Fremeaux.com
COMPLETE SISTER ROSETTA THARPE
INTÉGRALE SISTER ROSETTA THARPE
VOL. 6
1958-1959








Le 19 novembre 1957, Sister Rosetta Tharpe s’envole pour l’Angleterre, accompagnée par son mari et manager Russell Morrison. Ils atterrissent à l’aéroport Heathrow de Londres. La célèbre chanteuse et guitariste répond à l’invitation que lui a lancée le jeune tromboniste Chris Barber, qui dirige à l’époque un orchestre “Dixieland” qui a beaucoup de succès. Mais Barber, au-delà du jazz “vieux style”, figure aussi parmi les premiers Européens à s’intéresser au blues et aux musiques vocales populaires afro-américaines — en janvier de la même année, il avait accompagné en tournée Big Bill Broonzy et Brother John Sellers. Nous étions alors dans les frémissements des folk et blues revivals, et les artistes traditionnels commençaient à éveiller la curiosité des amateurs éclairés, jeunes Américains blancs et Européens, au moment même où ces chanteurs commençaient à voir leur popularité baisser auprès de leur public naturel.Sister Rosetta Tharpe en faisait partie. Après avoir, en 1956, quitté Decca où elle avait fait toute sa carrière phonographique, elle était passée chez Mercury, mais ses singles comme son premier album n’avaient pas eu le succès escompté (1) ainsi qu’elle devait le confier plus tard à Jacques Demêtre : “Je dois vous avouer franchement que je ne suis pas satisfaite de mes derniers disques et notamment du microsillon intitulé “Gospel Train” (…). Figurez-vous que lors de cette session, les ingénieurs du son avaient placé, pour des raisons acoustiques et de high fidelity, un énorme écran entre mes accompagnateurs et moi-même. (…) Que pouvez-vous faire de bon lorsque vous n’entendez même pas ceux qui jouent avec vous.”(2) Au même moment, alors qu’un ou deux 45 tours seulement étaient disponibles en France, Jacques Demêtre lui consacrait un article dans la revue Jazz Hot (3). Pourtant, les organisateurs des concerts, prévus pour la tournée anglaise qui devait durer trois semaines, restaient sceptiques. Ils avaient encore en mémoire l’accueil mitigé qu’avait reçu Mahalia Jackson en 1952 et, si le blues commençait à marcher, comment le public allait-il recevoir une interprète de “chants religieux” en plein boom du rock ‘n’ roll ? Quant aux “spécialistes”, ils voyaient mal comment pourrait fonctionner l’association entre une chanteuse de gospel et un jazz band “New Orleans”. Par contre, de son côté, Rosetta Tharpe était enchantée et excitée à l’avance par cette aventure dans l’inconnu.

Le premier concert eut lieu le vendredi soir 22 novembre au Birmingham’s Town Hall devant 2 000 spectateurs. Le programme annonçait l’“America’s Sensational Gospel Singing Favorite”. L’orchestre de Chris Barber assura la première partie avec sa chanteuse Ottilie Patterson. L’entendant des coulisses, Rosetta lui demanda de venir la rejoindre sur scène à la fin de son passage, afin de recréer, toutes proportions gardées, un duo comme avec Marie Knight. Et cela fonctionna très bien durant toute la tournée. Le tour de chant de Rosetta comprenait un bon échantillon de ses succès et morceaux de bravoure qu’elle avait précédemment enregistrés sur disques, hormis Old Time Religion, célèbre negro spiritual du XIXe siècle. La chanteuse, qui avait amené quelques partitions et notes sur papier, indiquait les accords et l’orchestre devait se débrouiller ! Mais Chris Barber lui proposa de la laisser seule sur scène avec sa guitare le temps de quelques morceaux.Malgré des critiques parfois mitigées, l’entente entre la chanteuse et le groupe fut excellente, et le public réserva un accueil chaleureux à Rosetta. Jusqu’au 14 décembre à Brighton, ils vont parcourir le pays (Swansea, Cardiff, Leeds, Liverpool, Oxford…), donnant dix-neuf concerts dont, le 15, celui de Manchester qui a été enregistré. Malgré une prise de son confuse à l’époque (la guitare semble très loin de son utilisatrice !), ce document donne une excellente illustration des prestations de la chanteuse. À notre connaissance, il s’agit du seul témoignage connu des cinq mois passés en Europe par Sister Rosetta Tharpe, et nous pouvons remercier chaleureusement Chris Barber de nous avoir permis de l’inclure dans notre intégrale. La guitare, une Gibson Les Paul, accordée en do naturel, intrigue les connaisseurs : “Je tire les cordes de bas en haut et non vers le bas comme le font généralement les guitaristes. Je me sers pour cela d’un médiator fixé sur mon pouce droit.”(2)

