annoncent très nettement le Rockabilly.

Red FOLEY : Un des chanteurs les plus versatiles de la Country Music d’après-guerre, Clyde "Red" Foley (1910-68) a surtout connu le succès avec des Gospels. Mais, auparavant, il avait démontré sur de nombreux disques ses talents de guitariste - il avait appris à jouer avec Big Bill Broonzy! - et de créateur de superbes country boogies comme cette belle version de Freight train blues, une adaptation débridée du vieux folk song Casey Jones.

Paul GAYTEN : Ce chef d’orchestre (né en 1920) de la Nouvelle-Orléans est le neveu du pianiste Little Brother Montgomery. Il a enregistré sous son nom ballades et boogies et surtout joué un rôle de talent-scout pour Chess dans sa ville. Le Rock’n’Roll de la Nouvelle- Orléans aura toujours un fumet particulier dont on peut humer les premiers bouillons sur ce Your hands ain’t clean.

Jazz GILLUM : L’harmoniciste et chanteur du Mississippi Jazz Gillum (1904-1964) a été un des grands concepteurs du Chicago blues orchestral d’avant-guerre. Il a enregistré de façon continue entre 1934 et 1950 une centaine de titres, est l’auteur de plusieurs "classiques", tels Key to the highway et Look on yonder’s wall. Après trois ans de service militaire, Jazz Gillum rentre à Chicago pour trouver un ghetto profondément bouleversé par l’arrivée d’un flot considérable de migrants sudistes. Il retrouve dès 1945 les studios et va savoir de belle façon émarger au Chicago blues électrique en enregistrant encore 30 titres brillants entre 1946 et 1950, avec des compositions aussi savoureuses que cet endiablé You got to run me down.

Wynonie HARRIS : Un des meilleurs "blues shouters" (hurleurs de blues) des années 40, Wynonie Harris (1915-1969) a commencé sa carrière au sein de grands orchestres de Swing avant de former son propre orchestre de Rhythm & Blues. Il obtient un succès national avec Good rocking tonight en 1947 (une composition de Roy Brown), qui sera repris par Elvis Presley. Mais, comme la plupart des créateurs du Rhythm & Blues, il sera incapable de s’adapter au mouvement du Rock’n’Roll des années 50.

Smokey HOGG : Smokey Hogg (1914-60) est, avec Lightnin’ Hopkins, Lil’Son Jackson et Frankie Lee Sims un des meilleurs représentants du country blues électrique texan de l’après-guerre. Smokey a d’abord mené la vie de chanteur itinérant, s’inspirant de Blind Lemon Jefferson et Texas Alexander avant d’enregistrer une oeuvre copieuse et originale dans un style très rythmique qui annonce parfois le Rockabilly comme sa lecture du Good morning little schoolgirl de John Lee "Sonny Boy" Williamson.

Lightnin’ HOPKINS : "Poor" Lightnin’ (1912-82), comme il s’appelait lui-même à la troisième personne est un grand innovateur du Texas blues, un explorateur de la guitare électrique, un compositeur hors pair, un magnifique bluesman. Il est pris en charge par son cousin, l’aveugle Texas Alexander qui l’emmène avec lui sur la route dans les années 30. Hopkins rencontre ainsi nombre de bluesmen texans dont le pianiste Thunder Smith avec lequel il fait équipe sous le surnom de Lightnin’ & Thunder (l’éclair et le tonnerre). L’influence de Blind Lemon Jefferson est très présente sur son jeu de guitare qui alterne les basses appuyées et les arpèges. Mais Hopkins modernise ce style, le rend plus fluide, encore plus délié, ce qui lui permet d’être un des tout premiers bluesmen à véritablement utiliser les ressources de la guitare électrique: puissance mais aussi écho, vibratos, saturation comme sur ce Let me play with your poodle, un boogie chaotique et furieux.

Paul HOWARD : Il ne faut pas confondre ce "Country" Paul Howard (1913-84) avec son homonyme noir du Rhythm & Blues. Un vétéran du Grand Ole Opry de Nashville, Paul Howard a beaucoup enregistré avec ses Cotton Pickers pour Liberty, Columbia ou King dans un genre très dérivé du Western Swing.

Louis JORDAN : Louis Jordan (1908-75) est un des grands concepteurs du Rhythm & Blues. Il apprend le saxophone très jeune, tourne avec les Rabbit Foot Minstrels, accompagne Ma Rainey, Ida Cox et même Bessie Smith avant de figurer dans les orchestres de jazz de Louis Armstrong, Clarence Williams et Chick Webb. En 1938, Louis, un irrésistible showman, décide de devenir leader et forme les Tympany Five, signe un contrat avec Decca, une association qui va durer jusqu’en 1954! Louis Jordan déve­loppe un show incroyablement entraînant qui marie swing, burlesque et danse. Ce sens de l’humour et du mouvement baigne ses plus grandes réussites discographiques comme ce Barnyard boogie qui n’a que peu de rapport avec la pièce du même titre des Delmore Brothers. Cette permanence d’un thème campagnard familier aux auditeurs démontre cependant que le public de ces disques demeure encore soit rural soit récemment transplanté dans les villes.

Pee Wee KING : L’accordéoniste, harmoniciste, violoniste, chanteur et chef d’orchestre Julius Frank Kuczynski alias Pee Wee King (1914) a été un des premiers à transplanter le Western Swing dans les Appalaches. Il a formé ses Golden West Cowboys qui comprennent durant les années 35-65 certains des meilleurs musiciens et chanteurs de Country Music (Eddy Arnold et Redd Stewart). Son oeuvre très copieuse abonde en boogies, stomps et rocks. Il enregistrera même une superbe version de Blue suede shoes. Ten gallon boogie connaît un franc succès en 1947.

Julia LEE : Julia Lee (1902-1958) a été une des artistes noires les plus importantes de Kansas City dans les années 1944-52. Héritière des chanteuses de blues et de jazz de l’avant-guerre, Julia Lee a aussi développé un style de Rhythm & Blues, musclé et souple, qui annonce souvent le Rock’n’Roll. Elle est une chanteuse au large registre, aux insinuations (et aux compositions) coquines et, par dessus tout, une formidable pianiste dans la tradition de la grande cité du Missouri. Dans ses chefs-d’oeuvre comme Snatch and grab it et Mama don’t allow elle est entourée par la crème des jazzmen. Julia n’a jamais voulu quitter longtemps Kansas City et sa famille, refusant toutes les offres de tournées harassantes qui lui auraient peut-être valu la célébrité.

