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TAMPA RED
THE BLUES

SLIDE GUITAR WIZARD, Chicago
1931 - 1946






CD1
01. PLEASE Mr BLUES      VO-182-A-Vol1671    2’54
02. TURPENTINE BLUES  C-8619-A-Vol1700      3’20
03. WESTERN BOUND BLUES      C-8620-A-Vol1700    3’17
04. I’LL FIND MY WAY          80381-1-BB 5515          3’11
05. KINGFISH BLUES         80385-1-BB 5617      3’06
06. BLACK ANGEL BLUES    CP-1046-1-Vo02774   3’25
07. GRIEVIN’ AND WORRYIN’ BLUES        80601-1-BB 5546      3’01
08. SOMEBODY’S BEEN USING THAT THING       80603-2-BB 5572      3’08
09. MEAN MISTREATER BLUES   80604-1-BB 5546 2’46
10. CHRISTMAS AND NEW YEAR BLUES          80928-1-BB 5723      3’23
11. WITCHIN’ HOUR BLUES      80931-1-BB 5723      3’13
12. STOCKYARD FIRE       80932-1-BB 5812        3’12
13. MEAN OLD TOM CAT BLUES      85525-1-BB 5878      2’41
14. SHAKE IT UP A LITTLE           85528-2-BB 5878          2’42
15. SO GOOD     91406-1-BB 6037      3’19
16. WAITING BLUES           96255-1-BB 6241          3’14
17. I WONDER WHAT’S THE MATTER        100302-1-BB 6388 2’46
18. TRAVEL ON          014332-1-BB 7276    2’21

All titles by Hudson Whittaker (Tampa Red)
(1) Tampa Red, vcl/g; Georgia Tom Dorsey, pno. Chicago, 24 octobre 1931
(2) (3) Tampa Red, vcl/g. Chicago, 7 mai 1932
(4) (5) (6) Tampa Red, vcl/g; Black Bob, pno. Chicago, 22-23 mars 1934
(7) (8) (9) Tampa Red, vcl/g; Carl Martin, g; Black Bob, pno on 8. Chicago, 14 juin 1934
(10) (11) (12) Tampa Red, vcl/g; Henry “45” Scott, pno. Chicago, 27 octobre 1934
(13) (14) Tampa Red, vcl/g; Black Bob, pno. Chicago, 26 février 1935
(15) Tampa Red, vcl/g; Black Bob, pno; bs. Chicago, 27 juillet 1935
(16) Tampa Red, vcl/g; Black Bob, pno; bs. Chicago, 1 novembre 1935
(17) Tampa Red, vcl/g; Willie B. James, g; Black Bob, pno; bs. Chicago, 1 avril 1936
(18) Tampa Red, vcl/g; Willie B. James, g. Aurora, Ill. 11 octobre 1937

CD2
01. SEMINOLE BLUES          014333-BB 7315        3’01
02. LOVE HER WITH A FEELING   020805-BB 7822     2’57
03. FORGIVE ME PLEASE     030804-BB 8046        2’46
04. BLUES FOR MY BABY       030805-BB 8046     3’17
05. HELLISH OLD FEELING   030806-BB 8086        3’12
06. SHE GOT THE BEST IN TOWN         030807-BB 8086 2’45
07. YOU SAY IT’S LOVE     034782-BB 8179        2’53
08. BESSEMER BLUES (T For Texas)          034783-BB 8291        2’45
09. SAD LETTER BLUES   034785-BB 8291       3’02
10. SWEET MELLOW WOMAN BLUES        044084-BB 8327        2’59
11. ANNA LOU BLUES         044977-1-BB 8654          2’50
12. DON’T YOU LIE TO ME          044978-1-BB 8654    2’54
13. IT HURTS ME TOO  044980-BB 8635 2’29
14. NOONDAY HOUR BLUES    053687-BB 8821        3’09
15. DON’T DEAL WITH THE DEVIL          064184-1-BB 8991    2’49
16. LULA MAE    D4-AB-339-BB 34-0724  3’06
17. CRYING WON’T HELP YOU D6-VB-1828-Vi 20-1988    3’10
18. POOR STRANGER BLUES   
      D6-VB-1946-Vi-22-3309          2’57