La tournée britannique s’achevant le 15 décembre, Sister Rosetta et Russell Morrison traversent la Manche et arrivent à Paris le 18 décembre. Ils se rendent ensuite à Barcelone pour assurer quelques concerts à partir du 9 janvier 1958, avant de remonter à Paris le 14. Dès le lendemain, la chanteuse-guitariste entame un engagement de trois semaines à l’Alhambra, l’un des principaux music-halls parisiens de l’époque. Elle passe en vedette américaine avant le tour de chant de Charles Trenet, au sein d’un programme éclectique qui comporte diverses attractions (4). Madeleine Gautier (Bulletin du Hot-Club de France N° 75) et Jacques Demêtre notamment (Jazz Hot N° 129) en donnent des comptes-rendus : “Avouons-le sans honte, écrivit ce dernier, nous étions quelques-uns à être anxieux dans l’attente de la première grande apparition sur une scène parisienne. Comment allait réagir, en effet, devant une chanteuse strictement religieuse, un public de music-hall plus habitué à des artistes de variété français qu’aux chanteurs noirs authentiques. Comment allaient se comporter les accompagnateurs choisis pour Sister Rosetta et parmi lesquels figuraient le nom de Pierre Spiers (le chef d’orchestre de l’Alhambra) ? (…) Or, dès les premiers soirs il apparaissait bien que la partie était gagnée. En effet, même le public le plus profane et le plus blasé peut difficilement résister au dynamisme de Sister Rosetta Tharpe. (…)

Dès la troisième représentation, l’orchestre littéralement mis dans le bain par la fougue de Rosetta et “fouetté” par sa guitare, s’est réveillé et s’est mis à swinguer d’une façon très convenable. Les derniers morceaux se terminent presque comme de véritables jam sessions comportant notamment d’excellents contre-chants de Géo Daly (vib), Bernard Hullin (tp) et Benny Vasseur (tb).”(2) Jacques Demêtre publie également une interview de la chanteuse dans le même numéro de février, tandis qu’un autre, réalisé par François Postif, paraît en mars dans Jazz Magazine N°35 (5). Demêtre, qui allait chercher le couple à l’hôtel Terrasse, à Montmartre, et, chaque soir les conduisait à l’Alhambra dans sa 4 CV, raconte : “Vivre aux côtés de Sister Rosetta Tharpe est une expérience passionnante. Ceux qui aiment sa musique ne sauraient, en aucun cas, être déçus par sa personnalité extraordinaire. On retrouve dans sa vie privée les qualités essentielles qui marquent sa musique, à savoir le dynamisme, l’enthousiasme, la sincérité et la spontanéité. Ces qualités s’allient à une gentillesse, une simplicité et une absence de prétentions totales. Tels sont les traits dominants de Sister Rosetta Tharpe qui apporte dans tous les actes de sa vie, et même dans les moindres comme la cuisine — qu’elle adore préparer — son extraordinaire bagage de vitalité.”(2)+

Contrat parisien achevé, Sister Rosetta Tharpe s rend à Stuttgart le 13 février avant de se produire trois jours à Monte-Carlo du 14 au 16. Durant tous ces déplacements, et pendant les périodes de creux, Rosetta s’arrête parfois dans quelques villes de province, où des concerts sont organisés à l’initiative de sections locales du Hot-Club de France ; par exemple à Limoges où elle est accompagnée par l’orchestre de Jean-Marie Masse (6). Rosetta remonte ensuite à Copenhague où elle se produit pendant deux semaines à partir du 12 mars. Elle y est accompagnée par une formation anglo-danoise dirigée par le guitariste-banjoïste Diz Disley, un orchestre également de genre “traditionnel” dans lequel figure le batteur Ginger Baker, future star de la rock music (Cream), avec lequel la chanteuse sympathise particulièrement. Un concert est également donné à Stockholm le 20 mars avant que ne soit programmée une seconde tournée au Royaume-Uni, rançon du succès partout où elle passe. Accompagnée cette fois par les Ken Colyer’s Jazzmen, Rosetta donne notamment deux concerts au Royal Festival Hall de Londres le 29 mars.Enfin, il faut bien rentrer et, après presque cinq mois passés sur le Vieux Continent, le couple Morrison-Tharpe repart au pays le 16 avril, Sister Rosetta devant se produire au Paramount Theater de Los Angeles le 23. Dans cette même ville, elle chantera également au club Avant-Garde.