Peggy LEE : Née Norma Deloris Egstrom en 1920, Peggy Lee a baigné toute son enfance à l’écoute des grands orchestres et des chanteuses de jazz (Maxine Sullivan est son modèle). Elle décide dès 14 ans de se lancer dans le show business. En 1937, elle part tenter sa chance à Los Angeles et se produit dans les clubs de Hollywood où son physique avantageux, sa voix nasale et d’apparence détachée, son feeling attirent vite l’attention. Elle est engagée par Benny Goodman en 1941 en remplacement de Helen Forrest. Elle est remarquée pour son interprétation de Why don’t you do right? avec Goodman en 1942. Peggy tente alors une carrière en vedette, encouragée par son mari le guitariste David Barbour. Peggy Lee signe chez Capitol en 1945, le début d’une longue et fructueuse collaboration. Bien que son sens du swing n’aille qu’exceptionnellement jusqu’au Rock’n’Roll, Peggy Lee sera pendant longtemps une des rares chanteuses non-sudistes réellement convaincante dans les blues et les boogies. Et sa superbe interprétation de Fever demeure un classique de l’ère du Rock’n’Roll. La nouvelle lecture de Why don’t you do right? (une création de Joe Mc Coy pour les Harlem Hamfats et Lil Green) que nous proposons ici a été un formidable succès commercial.

Jimmy LIGGINS : Ce guitariste et chanteur, parfois harmoniciste (1924-1984), a aussi connu un certain succès dans la foulée de son frère Joe, un des pionniers du Rhythm & Blues, avec des pièces comme The Washboard Special ou Saturday night boogie woogie. C’est cependant son travail d’arrangeur et de musicien de studio qui lui a assuré sa réputation. Ses disques sont souvent très réussis avec une touche terrienne très plaisante

Joe LUTCHER : Ce saxophoniste et chanteur, chef d’orchestre de Rhythm & Blues est le frère de Nellie Lutcher. Il débute avec Nat King Cole avant de signer sur Capitol puis Specialty, Modern, Peacock. Malgré une oeuvre de qualité et des boogies souvent dévastateurs, il ne connaît guère le succès. Il abandonne la musique pour se consacrer à la religion en 1957 lorsque les Russes lancent le premier Sputnik dans l’espace, évènement que le musicien interprète comme un signal divin.

Nellie LUTCHER : Cette superbe chanteuse et pianiste quitte, en même temps que son frère Joe, Lake Charles en Louisiane pour s’installer à Los Angeles. Mais elle enregistre une succession de "tubes" à la fin des années 40, notamment ce He’s a real gone guy, un "classique" du Rhythm & Blues.

Sticks Mc GHEE : Ce guitariste(1924-1984), frère de Brownie Mc Ghee, a obtenu un succès considérable avec Drinkin’ wine spo-dee-o-dee en 1947, un titre qui deviendra un standard du Rock’n’Roll via Jerry Lee Lewis. Il a enregistré abondamment pour Atlantic et King mais est mort méconnu et dans la misère.

Amos MILBURN : Le talent de Amos Milburn (1926-80) comprend plusieurs facettes: un chanteur direct et vibrant à la façon des blues shouters; un formidable pianiste, héritier de l’école du boogie woogie des Pete Johnson et Albert Ammons qu’il prolonge et affine; un grand compositeur de blues et de boogies, notamment d’une célèbre saga alcoolique (Bad bad whiskey, Let me go home whiskey, One scotch one bourbon one beer...). Entre 1949 et 1953, Amos est une des très grandes vedettes du Rhythm & Blues, égrenant succès sur succès, présent dans toutes les salles des quartiers noirs et sur toutes les ondes. Nous avions proposé l’époustouflant Down the road apiece dans le Rock’n’Roll Vol.2. Ce Chicken shack boogie, un grand succès commercial pour Milburn en 1947, est du même splendide niveau.

MILO TWINS : On ne connaît pas grand’chose des frères Milo (Edward et Edwin). Ils ont enregistré pour Decca puis Capitol et gravé certains des country boogies les plus "down home", notamment ce Downtown boogie qui présente le grand Jimmy Riddles à l’harmonica.

Roy MILTON : Le "Grand-père du Rhythm & Blues", Roy Milton (1907-83) a connu une énorme popularité parmi les Noirs entre 1945 et 1953 avec des "tubes" comme R.M. Blues, Milton’s boogie et ce réjouissant Big fat mama. Il est, avec Louis Jordan, un des principaux fondateurs du Rhythm & Blues. Mais, après 1953-55, Milton, comme la plupart des grands noms du Rhythm & Blues, perd son public et, bien que sa musique annonce souvent le Rock’n’Roll, il ne sera pas capable d’émarger à ce courant.

Wayne RANEY : Un des meilleurs harmonicistes de la Country Music, Wayne Raney (1921-93) a longtemps été associé aux Delmore Brothers tout en enregistrant sous son nom des gospel songs, des blues et des boogies comme ce Lost John boogie qui a figuré dans le Top 40 de Country & Western pendant quelques semaines en 1947. Wayne a ensuite écrit une méthode d’harmonica, très influente, et vendu par correspondance les harmonicas de sa fabrication.

Jack RIVERS :
Le légendaire guitariste Jack Rivers (1920) a joué dans d’innombrables séances d’enregistrement des années 40 et 50 en compagnie de Spade Cooley, Roy Rogers, Jimmy Wakely, Johnny Mercer ou Hank Thompson. Il a aussi gravé des disques sous son nom avant de se lancer dans une carrière politique dans l’Etat de Washington. Déçu par la politique (et se heurtant aux ligues féminines pour ses prises de position machistes), Rivers s’est retiré dans l’Arizona, y a acheté un hôtel où il joue encore certains soirs!

SONS OF THE PIONEERS : Ce groupe vocal fondé en 1934 par Roy Rogers, Tim Spencer, Bob Nolan et les frères Farr, un magnifique duo guitare/violon dans la veine Venuti/Lang s’est nettement inspiré des harmonies vocales des chorales religieuses. L’oeuvre des Sons of the Pioneers est considérable et s’étend (avec des changements de personnel) sur trois décennies. Ils ont en fait essentiellement enregistré de la musique dite de l’Ouest et figuré dans d’innombrables westerns, notamment de John Ford (cf Western, Cow boy ballads and songs FA 034). L’amusant Cigareetes, whuskey and wild wimmen n’est certes pas un boogie mais il sera repris par plusieurs rockers et popularisé en France par Eddie Constantine sous le titre: "Cigarettes, whisky et p’tites pépées"!

Sister Rosetta THARPE : Cette chanteuse de gospel (1915-73) avec un splendide jeu de guitare très blues fait l’objet d’une réédition complète chez Frémeaux & Associés. Rosetta débute dans les orchestres de Cab Calloway et Lucky Millinder mais délaisse la musique profane pour se consacrer au gospel à partir de 1943. Elle enregistre une superbe série de titres en compagnie de Sammy Price et de son trio, l’inspiration est religieuse mais le feeling est très blues. Son chant véhément et direct, son jeu de guitare swinguant en diable font de ces gospels certains des meilleurs moments de la musique américaine de cette époque comme on peut l’apprécier sur ce This train qui deviendra... My babe quelques années plus tard chez Little Walter ou Ricky Nelson!