All titles by Hudson Whittaker (Tampa Red)
(1) Tampa Red, vcl/g; Willie B. James, g. Aurora, Ill. 11 octobre 19373
(2) Tampa Red, vcl/g; Black Bob, pno; bs. Aurora, Ill. 16 juin 1938
(3)(4)(5)(6) Tampa Red, vcl/g; Blind John Davis, pno/2nd vcl on 6; Bill Settles, bs. Aurora, Ill. 16 décembre 1938
(7) (8) (9) Tampa Red, vcl/g; Blind John Davis, pno; Ransom Knowling, bs. Chicago, 15 mai 1939
(10) Tampa Red, vcl/g; Blind John Davis, pno; Ransom Knowling, bs. Chicago, 8 novembre 1939(11)(12)(13) Tampa Red, vcl/g/kazoo; Blind John Davis, pno; Ransom Knowling, bs on 13. Chicago, 10 mai 1940
(14) Tampa Red, vcl/g. Chicago, 27 novembre 1940
(15) Tampa Red, vcl/g; Big Maceo, pno; Ransom Knowling, bs. Chicago, 24 juin 1941
(16) Tampa Red, vcl/g/kazoo; Blind John Davies, pno; Ransom Knowling, bs. Chicago, 15 décembre 1944
(17) Tampa Red, vcl/g/kazoo; Big Maceo, pno/2nd vcl; Alfred Elkins, bs. Chicago, 19 février 1946
(18) Tampa Red, vcl/kazoo; Blind John Davis, pno; Oett Sax Mallard, saxophone; Big Crawford, bs; Jump Jackson, dms. Chicago, 16 septembre 1946.

L’importance de Tampa Red dans l’histoire du blues est considérable. Son œuvre copieuse (plus de 200 titres ont paru sous son nom en 78t!) s’étend sur quatre décennies. Il est, avec Big Bill Broonzy, un des concepteurs du Chicago blues orchestral. Beaucoup de ses compositions sont devenues des standards du blues ou du rock (Don’t lie to me; Sugar Mama; Anna Lee; Sweet little angel; It hurts me too...) repris par des dizaines de musiciens jusqu’à nos jours. Enfin, son jeu de guitare en slide, velouté et souple, a considérablement influencé ceux de Robert Nighthawk, Earl Hooker, Muddy Waters et jusqu’à Luther Allison...

UNE ENFANCE SOLITAIRE EN MUSIQUE
Tampa Red est né Hudson Woodbridge à Smithsville, une petite bourgade du Sud-Ouest de la Georgie le 25 décembre ou le 8 janvier 1900, 1903, 1904 ou 1908, la date du 8 janvier 1903 étant la plus probable. Ses parents, John et Elizabeth Woodbridge, de petits éleveurs d’origine noire et Cherokee, décèdent alors qu’il est tout enfant. Le petit Hudson est alorsconfié, avec son frère aîné Eddie, à sa grand-mère, Mrs Whittaker, qui vitdans les faubourgs de Tampa en Floride. Hudson devient pour tous les voisins le jeune Whittaker, patronyme qu’il affichera toujours.Il semble apprendre très vite les rudi­ments de la guitare grâce à Eddie et surtout à un voisin Piccolo Pete qui l’amène avec lui dans les tavernes locales. Les jours où Pete a bu plusque de raison – et cela semble arriver souvent –, c’est son protégé qui le rem­place sous le sobriquet de... Tampa Red, en raison de son teint clair. Mais les musiciens locaux ne sont pas les seules influences que le jeune Hudson subit.“J’étais curieux de tout” confiera-t-il dans les années 70 “et ce qu’on appelle maintenant blues était alors pratiquement inconnu. J’étais allé avec ma famille voir des spectaclesde Vaudeville et on raffolait des chansons qui y étaient interprétées... Et un de nos voisins avait un petit Victrola (un électrophone). Onvenait, Eddie, Pete et moi, écouter tous ses disques, surtout ceux de musique hawaïenne. Frank Ferara, King Newahi...

Ce sont eux qui m’ont poussé à m’acheter une guitare Nationale et à la jouer en slide...”Tampa Red est un enfant doux mais solitaire et taciturne. Lorsqu’il se blesse grièvement au pied lors d’un accident, il demeure des jours entiers dans la maison de sa grand-mère avec sa guitare pour seul compagnon. C’est sans doute à ce moment-là qu’il éla­bore son style nostalgique, alangui et velouté qui semble si parfaitement refléter son caractère. En tout cas, pressé par sa famille de travailler comme manoeuvre agricole, Tampa Red préfère les quitter au début de son adolescence afin de gagner sa vie comme musicien itinérant.        Contrairement à la plupart des musi­ciens noirs de cette époque qui usent leurs souliers sur les chemins ou sau­tent d’un train de marchandises à un autre, Tampa – qui marchera toujours difficilement – se déplace en... bicy­clette! De nombreux témoins se sou­viennent de lui à Saint Augustine en Floride; Mobile, dans l’Alabama; Clarksdale, Ms; Forrest City, Ak... Big Joe Williams avouera l’avoir vu pour la première fois à Saint Louis au début des années 20 : “Il descendaitDelmar Street en vélo, avec sa gui­tare en bandoulière sur son dos et son baluchon accroché à la selle. Quand il est arrivé à ma hauteur et qu’il a vu que je tenais aussi une guitare, il s’est arrêté devant moi, m’a souri et m’a demandé où, dans cette ville, on pouvait gagner quelques cents en faisant de la musique... D’habitude, je n’aurais pas répondu. Mais, là, ce jeune type avec ce sourire candide, sur son vélo... On est restés amis depuis ce temps-là, “old Tampa Red” et moi...”