Cette enthousiasmante et inoubliable virée européenne redonne un sacré coup de fouet à la chanteuse qui a particulièrement apprécié la façon dont elle a été reçue, et comment étaient traités et reconnus à leur valeur les musiciens afro-américains en général, hébergés dans de bons hôtels, accueillis dans de grandes salles de concert, etc. Des conditions fort éloignées de celles des harassantes tournées dans le Sud ségrégationniste et de toutes les brimades et tracasseries qui les ponctuent. Rosetta Tharpe bénéficie maintenant du statut d’artiste internationale, comme le signale par exemple une affiche annonçant un concert à Oakland le 1er août 1958 : “The World’s renown Sister Roset­ta Tharpe“.Le 9 septembre, une sensationnelle prestation que donne à New York la chanteuse-guitariste avec les excellentes Sally Jenkins Singers (7) dans une église de la Church Of God In Christ, est enregistrée par Mercury et publiée dans un album 33 tours sous le titre “The Gospel Truth”. Ce document donne l’exacte mesure de la présence scénique de Sister Rosetta devant son public : un parterre de fidèles qui réagit au quart de tour et “pousse” la chanteuse à donner le meilleur d’elle-même. Sans mésestimer les concerts européens, il n’est que de faire la comparaison entre ces manifestations publiques pour constater la différence qui existe lorsqu’un artiste est ainsi porté par sa communauté. Ajoutons que les deux tiers du contenu de ce microsillon n’avait encore jamais été enregistré précédemment. Signalons aussi qu’elle se produit, en octobre, au Town Hall de New York en compagnie des duettistes Sonny Terry et Brownie McGhee qui, invités également par Chris Barber, lui avaient succédé sur les scènes britanniques.

Son contrat avec Mercury n’ayant pas été renouvelé, Sister Rosetta Tharpe enregistre, avec une bonne chorale féminine et une petite formation instrumentale, un disque 33 tours, “Spirituals in Rhythm”, pour un obscur petit label, Omega, spécialisé dans la vente dans les drugstores et supermarchés. Disque curieux, dans lequel elle ne joue pas de guitare, et où se glissent quelques faiblesses au milieu de morceaux vifs et plus solides, mais qui a l’avantage de présenter la chanteuse dans un répertoire inhabituel pour elle. En effet, à côté de negro spirituals tradi­tionnels, figurent des compositions religieuses “pré-gospel” comme Never Alone (1897), God Leads Us Along (1903), ou encore Nothing Between et What Are They Doin’ In Heaven de Charles A. Tindley, le premier grand auteur noir de gospel songs. Bref, un contenu largement positif qui donne un album tout à fait honorable (8).Parmi les activités de Rosetta Tharpe, nous relevons un concert multiracial à Philadelphie le 27 juillet 1959 en compagnie du steel guitarist évangéliste Blind Willie Eason, un de ces vieux amis.En octobre et novembre de la même année, plusieurs séances sont organisées par la MGM en vue de la publication d’un album qui, comme le précédent, vise particulièrement le public blanc. Le répertoire, à nouveau original, varié et contrasté, mais nettement moins intéressant, appelle les mêmes commentaires, à savoir autant Rosetta est à l’aise dans les pièces enlevées où sa spontanéité n’est pas bridée, et dans les thèmes plus profonds qu’elle ressent particulièrement, autant sa voix et son expression directe s’accommodent mal de chants qui favorisent l’emphase et la grandiloquence, auxquelles, hélas, les arrangements et le chœur convoqué contribuent beaucoup. Par chance, celui-ci est resté chez lui lors de la dernière séance et les producteurs permettent à la chanteuse de brancher sa guitare pour le dernier morceau, un long et magnifique Precious Lord. Ce seul et unique album MGM ne restera pas parmi les réussites de Sister Rosetta Tharpe (9).