Merle TRAVIS (1917-1983) : Ecrivain, cartooniste, acteur de cinéma (notamment dans Tant qu’il y aura des hommes et plusieurs westerns), compositeur, chanteur et guitariste, Merle Travis est certainement un des artistes les plus importants de la musique populaire américaine. Fils d’un mineur du Kentucky, Merle a fui le carreau grâce à son jeu de guitare, un fingerpicking à deux doigts qui, adapté à la guitare électrique, est extraordinairement précis, véloce, swinguant et inventif. Après une carrière au sein de plusieurs string-bands, auprès des Delmore Brothers et de Grandpa Jones, Merle gagne la Californie en 1945 pour y développer sa propre version du Honky Tonk, où l’humour le dispute au swing. Il enregistre des centaines de titres pour Capitol aussi bien dans cette veine que dans un style plus folk (Sixteen tons). Merle Travis sera, aux côtés de Chet Atkins et Joe Maphis un des guitaristes les plus recherchés des séances du Rockabilly. Il a enregistré plusieurs grands boogies à la guitare mais ce Merle’s boogie woogie qui utilise, pour une des premières fois, la technique du re-recording mise au point par Les Paul est un de ses plus brillants efforts discographiques.

Johnny TYLER : Un vétéran des orchestres de Western Swing puis de Honky Tonk, le chanteur et guitariste Johnny Tyler a enregistré à Hollywood à partir du milieu des années 40 une oeuvre de très haut niveau, pleine de boogies annonçant souvent le Rockabilly comme ce Oakie boogie dont il a gravé plusieurs versions. Il est aussi le chanteur de l’orchestre de Luke Wills. Dans les années 50, il est présent sur la scène d’Atlanta mais on perd ensuite sa trace.

T-Texas TYLER :  "L’homme aux millions d’amis", T-Texas Tyler (David Luke Myrick)(1916-1972), a connu un grand succès dans les années 40 avec son brin de Honky Tonk. Il était capable de chanter une ballade sentimentale puis un Country boogie endiablé comme ce My bucket’s got a hole in it, une adaptation musclée d’une vieille pièce des minstrels shows. Après une décennie de succès, Tyler a eu du mal à survivre à la vague du Rockabilly qu’il anticipait souvent. Il s’est alors spécialisé dans le Country Gospel (cf: Country Gospel FA 055)

WAKELY (Jimmy) : Le chanteur et multi-instrumentiste Jimmy Wakely (1914-82) a été la vedette de nombreux westerns chantants à partir de 1939 (Saga of Death Valley, Song of the Range, Song of the Sierras). Mais cette copieuse carrière cinématographique ne doit pas masquer une excellente oeuvre discographique aux compositions avisées et généralement ornées de la guitare swinguante de Jack Rivers comme sur l’excellent Oklahoma blues.

WILLIAMS (Hank) : Le "Drifting cowboy" Hank Williams (1923-1953) est un des principaux concepteurs de la Country Music d’après-guerre, mêlant le vieux fond appalachien au Honky Tonk et annonçant les évolutions futures. Dans sa très courte vie, il a composé et enregistré nombre de chefs-d’oeuvre toujours interprétés aujourd’hui par quantité de musiciens. Superstar sans le savoir, "born to lose", mort de froid et d’une overdose de barbituriques et d’alcool à l’arrière d’une camionnette le soir du Nouvel An 1953, Hank Williams demeure par son oeuvre et son influence un des Géants de la musique populaire contemporaine. Son country boogie Move it on over n’a été qu’un petit succès à sa sortie en 1947 mais a fort influencé Bill Haley et ses Comets.

Tex WILLIAMS : Le chanteur-guitariste Sollie Paul "Tex" Williams (1917-1985) a d’abord été le vocaliste de l’orchestre de Spade Cooley avant d’entreprendre une carrière sous son nom en 1946 en compagnie du Western Caravan, un des groupes-leader du Western Swing d’après-guerre, comprenant notamment un des meilleurs guitaristes de la Côte Ouest, le superbe Johnny Weis. Il a été un des premiers artistes à signer un contrat sur Capitol juste après avoir quitté Cooley. Les débuts sont très difficiles. Capitol, qui a absolument besoin de "hits" pour survivre lui fait comprendre qu’il se doit d’obtenir rapidement un succès s’il veut rester sur le label. Presque désespéré, Tex se rend chez son ami Merle Travis qui a la réputation d’écrire une chanson en quelques minutes. Il est en train de repeindre sa clôture quand arrive Tex, en train de se rouler une cigarette. Quelques minutes plus tard, Tex Williams repart de chez Merle avec un talking-blues (le rap du Music Hall américain, aussi vieux que le genre) sur les tribulations d’un accroc de la cigarette qui, jusqu’au bout, sacrifiera tout au tabac ("Saint Pierre, attends un peu/ Garde ouverte la Porte du Paradis/ Je dois encore fumer une autre cigarette"). Smoke, Smoke, Smoke fait un énorme ... tabac, d’abord dans le Top 40 Country & Western puis, pour la première fois, dans le Top 40 Pop dont il occupe la première place quelques semaines. Tex Williams, un grand fumeur, meurt d’un cancer du poumon le 11 octobre 1985. L’Amérique bouillonnante et pleine d’humour de Merle et de Tex était un autre monde. En 1995, le fils de Merle Travis, Thom Bresh reprend le vieux hit et Smoke, Smoke, Smoke commence à être diffusé sur les radios. S’ensuit une invraisemblable campagne des ligues anti-tabacs qui réussissent à faire bannir des ondes cette hilarante ode au tabac! Gageons que là où ils sont aujourd’hui (sans doute plus près de Lucifer que de Saint Pierre), Tex et Merle ont dû savourer cette victoire du "politically correct". On les imagine en train de tirer une dernière bouffée et de siroter leur whiskey. En tendant l’oreille, on entend presque leurs éclats de rires.

WILLIAMSON (John Lee "Sonny Boy") : L’oeuvre de John Lee "Sonny Boy" Williamson (1914-48) est une des plus importantes de l’histoire du blues. Un harmoniciste novateur, il a définitivement installé ce petit instrument dans le blues orchestral. Il a aussi été un compositeur prolifique dont nombre de titres sont devenus des "classiques" du genre. Il a été enfin un des créateurs essentiels du Chicago blues moderne et son influence considérable s’exerce encore aujourd’hui. Nous avons consacré à ce grand bluesman un coffret de la série The Blues (FA 253). Polly, put the kettle on est une vieille comptine pour enfants transformée en une pièce endiablée pleine d’humour avec un Big Bill Broonzy en superbe forme.

WILLS (Luke) : Un des jeunes frères de Bob Wills, le contrebassiste Luke (1920) a fait partie des Texas Playboys. L’énorme succès de Bob à la fin de la guerre le pousse à créer d’autres orchestres familiaux pour pouvoir honorer les centaines d’engagements qu’il a. Luke se trouve ainsi à la tête des Rhythm Busters, un ensemble de facture bien plus moderne que les Texas Playboys. Ils jouent dans tout le Sud-Ouest et enregistrent une poignée de titres, tous remarquables comme le très bluesy Texas special, un morceau qui anticipe quelque peu Mystery train. Mais Bob, jaloux du succès de petit frère, oblige Luke à démanteler son orchestre et à revenir au sein des Texas Playboys. Luke s’est retiré à Las Vegas.
Gérard HERZHAFT
Auteur de "Le Blues" (PUF, Que Sais-je?) et "La Country Music" (PUF, Que Sais-je?)

SOURCES:
ESCOTT (Colin) & HAWKINS (Martin).- Good rockin’ tonight.- New York, StMartin Press:1992.
HEFFER (Jean).- Les Etats-Unis de 1945 à nos jours, A.Colin, 1997
HERZHAFT (Gérard).- Encyclopédie du Blues.- Fayard, Paris: 1997
HOFSTEIN (Francis).- Le Rhythm & Blues.- PUF, Paris: 1991
INTERNATIONAL WHO’S WHO IN MUSIC Vol. 2.- Cambridge, IBC, Paris: 1966
JOUFFA (François) & BARSAMIAN (Jacques).- L’Age d’or du Rock’n’Roll.- Michel Lafon, Paris:1994
LOUPIEN (Serge),éd.- Les Incontournables de la Country, Filipacchi, 1995
ROSE (Michel).- Pionniers du Rock’n’Roll.- Albin Michel, Paris: 1981
SHAW (Arnold).- Honkers & Shouters, Collier, 1978

MAGAZINES:
Divers numéros de Kommotion, The Hillbilly Resaercher et des indispensables revues françaises Soul Bag et Le Cri du Coyote.

Avec tous mes remerciements à Jacques Brémond, Jean-Pierre Fray, François Jouffa, Marc Radenac et Jacques Spiry pour leur aide dans la réalisation de ce coffret.
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1998

english notes
ROOTS OF ROCK ‘N’ ROLL 3
Although Rock ‘n’ Roll appeared to spring up out of nowhere, as if suddenly invented by Elvis Presley and Bill Haley around 1954-55, the music itself had been around under other names since the late 30s (cf. Rock ‘n’ Roll vol. 1 & 2 — FA351 & 352), gradually evolving from the permanent interchange between different Southern styles. The Rock ‘n’ Roll vogue of the 50s was a result of increased media coverage, particularly via the cinema (Rock Around The Clock), TV (Ed Sullivan Show) and records. This resurgence of interest in traditional music from the South rapidly spread to Europe and, indeed, the whole world, leading eventually, via British groups, to the “blues revival” of the early 60s. The present series – Roots of Rock ‘n’ Roll – follows this evolution year by year.

ROCK PIONEERS IN 1947
Elvis Presley was 12 and still living in Tupelo, in the heart of the Delta, between blues and country music. That’s All Right Mama, which was to make him famous, had already been recorded two years previously by Arthur “Big Boy” Crudup, whom Elvis, as a boy, often heard playing in Tupelo bars. He admits to having been greatly influenced by Crudup and other black artists of the time. In Louisiana, Jerry Lee Lewis was also 12 and already had the makings of an excellent pianist, under the guidance of Moon Mullican, a friend of his father’s. Wanda Jackson was a 10-year-old Oklahoma schoolgirl. Her father, a professional country and Western Swing musician who played with Hank Thompson, taught her guitar and piano and to read music. In addition to singing in church, she appeared on some Hank Williams recordings e.g. Move It On Over!. 15-year-old Carl Perkins, who had already left school some 4 years before, was working as a farm boy, and playing and singing hillbilly music, especially the country boogies which were all the rage, around the bars of Jackson, Tennessee. After the huge success of his Blue Suede Shoes  in 1956, he explained that all he did was to add more rhythm to old blues and Honky Tonk tunes and speed them up a little. In Kentucky, the Everly Brothers played with their father Ike, who took up guitar with his neighbour, Merle Travis.

They formed their own duo in 1945 when Don was 8 and Phil 6!Idols of the black population included blues shouters such as Joe Turner and Winonie Harris, along with Rhythm & Blues greats like Joe and Jimmy Liggins, Roy Brown and Amos Milburn. While their music, an updated version of Swing, often heralded the urban Rock ‘n’ Roll to come, only Joe Turner would succeed in getting on to this new band wagon. In 1947, although white audiences also flocked to their shows, there was no question of any of them appearing on radio or of their records appearing in the “Country & Western” or “Pops” Top 40. Little Richard was already singing on the streets of Macon, Georgia, trying to make a bit of money. At the same time, while it was clear that Chuck Berry and Bo Diddley – already accomplished musicians in 1947 – would make a name for themselves, it was inconceivable that this would be in anything other than Rhythm & Blues, the “coloured” genre.

AMERICA IN 1947
In 1947, in spite of its widespread military and economic influence, things were not so rosy at home in an America paralysed by the high cost of living and continuous strikes. The family was still seen as the cornerstone of society and puritanical moral attitudes prevailed. The black problem and racial segregation in the south were simply ignored, as being of little consequence in this “new” America on the march.The one-time ally Russia was once more an enemy. Communism was gaining ground everywhere, even in America. President Truman persuaded a somewhat reluctant Congress to support his struggle against Soviet expansionism –  thus setting in motion the cold war. But America did not want direct confrontation with the Soviets, merely to contain them behind the Iron Curtain which was now erected. This climate of suspicion also led to the inauguration of the Marshall Plan to provide aid to the people of a shattered Europe so they would not turn to Communism as a solution. Parallel to this, the CIA was set up in 1947, not only to infiltrate “enemy” countries but also to report on subversive activities at home. Yet, at the same time, America was championing demands of British and French colonies for independence, themselves granting independence to the Philippines in 1946. Henceforth American imperialism was to take an economic and cultural direction. The prominent role they had played in World War II and in post-war international politics, enabled them to disseminate their products, ideas and culture far and wide. But they could hardly have anticipated that it would be their so-called “sub-culture” (thrillers, Science Fiction, Southern music, cartoons…) that would prove so fascinating to the rest of the world, communicating an image of America far different from that intended by the State Department. In 1947 Hollywood was booming – and Steven Spielberg was born.