Nous ne terminerons pas cette année 1959 sans relever une curiosité (une de plus dans sa carrière) : un enregistrement qui occupe une face d’un 45 tours Carlton. Sister Rosetta Tharpe et le chanteur-pianiste soul Rex Garvin s’abritent sous le pseudonyme de “Marie & Rex” (sic) pour interpréter un I Can’t Sit Down particulièrement enlevé. L’autre face étant dévolue à la “vraie” Marie, la plupart des commentateurs, qui laissent souvent leurs oreilles au vestiaire, ont attribué l’interprétation à Marie Knight alors que la voix de Rosetta est reconnaissable entre mille, et que cette chanson est une version modernisée de son Sit Down enregistré en mars 1941 (10) ! Pour la petite histoire, cette face est entrée à la 94e place du Top 100 Rhythm & Blues.Fin janvier 1960, Sister Rosetta Tharpe se produit à l’Apollo de Harlem avec les Caravans et James Cleveland. La grande Sister du gospel a bien retrouvé sa place sous les projecteurs lorsqu’elle s’embarque une seconde fois, le 30 mars, pour l’Angleterre où l’attend Chris Barber pour une nouvelle tournée…
Jean BUZELIN
© Frémeaux & Associés
Auteur de Negro Spirituals & Gospel Songs, Chants d’espoir et de liberté (Éd. du Layeur/Notre Histoire, Paris 1998) ; collaborateur de la Gospel Discography de Cedric J. Hayes & Robert Laughton, il a révisé la discographie de Sister Rosetta Tharpe.

Notes :
1) Cf. Complete Sister Rosetta Tharpe Vol. 5 (FA 1305).
2) Sister Rosetta Tharpe est à Paris, interview de Jacques Demêtre (Jazz Hot N°129, février 1958) avec en couverture une photo de la chanteuse par Jean-Pierre Leloir ; suivi d’un blindfold test le mois suivant (Jazz Hot N°130, mars 1958).
3) Jacques Demêtre, Une grande “gospel singer“, Sister Rosetta Tharpe (Jazz Hot N°110, mai 1956) ; le Bulletin du Hot-Club de France lui a également consacré des papiers.
4) Entre autres, les débuts de Pierre Perret sur une grande scène parisienne.
5) François Postif, Jazz Me Blues (Outre Mesure, 1999).
6) Témoignage recueilli par Monique Pouget in Sister Rosetta Tharpe (Blues Magazine N°31 & 32, hiver & printemps 2004).
7) Trois titres n’ont pas été publiés : I Look Down the Line and I Wonder (17976), Sign of Judgment (17977), When I Make my Last Trip (17984). Par ailleurs, les Sally Jenkins Singers enregistreront plusieurs disques entre 1959 et 1969.
8) Cet album fera l’objet de nombreuses éditions sous différents labels, et des extraits figurent dans de multiples compilations ou, par exemple, mélangés à des titres de Little Richard avec qui Rosetta n’a jamais enregistré.
9) Un titre issu de chacune des trois séances est resté inédit : Somebody Bigger Than You and I (1075), You’ll Never Walk Alone (1082), et May The Good Lord Bless and Keep You (1143). Signalons que Light a Candle et Faith feront l’objet d’un 45 tours.
10) Cf. Complete Sister Rosetta Tharpe Vol. 1 (FA 1301).


Ouvrage consulté : Gayle F. Wald, Shout, Sister, Shout ! Beacon Press, Boston 2007) ; la vie de Sister Rosetta Tharpe.

Nous remercions chaleureusement Chris Barber pour nous avoir autorisé à reproduire le concert de Manchester, ainsi que Jacques Morgantini, Friederich Mühlöcker, Monique Pouget et Gayle Wald pour le prêt de leurs rares 45 et 33 tours.