THE GROWTH OF INDEPENDENT LABELS
In the aftermath of the war, with the resulting shake-up in the population created by the return of thousands of newly-demobbed soldiers, Southern music that had been successfully recorded and marketed in pre-war days by the big labels – Victor, Decca, Columbia – suddenly became more difficult to define and far less profitable. These companies now concentrated on “Pop” which accounted for 92% of US record sales, thus leaving an opening for independent labels. Lower production costs and an increase in the number of small-town studios gave the latter the opportunity to try their luck with other styles, not covered by the big studios: blues, country & western, Rhythm & Blues – even kletzmer (Yiddish-American music), Tex-Mex, Irish-American, rembetika (Greek-American), cajun... The first “indies” had made a somewhat cautious appearance in the late 30s: Exclusive in Hollywood, Varsity, Beacon and Key Note in New York.Towards the end of 1945, black pianist/vocalist Cecil Grant had a big hit with I Wonder on Exclusive, the first label established by black Americans, the René brothers from new Orleans. This encouraged a number of independent producers, mainly recently-arrived Europeans or Southerners with a small army gratuity to invest, to turn their attention to “ethnic” recordings. They all shared similar, more unconventional musical tastes, a determination to succeed and, above all, wide knowledge of the American “ethnic” milieu. Herman Lubinsky founded Savoy in Newark; the Brauns created De Luxe in Linden, N.J.; Hy Seigal, Sam Schneider, and Ike Bergman launched Apollo in Harlem and A.B.Green National in Manhattan. Their success encouraged other producers, fascinated by this music, to get in on the act – often in the most far-flung corners of the country – Texas, Louisiana, Memphis, Cincinnati, Houston … These would soon be followed by the sensational arrival of Sun, King, Atlantic and Chess on the music scene. Capitol, founded in Hollywood by a group of hillbilly artists including Lee Gillet, a Western Swing veteran, began to record an impressive catalogue of country music (Tex Williams, Tex Ritter, Merle Travis), of Rhythm & Blues (T-Bone Walker), of jazz-pop (Peggy Lee)…

Long before the birth of Sun, Capitol brought out records that clearly signalled the coming of Rock ‘n’ Roll, a style for the creation of which the label rightly claims some credit. In 1947, all the juke-boxes were playing Capitol artists – Nellie Lutcher, Julia Lee, Merle Travis (his superb Merle’s Boogie Woogie), the Milo Twins, Jimmy Wakely and Peggy Lee, whose new and immensely popular version of Why Don’t You Do Right? she had previously recorded with the Benny Goodman Orchestra.Another Californian label that played a major role in the evolution of Rock ‘n’ Roll was Speciality, created by Art Rupe. A Central European, brought up in the black quarter of Pittsburgh, he had already sunk, and lost, all his savings in an independent label, Atlas, during the war. After arriving in Los Angeles, he set up Juke Box Records which was, in fact, nothing more than a mail-box. The modest success achieved by its first record Boogie N° 1 by the Sepia Tones, a black group “in” at the time, encouraged Rupe to concentrate on Rhythm & Blues. Armed with a notebook, he set out on a fact-finding tour covering black bars, Watts record shops, black audiences’ favourite radio stations, black purchasing power etc. In 1945, knowing exactly what he wanted to record, plus what was needed to penetrate the ghetto market, Rupe founded Speciality, signing up artists that he had discovered were particular favourites with the black community, notably Roy Milton, Jimmy Liggins and Joe Lutcher who all produced great Rhythm & Blues hits. So it is hardly surprising that so many black Rock ‘n’ Roll greats were first launched by Speciality: Little Richard, Larry Williams, Don & Dewey, Lloyd Price…
Adapted by Joyce Waterhousefrom the French text of Gérard HERZHAFT
© FREMEAUX & ASSOCIES S.A. 1998

The Artists
Chet Atkins (1924): This famous guitarist is often disparaged today. While it is true that he was greatly involved in the “Nashville Sound” of the 60s which led to a watering-down of Country Music, his earlier work was superb. Using a fingerpicking technique based on that of Merle Travis, his principal mentor, he developed his own four-fingered style, full of nuances and harmony. He was also influenced by jazz guitarists such as George Barns or Django Reinhardt. The Canned Heat  heard here is a magisterial guitar version of White Heat by Bob Wills on Rock ‘n’ Roll 1927-38.

BIG THREE TRIO: Formed in 1946 by guitarists Leonard Caston and Bernardo Dennis (the latter replaced by Ollie Crawford in 1947) and bassist Willie Dixon, this was indeed a “heavyweight” trio, not only in terms of physical size but also of the music produced. They modelled themselves on the hugely successful Nat King Cole trio but the presence of Dixon and the fact that they were based in Chicago gave them a much more earthy feel, a foretaste of what Dixon would produce for Chess in 1947.

Roy BROWN (1925-1981): This powerful New Orleans vocalist continually topped the Rhythm & Blues Hit Parade between 1947 and 1955. He started out copying his boyhood idols, Crosby and Sinatra but he was much more popular with black audiences when he adopted the style of blues shouters such as Big Joe Turner. He and his  Mighty Men had regular hits with their ballads and blues. However, his success declined after 1954 and he was not really part of the Rock ‘n’ Roll upsurge, although he had helped to define it as shown here on Roy Brown’s Boogie.

DELMORE BROTHERS: Alton (1908-64) and Rabon (1916-52) from Alabama began their prolific musical career in the 30s, adopting an Appalachian duo style, extremely bluesy, notable for the subtle harmonisation of a standard guitar and one with four chords. From 1945, they changed to a boisterous Country boogie style, foreshadowing Rockabilly, as on this Barnyard Boogie.

Al DEXTER (1902-84): This veteran bandleader of the Texas oil-drillers’ dance-halls is said to have been the first to apply the term “Honky Tonk” to the musical genre that was to become the backbone of Country Music. His composition Pistol Packin’ Mama was a huge success with GIs in 1943 (later taken up by Bing Crosby and the Andrew Sisters), his popularity continuing well into the 50s. He invested in rodeos, motels, restaurants and opened his own club in Dallas where he played exclusively until his death. His work, including numerous boogies, clearly presages Rockabilly.

Red FOLEY (1910-68): One of the most versatile post-war Country Music singers Clyde “Red” Foley owed much of his success to Gospels. Previously, however, numerous records had revealed his talents as a guitarist – he had learnt to play with Big Bill Broonzy – and a creator of superb Country boogies, as this beautiful version of Freight Train Blues testifies.

Paul GAYTEN (1920): This New Orleans bandleader was the nephew of Little Brother Montgomery. He recorded ballads and blues under his own name but also acted as talent scout for Chess in his home town. Your Hands Ain’t Clean gives us a taste of New Orleans Rock ‘n’ Roll.

Jazz GILLUM (1904-64): Harmonica player and vocalist from Mississippi, Jazz Gillum was one of the greats of pre-war Chicago orchestral blues. He recorded a hundred or so titles from 1934 to 1950 and wrote several “classics”, including Key To The Highway and Look On Yonder’s Wall. Returning to Chicago after the war, he found the ghetto completely transformed by the arrival of Southern migrants. He became part of the Chicago electric blues movement, recording 30 brilliant titles between 1946 and 1950, among them this exuberant You Got To Run Me Down.