Photos et collections: Jacques Basmoreau (photo recto : Limoges 1958), Chris Barber, X (DR)


english notes
On the 19 November 1957 Sister Rosetta Tharpe, accompanied by her husband and manager Russell Morrison, landed at London’s Heathrow Airport. The famous singer/guitarist had accepted an invitation from the young trombonist Chris Barber, leader of a very popular Dixieland band. However, in addition to his love of traditional jazz, Barber was one of the first Europeans to show an interest in the blues and popular Afro-American vocalists. In January of the same year he had accompanied Big Bill Broonzy and Brother John Sellers on tour. This was during the early days of the folk blues revival when traditional musicians began to evoke the curiosity of young white American and European fans, at the very moment that these singers were experiencing a fall-off in popularity with their regular audience. Sister Rosetta Tharpe was one of these. In 1956, after having quit Decca who had been responsible for her whole recording career so far, she had signed up with Mercury but neither her singles nor the first album were as successful as anticipated (1). As she later told Jacques Demêtre “I must admit I’m not satisfied with my last records and especially the LP “Gospel Train (…) Just imagine that during the first session, for high fidelity reasons, the sound engineers put a huge screen between me and my accompanists. (…) What can you do when you can’t even hear the people playing with you.” (2) Although only a few of her 45s were available in France, Jacques Demêtre devoted an article to her in Jazz Hot (3). However, concert organisers for the European tour due to last three weeks, were still hesitant. They hadn’t forgotten the mixed reception Mahalia Jackson received in 1952 and, while the blues were beginning to take off, how would audiences react to a singer of religious songs in the middle of a rock’n’roll boom?

Critics couldn’t see how the association of a gospel singer with a New Orleans band could work. Rosette, on the contrary, was thrilled and excited by this adventure into the unknown.The first concert took place on 22 November in Birmingham’s Town Hall in front of 2000 spectators, the programme billing “America’s Sensational Gospel Singing Favourite”. Chris Barber’s band, with singer Ottilie Patterson, played the first half and, after listening to her in the wings, Rosetta invited her to join her on stage at the end of her set to recreate a duo like that with Marie Knight. And this continued to work well throughout the tour. A tour in which Rosetta offered a broad sample of her previous hit records, except for Old Time Religion, a famous 19th century Negro spiritual. She had brought scribbled notes of several scores with her and simply indicated the key to the orchestra, leaving them to get on with it! However, Chris Barber also suggested she played a few pieces alone on stage with her guitar.In spite of the occasional negative criticism, the understanding between her and the band was excellent and she was warmly received by audiences. Until 14 December in Brighton nineteen concerts were given throughout England (Swansea, Cardiff, Leeds, Liverpool, Oxford …) including the one in Manchester on the 15 which was recorded. Although the sound recording was far from perfect (the guitar sounds a long way away from Rosetta!) this is an excellent illustration of her performances. As far as we know, this is the only recorded evidence of Rosetta Tharpe’s five months in Europe and our thanks are due to Chris Barber for his permission to include this in our compilation.

Connoisseurs were intrigued by the guitar, a Les Paul Gibson, tuned in C natural: “I pluck the strings upwards and not downwards as guitarists generally do. I use a plectrum on my right thumb.” (2)After the tour finished on 15 December, Sister Rosetta and Russell Morrison crossed the Channel and reached Paris on 18 December. On 9 January 1958 they went on to Barcelona to give several concerts before returning to Paris on the 14 where the singer immediately started a three-week stint at the Alhambra, one of the biggest Paris music halls at the time. She opened the bill as the American star, followed by Charles Trenet, as part of an eclectic programme that included various attractions (4). Madeleine Gautier (Bulletin du Hot-Club de France N° 75) and Jacques Demêtre in particular (Jazz Hot N°129) reported the event. The latter wrote: “It has to be admitted that some of us awaited with trepidation this first appearance on a Parisian stage. How would a music hall audience, more used to French variety performers than to traditional black singers, react to a strongly religious vocalist? How would the musicians chosen to accompany Sister Rosetta, including Pierre Spiers (in house bandleader at the Alhambra) conduct themselves? (…) From the very first evenings it was clear the gamble had paid off. Even the most secular and blasé of audiences found it hard to resist Rosetta’s charisma. (…) By the third show the orchestra, driven by her ardour and, above all her guitar, suddenly woke up and began to swing. The closing titles became a veritable jam session featuring notably some excellent counterpoint from Géo Daly (vib), Bernard Hullin (tp) and Benny Vasseur (tb).” In the same February issue Jacques Demêtre also published an interview with the singer while another, by François Postif appeared in March in Jazz Magazine N° 35 (5).

Demêtre who, each evening picked up the couple in his Renault 4CV at the Terrasse Hotel in Montmartre to take them to the Alhambra, remembers: “being in Sister Rosetta Tharpe’s company was an inspiring experience. Those who love her music could never be disappointed by her extraordinary personality. Her private life echoes the essential qualities of her music – dynamism, enthusiasm, sincerity and spontaneity. Along with kindness, simplicity and a total lack of pretension. These characteristics were present in everything she did, even her cooking which she loved doing.” (2)Her Paris contract over, Sister Rosetta moved on to Stuttgart on 13 February and then did three days in Monte Carlo from 14 to the 16. During all this travelling around, when she was free, she occasionally stopped off in some provincial towns where concerts were organised by the local branches of the Hot-Club de France: for example in Limoges where she was backed by Jean-Marie Masse’s band (6). She then went up to Copenhagen on 12 March where she appeared for two weeks. She was accompanied by an Anglo-Danish formation led by banjo-guitarist Diz Disley, a traditional jazz band featuring drummer Ginger Baker, future star of the rock band “Cream” with whom she got on very well. A further concert in Stockholm on 20 March was followed by a second UK tour, based on her continuing popularity everywhere she went. This time accompanied by Ken Colyer’s Jazzmen, she gave two concerts in London’s Royal Festival Hall on 29 March.After five months in Europe it was time to go home and, on 16 April, Sister Rosetta and her husband returned to the States where she was due to give a concert in Los Angeles on 23 and where she also sang at the Avant-Garde club.This enthusiastically received and unforgettable European trip was a great boost for the singer who really appreciated the warmth with which she had been welcomed and how Afro-American musicians were treated in general, put up in good hotels, accepted in big concert halls etc.

A far cry from the exhausting tours of the racist South with all the bullying and harassment. Rosetta Tharpe was now a recognised international star e.g. a concert poster in Oakland on 1 August 1958 billed her as “The World’s Renown Sister Rosetta Tharpe”. On the 9 September a sensational performance with the Sally Jenkins Singers (7) in a Church of God in Christ in New York was recorded by Mercury and issued as an LP entitled “The Gospel Truth”. It epitomises how Sister Rosetta was influenced by a coloured congregation that immediately reacted and drove the singer to give the very best of herself. Without underestimating the European concerts, the comparison with these performances underlines the difference that exists when she is uplifted by her own people. Two thirds of the titles on this LP had never been recorded before. Then, in October in New York’s Town Hall, she appeared alongside the duo of Sonny Terry and Brownie McGhee who Chris Barber had also brought over to England.When her contract with Mercury was not renewed, Sister Rosetta with a female choir and a small instrumental formation, recorded an LP “Spirituals in Rhythm” for an obscure small label, Omega, which specialised in drugstore and supermarket sales. An odd record on which she doesn’t play guitar and with occasional lapses in the middle of otherwise lively and solid pieces, but which does show her attacking a repertory outside her usual one. In fact, apart from traditional Negro spirituals, it includes pre-gospel compositions such as Never Alone (1897), God Leads Us Along (1903) plus Nothing Between and What Are They Doin’ In Heaven by Charles A. Tindley, the first great writer of gospel songs. Overall a satisfactory album (8). Among her other activities Rosetta Tharpe took part in a multi-racial concert in Philadelphia on 27 July 1959, alongside her old friend Evangelist steel guitarist Blind Willie Eason. In October and November the same year several sessions were set up by MGM with the idea of issuing an album which, like the previous one, would be aimed at white audiences in particular.