Wynonie HARRIS (1915-69): One of the best blues shouters of the 40s. After singing with Swing big bands, she formed her own Rhythm & Blues orchestra which, although it had a national hit with Good Rocking Tonight in 1947, was unable to adapt to the Rock ‘n’ Roll movement of the 50s.

Smokey HOGG (1912-82): One of the best representatives of post-war Texas electric guitar country blues, Smokey started out as an itinerant singer, inspired by Blind Lemon Jefferson and Texas Alexander, before making numerous records, often with more than a hint of Rockabilly as on Good Morning Little Schoolgirl.

Lightnin’ HOPKINS (1912-82): A great Texas blues innovator, an excellent composer and outstanding bluesman. He went on the road in the 30s, meeting many Texan bluesmen including pianist Thunder Smith with whom he teamed up as “Lighting and Thunder”. While his guitar playing reveals strong echoes of Blind Lemon Jefferson, his style is more modern, fluid and relaxed which made him one of the very first bluesmen to make full use of the electric guitar as we can hear on Let Me Play With Your Poodle.

Paul HOWARD (1913-84): Not to be confused with his black Rhythm & Blues namesake. A veteran of Nashville’s Grand Ole Oprey, he cut many titles with the Cotton Pickers for Liberty, Columbia and King in a Western Swing style.

Louis JORDAN (1908-75): One of the great names in Rhythm & Blues, he learnt saxophone at an early age, toured with the Rabbit Foot Minstrels, accompanied Ma Rainey, Ida Cox, even Bessie Smith before featuring in the jazz orchestras of Armstrong, Clarence Williams and Chick Webb. He formed his Tympany Five in 1938 and signed a contract with Decca that lasted until 1954. His show combined swing, burlesque, dance music, seasoned with a dash of humour evident on Barnyard Boogie.

Pee Wee KING (1914): Accordionist, harmonica player, violinist, singer and bandleader, Pee Wee King was one of the first to transplant Western Swing to the Appalachians. During the years 35-65, his Golden West Cowboys included some of the best Country Music musicians and vocalists. Ten Gallon Boogie was a great hit in 1947.

Julia LEE (1902-1958): An important Kansas City artist between 1944-52, influenced by pre-war blues and jazz vocalists, Julia Lee also developed a Rhythm & Blues style, often hinting at Rock ‘n’ Roll. Not only a singer with an extremely wide range but also an excellent pianist in the Missouri tradition. On masterpieces such as Snatch And Grab It and Mama Don’t Allow she is surrounded by top jazzmen.

Peggy LEE (1920): She spent her childhood listening to the great jazz orchestras and singers, modelling herself on Maxine Sullivan. Determined to get into show business, she left for Los Angles in 1937, appearing in Hollywood clubs where she soon attracted attention. Hired by Benny Goodman in 1941 to replace Helen Forrest, she made a hit with Why Don’t You Do Right?  The new version reproduced here was a huge commercial success. Although her sense of swing only occasionally touched Rock ‘n’ Roll, she was one of those rare non-Southern vocalists whose blues and boogies were utterly convincing.

Jimmy LIGGINS (1924-84): Guitarist and singer, he had some success alongside his brother Joe, a pioneer of Rhythm & Blues, with titles like The Washboard Special  or Saturday Night Boogie. However, he is best known as an arranger and studio musician.

Joe LUTCHER: Saxophonist, singer and Rhythm & Blues bandleader, Nellie Lutcher’s brother Joe made his debut with Nat King Cole but, in spite of the quality of his often devastating boogies, he was never really successful. In 1957 he abandoned music for religion, seeing the Russian’s launching of Sputnik as a divine revelation.

Nellie LUTCHER: This excellent singer and pianist left Louisiana for Los Angeles at the same time as her brother Joe, but she recorded a number of hits in the late 40s, notably He’s A Real Gone Guy, a Rhythm & Blues classic.

Sticks McGHEE (1924-84): This guitarist, Brownie McGhee’s brother, had a considerable success with his Drinkin’ Wine Spo-dee-o-dee in 1947, which Jerry Lee Lewis was later to turn into a Rock ‘n’ Roll standard. He cut a lot of titles for Atlantic and King but died penniless and unknown.

Amos MILBURN (1926-80): This multi-talented artist was not only a great blues shouter and brilliant boogie woogie pianist, in the style of Pete Johnson and Albert Ammons, but also a prolific composer. A star of Rhythm & Blues, he appeared in all the black clubs and on the air. After Down The Road Apiece in Rock ‘n’ Roll Vol. 2, we offer here Chicken Shack Boogie.

MILO TWINS: We know very little about the brothers (Edward and Edwin). They recorded some down-home country boogies for Decca and Capitol, including this Downtown Boogie with the great Jimmy Riddles on harmonica.

Roy MILTON (1907-83):The “Grandfather of Rhythm & Blues” was hugely popular with black audiences from 1945 to 1953, his hits including this Big Fat Mama. He and Louis Jordan were the main founders of Rhythm & Blues but, after the mid-50s, his public deserted him and the Rock ‘n’ Roll current passed him by.

Wayne RANEY (1921-93):
An excellent Country Music harmonica player, long-time associate of the Delmore Brothers but also recordeding under his own name. This Lost John Boogie was in the Country & Western Top 40 for some weeks in 1947.

Jack RIVERS (1920): This legendary guitarist accompanied Spade Cooley, Roy Rogers, Johnny Mercer etc. on innumerable sessions in the 40s and 50s, but also recorded under his own name before embarking on a political career. On retirement he bought a hotel in Arizona where he still plays occasionally!

SONS OF THE PIONEERS: A vocal group founded in 1934 by Roy Rogers, Tim Spencer, Bob Nolan and the Farr brothers, a brilliant guitar/violin duo. Their work (with personnel changes) covers three decades, composed mainly of Western cowboy music and featured in many of John Ford’s films. Cigareetes, Whuskey And Wild Wild Women may not be a boogie but it was picked up by several rockers.

Sister Rosetta THARPE (1915-73): Gospel singer, playing very bluesy guitar, Rosetta started out with Cab Calloway and Lucky Millinder but, in 1943, abandoned profane music to devote herself to gospel. She recorded a superb series with the Sammy Price trio... gospel yes, but the feeling was pure blues as can be appreciated on This Train.

Merle TRAVIS (1917-83): Writer, cartoonist, cinema actor, composer, singer and guitarist, Merle Travis is certainly one of the most important figures in American popular music. After playing with several string-bands Merle arrived in California in 1945 where he developed his own version of Honky Tonk in which humour rides alongside swing. He recorded several guitar boogies but it was on this Merle’s Boogie Woogie that he used, for the first time, the pre-recording technique developed by Les Paul.

Johnny TYLER: Veteran singer and guitarist  with Western Swing and Honky Tonk bands whose recordings in Hollywood in the mid-40s, forerunners of Rockabilly, included several versions of this Oakie Boogie. In the 50s was he still around in Atlanta but then he disappeared from view.