The repertory, again original and varied but decidedly less interesting, reveals once more that while Rosetta is at ease on spirited pieces where she can give free rein to her spontaneity and on more profound ones that she really feels, she is less comfortable with more grandiloquent songs. This is underlined by the arrangements and the studio choir which, fortunately, was not there for the last session when the producers allowed Rosetta to plug in her guitar for the final track, a long and magnificent Precious Lord. This one and only MGM album is certainly not one of her best (9). We can’t finish with 1959 without mentioning yet another oddity of her career: one side of a Carlton 45. Sister Rosetta and soul singer/pianist Rex Garvin played under the assumed names “Marie & Rex” on a particularly lively version of I Can’t Sit Down. The flip side being given over to the “real” Marie, most critics (so often cloth-eared!) attributed it to Marie Knight in spite of the fact that Rosetta’s voice is recognisable among thousands and that this title is an updated version of her Sit Down recorded in March 1941 (10)! Just for the record, this side reached N°94 in the Top 100 Rhythm & Blues. At the end of January 1960 Rosetta appeared at the Apollo in Harlem with the Caravans and James Cleveland. The great gospel singer had regained her place in the limelight when she set off a second time for England where Chris Barber was waiting to take her on a second tour…
Adapted from the French text of Jean BUZELIN by Joyce WATERHOUSE
Jean Buzelin is the author of Negro Spirituals et Gospel Songs, Chants d’espoir et de liberté (Ed. du Layeur/Notre Histoire, Paris 1998) ; and in collaboration on the Gospel Discography with Cedrc J. Hayes & Robert Laughton has revised Sister Rosetta Tharpe’s discography.

Notes:
1. See Complete Sister Rosetta Tharpe Vol.5 (FA 1305).
2. Sister Rosetta Tharpe in Paris, interview by Jacques Demêtre (Jazz Hot N° 129, February 1958) with a cover photo of the singer by Jean-Pierre Leloir; followed by a blindfold test the following month (Jazz Hot N° 130, March 1958).
3. Jacques Demêtre, A Great Gospel Singer, Sister Rosetta Tharpe (Jazz Hot N° 110 May 1956); articles also appeared in the Bulletin du Hot Club de France.
4. Including singer Pierre Perret who made his debut on a big Parisian stage.
5. François Postif, Jazz Me Blues (Outre Mesure, 1999).
6. Monique Pouget in Sister Rosetta Tharpe (Blues Magazine N° 31 & 32, winter & spring 2004).
7. Three titles were unissued: I Look Down The Line And I Wonder (17976), Sign Of Judgement (17977), When I Make My Last Trip (17984). Moreover, the Sally Jenkins Singers made several records between 1959 and 1969.
8. This album was issued under several different labels, with extracts appearing on numerous compilations or, for example, confused with titles by Little Richard with whom Rosetta never recorded.
9. One title from each of these three sessions remained unissued: Somebody Bigger Than You And I (1075), You’ll Never Walk Alone (1082) and May The Good Lord Bless And Keep You (1143) Light A Candle and Faith were issued on 45s.
10. See Complete Sister Rosetta Tharpe Vol. 1 (FA 1301).Works consulted:Gayle F. Wald, Shout, Sister, Shout (Beacon Press, Boston 2007), the life of Sister Rosetta Tharpe.


Warmest thanks to Chris Barber for permission to reissue the Manchester concert and to Jacques Morgantini, Frederich Mühlöcker, Monique Pouget and Gayle Wald for the loan of rare 45s and LPs.

Photos and collections: Jacques Basmoreau (cover photo: Limoges 1958), Chris Barber, X (DR)

CD 1
1. Introduction Chris Barber      
2. EVERY TIME I FEEL THE SPIRIT (Trad. - arr. C. Barber)         
3. FEED ME JESUS (R. Tharpe - M. Asher)       
4. DIDN’T IT RAIN (Trad. - arr. R. Tharpe)        
5. THIS TRAIN (R. Tharpe)   
6. UP ABOVE MY HEAD I HEAR MUSIC IN THE AIR (Trad. - arr. R. Tharpe)         
7. PEACE IN THE VALLEY (T.A. Dorsey)  
8. DOWN BY THE RIVERSIDE (Trad. - arr. C. Barber)         
9. OLD TIME RELIGION (Trad. - arr. C. Barber)
10. WHEN THE SAINTS GO MARCHING IN (Trad. - arr. C. Barber)
11. OLD TIME RELIGION (Reprise) (Trad. - arr. C. Barber)
12. ONE MORNING SOON (R. Tharpe)     16475
13. THE LORD’S PRAYER (A.H. Malotte)          17974
14. IT’S ME (R. Tharpe)          17975
15. STEAL AWAY (Trad. - arr. R. Tharpe) 17978
16. BRING BACK THOSE HAPPY DAYS (R. Tharpe)     17979
17. SAVIOUR DON’T PASS ME BY (R. Tharpe)   17980
18. I HAVE GOOD NEWS TO BRING (R. Tharpe)    17981
19. GO GET THE WATER (R. Tharpe) 17982
20. THINGS THAT I USED TO DO (AND I DON’T DO NO MORE) (K.B. Nubin) 17983
21. DIDN’T IT RAIN (Trad. - arr. R. Tharpe)          17985
22. BEAMS OF HEAVEN (C.A. Tindley)   17986

(1-11) Sister Rosetta Tharpe (g, vo), acc. Chris Barber Jazz Band (2, 6-11): Pat Halcox (tp), Chris Barber (tb, vo), Monty Sunshine (cl), Eddie Smith (bjo), Dick Smith (b), Graham Burbidge (dm), Ottilie Patterson (2nd vo on 10, 11). Live, Free Trade Hall, Manchester (GB), December 9, 1957.
(12-22) Sister Rosetta Tharpe (g on 16-22, vo), acc. unknown (p, except on 18, 21)(pipe org, except on 21), The Sally Jenkins Singers (female vo group on 12, 14, 15, 17, 20, 22, and hand clapping, 2nd vo solo on 13, 19, 22). Live, Church of God in Christ, New York City, September 9, 1958.

CD 2  

1. NOTHING BETWEEN (C.A. Tindley)
2. HE’S THE LILY OF THE VALLEY (Trad. - arr. R. Tharpe)       
3. SEEKING FOR ME (R. Tharpe)     
4. NEVER ALONE (F. Jackey - L.D. Pickett - arr. R. Tharpe)    
5. SHINE FOR JESUS (H. & B.M. Lillenas - arr. R. Tharpe) 
6. I DO, DON’T YOU (E.O. Excell - arr. R. Tharpe)      
7. GOD LEADS US ALONG (G.A. Young - arr. R. Tharpe)       
8. THE FAMILY PRAYER (B. Graham) 
9. WHAT ARE THEY DOIN’ IN HEAVEN (C.A. Tindley)
10. I SAW THE LIGHT (Trad. - arr. R. Tharpe)
11. BLOW YE THE TRUMPET IN ZION (Trad. - arr. R. Tharpe)
12. OH THE JOY THAT CAME TO ME (Trad. - arr. R. Tharpe)
13. I CAN’T SIT DOWN (N. Sherman - J. Keller)          CRC 611
14. I BELIEVE (E. Drake - I. Graham - J. Shirl - A. Stillman)           59-XY-1074
15. TWELVE GATES (Trad. - arr. R. Tharpe)   59-XY-1076
16. FAITH (Towle - Casey)    59-XY-1077
17. IF YOU BELIEVE (D. DiMinno - T. Powell)      59-XY-1078
18. WALK ALL OVER GODS HEAVEN (Trad. - arr. R. Tharpe)     59-XY-1079
19. IF I CAN HELP SOMEBODY (A.B. Androzzo)  59-XY-1080
20. LIGHT A CANDLE (SAY A PRAYER) (Howe - O’Neill)     59-XY-1081
21. I COULDN’T HEAR NOBODY PRAY (Trad. - arr. R. Tharpe)        59-XY-1083
22. WITHOUT HIM (Marks - Roach)          59-XY-1084
23. HE (J. Richards - R. Mullan)         59-XY-1141
24. BLESS THIS HOUSE (M. Brahe - H. Taylor)            59-XY-1142
25. TAKE MY HAND PRECIOUS LORD (T.A. Dorsey)         59-XY-1144

(1-12) Sister Rosetta Tharpe (vo), with The Southern Mission Choir (or Down Town Sisters-New Haven) (female vo choir, except 4, 11, 12), acc. unknown (p)(org)(g)(b)(dm)(hand clapping on 5, 11). New York City, 1958.
(13) Marie & Rex: Sister Rosetta Tharpe, Rex Garvin (vo), acc. unknown (ts)(p)(g)(b)(dm). New York City, 1959.
(14-18) Sister Rosetta Tharpe (vo), with choir, acc. unknown (p on 16, 17)(org)(g on 14, 16, 18)(b)(dm). New York City, October 21, 1959.
(19-22) Same, (p on 20, 21)(org)(g)(b)(dm)(celeste on 19)(chimes on 22). New York City, October 22, 1959.
(23-25) Sister Rosetta Tharpe (vo, g on 25), acc. unknown (org)(b)(dm). New York City, November 23, 1959.


CD Sister Rosetta Tharpe Vol 6 © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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