T-Texas TYLER (1916-72):“The man with a million friends”’ was very popular in the 40s, his songs  ranging from sentimental ballads to Country boogie as typified on My Buckets Got A Hole In It, an adaptation of an old minstrel show title. Although one of its precursors, Tyler found it hard to adapt to the new Rockabilly and went on to specialise in Country Gospel (Country Gospel FA 055).

Jimmy WAKELY (1914-82): After 1939, singer and multi-instrumentalist Wakely starred in numerous singing Westerns (Saga of Death valley, Song Of The Range, Song Of The Sierras) but he also cut some excellent sides, usually accompanied by the swinging guitar of Jimmy Rivers, as on Oklahoma Blues.

Hank WILLIAMS (1923-53): The “Drifting Cowboy” was one of the main innovators of post-war Country Music, composing and recording numerous masterpieces during his short life. His work and influence made him one of the Giants of popular contemporary music. His Move It On over had only moderate success in 1947 but strongly influenced Bill Haley.

Tex WILLIAMS (1917-85): After a stint singing with the Spade Cooley band, Williams started out under his own name in 1946 with Western Caravan, a leading group in post-war Western Swing, including superb guitarist Johnny Weis. He signed up with Capitol who insisted that, to stay on their books, he had to produce a hit so Tex went to see his friend Merle Travis, who had the reputation of being a very fast song-writer. Tex, an inveterate smoker himself, arrived to find Merle painting his fence and rolling a cigarette, and a short time later he left with this talking-blues Smoke, Smoke, Smoke —which was an immediate hit, heading the Top 40 Pop for several weeks.

John Lee “Sonny Boy” WILLIAMSON (1914-48): One of the most important bluesmen ever, his innovative harmonica style firmly established it as a blues instrument. Prolific composer of numerous “classics”, he was one of the creators of modern Chicago blues (see FA 253), represented here by Polly Put The Kettle On.

Luke WILLS (1920): A younger brother of Bob Wills, bass player Luke was one of the Texas Playboys. His huge success at the end of the war led him to create other family bands to cover all his gigs. His Rhythm & Buster group was much more modern than the Playboys, playing throughout the South West and recording a handful of titles, among them Texas Special.Adapted by Joyce Waterhousefrom the French text of Gérard HERZHAFT
© FREMEAUX & ASSOCIES S.A. 1998

CD1
01. WYNONIE HARRIS: Good Rocking tonight  K5386 (Brown)   2’47
02. HANK WILLIAMS: Move it on over  MGM 10033 (Williams)    2’46
03. PAUL HOWARD: Rootie Tootie  CCO 4910-1/Co 38069 (Rose)    2’48
04. JULIA LEE: Mama don't allow  Cap 2061 (Davenport/Brown)    2’56
05. JULIA LEE: Snatch and grab it  Cap 2043 (Pease)    2’53
06. AL DEXTER: New broom boogie  HCO 2333-1/Co 37594 (Dexter/Walker)    2’35
07. LOUIS JORDAN: Barnyard boogie  W-73883/De 24300 (Gray/Jordan)    2’50
08. STICKS Mc GHEE: Drinkin' wine spoo-dee-o-dee      N-74860 (Mc Ghee/Mc Ghee)    2’19
09. RED FOLEY: Freight train boogie  73779 (Foley)    2’51
10. PEE WEE KING: Ten gallon boogie  D7VB 0364 (King/Stewart)    2’35
11. PAUL GAYTEN: Your hands ain't clean  D-323/DeL 1063 (Gayten)    2’31
12. JOE LUTCHER: Rockin' boogie  Sp 303 (Lutcher)    2’27
13. MILO TWINS: Downtown boogie  Cap? (Milo/Milo)    2’23
14. JAZZ GILLUM: You got to run me down  D7VB-706 (Gillum)    2’31
15. LIGHTNIN' HOPKINS: Let me play with your poodle          222-1/IM 3760 (Hopkins/Smith)    2’32
16. SMOKEY HOGG: Good morning little schoolgirl  MM 755-1 (Williamson)    2’22
17. LUKE WILLS: The Texas Special  D7VB 2112-1 (Hughes)    2’36
18. ROY BROWN: Roy Brown boogie  D-451 (Brown)    3’010

(1) Wynonie Harris, vcl; Jesse Drakes, tpt; Clyde Bernhardt, tb; Stafford Simon, t-sax; Elwyn Fraser, alto-sx; Hot Lips Page, tpt; Archie Hall, pno; Edgar Brown, bs; Clarence Donaldson, dms. New York City, 28 décembre 1947.0
(2) Hank Williams, vcl/g; Sammy Pruett, g; Don Helms, steel-g; fiddle; bs. Nashville,Tn, mai 1947.0
(3) Paul Howard, vcl/g; The Cotton Pickers, band. Chicago, Ill. 20 novembre 1947.0
(4) Julia Lee, vcl/pno; Jack Marshall, g; Red Norvo, xyl; Geechie Smith, tpt; Vic Dickenson, tb; Benny Carter, alto-sx; Dave Cavanaugh, t-sx; Red Callender, bs; Sam Lovett, dms. Los Angeles, 11 novembre 1947.0
(5) Julia Lee, vcl/pno; Jack Marshall, g; Red Norvo, xyl; Bobby Sherwood, tpt; Vic Dickenson, tb; Benny Carter, alto-sx; Dave Cavanaugh, t-sx; Red Callender, bs; Sam Lovett, dms. Los Angeles, 16 juin 1947.0
(6) Al Dexter, vcl/g; The Troopers, band. Hollywood, Ca. 26 mai 19470
(7) Louis Jordan, vcl/alto-sx; Eddie Johnson, t-sx; Aaron Izenhall, tpt; Carl Hogan, g; Bill Davis, pno; Dallas Bartley, bs; Chris Colombus, dms. New York City, 23 avril 1947.0
(8) Sticks Mc Ghee, vcl/g; Brownie Mc Ghee, vcl/g; Bill Harris, bs. New York City, mai 1947.0
(9) Red Foley, vcl/g; prob. Jimmie Riddles, hca; The Cumberland Ridge Boys, band. Nashville, Tn. 13 janvier 1947
(10) Pee Wee King, leader/acc.; Redd Stewart, vcl/fdl; James Byrd, fdl; band. Chicago, Ill. début 1947.
(11) Paul Gayten, vcl/pno; Edgar Blanchard, g; Warren Stanley, bs; Robert Green, dms. New Orleans, janvier 1947
(12) Joe Lutcher, vcl/alto-sx; Karl George, tpt; Bill Ellis, t-sx; Leon Beck, b-sx; Harold Morrow, g; Bill Cooper, bs; Booker T. Hart, dms. Los Angeles, 19 avril 1947.
(13) Edward & Erwin Milo, vcls/g/mdln; Jimmie Riddles, hca; bs; dms. Los Angeles, c. juillet 1947.
(14) Jazz Gillum, vcl/hca; Eddie Boyd, pno; Willie Lacey, g; Ransom Knowling, bs; Judge Riley, dms. Chicago, 24 avril 1947
(15) Lightnin' Hopkins, vcl/g; Thunder Smith, pno; dms. Los Angeles, 15 août 1947.
(16) Smokey Hogg, vcl/g; Hadda Brooks, pno; Bill Davis, pno; Al Wichard, dms. Los Angeles, 10 décembre 1947.
(17) Luke Wills, leader; Billy Hughes, vcl; Curt Dunn, g; J.L. Jenkins, st-g; Tommy Doss, g; Richard Morgan, g; James Holley, fdl; Robert Berg, fdl; Sidney Barnes, pno; Darrell Jones, bs; Johnnie Edwards, dms. Hollywood, Ca. 18 novembre 1947.
(18) Roy Brown, vcl + prob. Walter Daniels, pno; Wallace Davenport, tpt; Clement Tervalone, tb; Earl Barnes, t-sax; Bill Jones, g; Percy Gabriel, bs; dms. New Orleans, La. Septembre 1947.

CD 2
01. MERLE TRAVIS: Merle's boogie woogie # 1  2092-2/Cap 40026 (Travis)    3’03
02. TEX WILLIAMS: Smoke! Smoke! Smoke! (that cigarette)      1799/Cap 40001 (Travis/Williams)    2’55
03. AMOS MILBURN: Chicken shack boogie  254-1/Ald 3014 (Milburn)    2’50
04. SONS OF THE PIONEERS: Cigareetes, whusky and wild wimmen      D7VB 450 (Spencer)    2’53
05. JOHNNY TYLER: Oakie boogie  SRC 501/Mm 3020 (Guthrie)    2’14
06. NELLIE LUTCHER: He's a real gone guy  Cap 40017 (Lutcher)    3’01
07. JOHN LEE "SONNY BOY" WILLIAMSON: Polly put your kettle on     D7VB 375 (Trad.)    2’29
08. BIG THREE TRIO: After while  CCO 4841 (Caston)    3’04
09. WAYNE RANEY: Lost John boogie  K 2836 (Raney)    2’40
10. DELMORE BROTHERS: Barnyard boogie  K 2524 (Delmore/Delmore)    2’55
11. ROY MILTON: Big fat mama  Sp2/518 (Millinder/Simon)    2’45
12. PEGGY LEE: Why don't you do right?  2493/Cap 10118 (Mc Coy)    2’26
13. JIMMY LIGGINS: The Washboard special  Sp19 (Liggins)    2’31
14. T-TEXAS TYLER: My bucket's got a hole in it  4S3365 (Macon/Tyler)    2’59
15. CHET ATKINS: Canned Heat  D7VB 0782 (Wills/Atkins)    2’33
16. JIMMY WAKELY: Oklahoma blues (Just an Oakie with the Oakie blues)      Cap (Wakely)    2’32
17. SISTER ROSETTA THARPE: This Train  73987 (Trad.)    2’50
18. JACK RIVERS: Razor Strap boogie  StV 177 (Rivers)    2’030

(1) Merle Travis, vcl/g; Eddie Kirk, g; Noel Boggs, st-g; Tex Atchison, fdl; Cliffie Stone, bs; Joel Duroe, dms. Hollywood, Ca. 1 juillet 1947.0
(2) Tex Williams, vcl; Johnnie Weis, g; Smokey Rogers, g/vcl; Deuce Spriggins, vcl; Don Linden, tpt; Cactus Soldi, fdl; Rex Call, fdl; Harry Sims, fdl; Eddie Mitchell, st-g; Ossie Godson, pno; Pedro De Paul, acc.; Muddy Berry, dms. Hollywood, Ca. 27 mars 1947.0
(3) Amos Milburn, vcl/pno; Maxwell Davis, t-sx; band. Los Angeles, 19 novembre 1947.0
(4) Bob Nolan, vcl; Lloyd Perryman, vcl; Tim Spencer, vcl; Ken Carson, vcl/g; Karl Farr, g; Hugh Farr, mdln; Noel Boggs, st-g; Pat Brady, bs. Hollywood, Ca. 5 janvier 1947.0
(5) Johnny Tyler, vcl/g; George Chemura, g; Richard Hamilton, st-g; Gerald Wolfe, fdl; Red Egner, fdl; Robert Armstrong, pno; Vic Bias, bs; G. Wright, dms. Los Angeles, c. juillet 1947.0
(6) Nellie Lutcher, vcl/pno; band; Billy Hadnott, bs. Hollywood, Ca, 20 avril 1947.0
(7) John Lee "Sonny Boy" Williamson, vcl/hca; Big Bill Broonzy, g; Blind John Davis, pno; Willie Dixon, bs; Charles Saunders, dms. Chicago, 28 mars 1947.0
(8) Leonard Caston, vcl/pno; Ollie Crawford, vcl/g; Willie Dixon, vcl/bs; Alphonse Walker, dms. Chicago, 3 septembre 1947.0
(9) Wayne Raney, vcl/hca; Alton Delmore, g; Rabon Delmore, g; Roy Lanham, g; Henry Glover, dms. Cincinnati, décembre 1947.
(10) Alton Delmore, vcl/g; Rabon Delmore, vcl/g; Wayne Raney, hca; prob. Roy Lanham, g; bs. Cincinnati, septembre 1947.
(11) Roy Milton, vcl/dms; Camille Howard, pno; William Gaither, t-sx; Hosea Sapp, tpt; Clifton Noel, alto-sx; Clarence Jones, bs. Hollywood, 1 août 1947.
(12) Peggy Lee, vcl; David Barbour, g; band. Hollywood, Ca. 19 novembre 1947.
(13) Jimmy Liggins, vcl/g; Eugene Watson, pno; Glenn Willis, tpt; Jimmy Demon, alto-sx; Harold Land, t-sx; John Ferguson, t-sx; Johnatan Bagsby, bs; Leon Petties, dms. Los Angeles, 26 no­vembre 1947.
(14) T-Texas Tyler, vcl/g; Noel Boggs, st-g; Vic Davis, pno; others unknown.  Hollywood, Ca vers juillet 1947
(15) Chet Atkins, g; George Barnes, g; Augie Klein, acc; Charles Hunter, fdl; Harold Siegel, bs. Chicago, 11 août 1947.
(16) Jimmy Wakely, vcl/g; Jack Rivers, lead-g; band. Hollywood, Ca. 8 octobre 1947
(17) Rosetta Tharpe, vcl/g; Sammy Price, pno; George Foster, bs; Kenny Clark, dms. New York City, 2 juillet 1947.
(18) Jack Rivers, vcl/g; band. Los Angeles, prob. début 1947.

CD Rock N´Roll 1947 © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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