PREMIERS PAS A CHICAGO
A cette époque, tout musicien ayant de l’ambition désirait gagner Chicago, une grande ville industrielle pleine d’op­portunités et dotée de véritables stu­dios d’enregistrement. Tampa Red arrive à Chicago entre 1922 et 1924, alors que, sous l’influence d’une migration continue, une nouvelle scène musicale est en train d’émerger dans les quartiers noirs. Sans doute dès avant la première guerre mon­diale, la musique de ces quartiers est dominée par des transfuges du circuit sudiste des spectacles ambulants de Vaudeville ou de medicine shows dans lesquels un ou deux bonimenteurs-musiciens-clowns attiraient le chaland en jouant banjo et violon afin, ensuite, de vendre l’élixir-miracle.Papa Charlie Jackson, un artiste issu de ce circuit des camelots-chanteurs itinérants, est extrêmement populaire à Chicago. En 1924, son Papa’s lawdy lawdy blues connaît un succès consi­dérable. Ce “blues” n’a pas la struc­ture du genre et l’ensemble de l’œuvre copieuse enregistrée par Jackson ne comprend que peu de blues propre­ment dits. Mais Jackson opère aucœur de ce que l’on ne nomme pas encore “ghetto” noir et son succès engendre de nombreuses vocations. C’est avec Papa Charlie que Big Bill Broonzy fait ses débuts (cf. Big Bill Broonzy FA 252). Et les pièces osées, voire scabreuses, directement issues du Vaudeville le plus populaire, dites “Hokum”, enregistrées d’abord par Jackson vont décider la carrière de nombreux émules. Dont Tampa Red.Tampa restera toujours très marqué par le Vaudeville. Et si cette anthologie comprend essentiellement certains de ses meilleurs blues, ceux-ci ne repré­senteront qu’une petite moitié de sa copieuse œuvre enregistrée, l’autre étant directement issue du music-hall américain du début du siècle, avec une affinité particulière pour des morceaux quasi-pornographiques comme Tight like that qui vaudront d’ailleurs à Tampa Red une grande partie de sa popularité auprès des Noirs!A son arrivée à Chicago, Tampa Red semble d’abord jouer dans les rues.

Et il a peut-être fait équipe, au moins de façon discontinue, avec Sleepy John Estes et Hammie Nixon lorsque ceux-ci venaient en ville. Mais sa carrière pro­fessionnelle commence véritablement lorsqu’il s’associe avec le pianiste Tom Dorsey, lui aussi originaire de l’Etat de Georgie et connu sous le pseudonyme de Georgia Tom. Un peu plus âgé que Tampa, Tom est à Chicago depuis 1916 et a déjà tourné avec plusieurs vedettes noires de l’époque, notamment la chanteuse Ma Rainey. Un excellent pia­niste, empruntant largement au jazz, Georgia Tom est un compositeur proli­fique. La guitare devenant alors à la mode, Dorsey s’adjoint les talents de Tampa Red dont le style urbain et sophistiqué, très marqué par le Vaudeville et les variétés hawaïennes, convient à merveille à Georgia Tom. A partir de 1924 ou 1925, le duo com­mence à se produire régulièrement dans les tavernes du Chicago noir, accompagne de nombreuses chan­teuses.Dorsey avait aussi développé sa propre compagnie de publication musicale, copyrightant ses compositions et les vendant aux apprentis pianistes. Il est alors lié à J. Mayo Williams, ancien footballeur américain et premier (et alors seul) producteur noir de l’indus­trie du disque. C’est grâce à Mayo Williams que Georgia Tom et Tampa Red enregistrent pour le label Vocalion en mai 1928. Il s’agit pour l’essentiel de pièces de music-hall dont leur célèbre It’s tight like that.Mais le blues est alors en train de devenir un genre très apprécié de la clientèle noire, y compris dans une grande ville comme Chicago. Le blues alors populaire est celui des musiciens policés des centres urbains comme Saint Louis ou Indianapolis, domaine du tandem Leroy Carr-Scrapper Blackwell, mélange doux-amer de fee­ling terrien et d’ultra-sophistication qui obtiennent un énorme succès avec How long how long blues en juin 1928. Là aussi, l’influence de Carr/Blackwell sur Tampa Red sera durable et il les imitera brillamment tout au long de sa carrière, d’abord avec Georgia Tom puis en compagnie de Black Bob, Big Maceo et enfin de Little Johnny Jones.

BLUEBIRD BLUES
Au début des années 30, Georgia Tom décide d’abandonner le blues – genre qu’il imagine sur le déclin – pour se consacrer entièrement au Gospel et à son entreprise de publication musicale (il composera plusieurs thèmes reli­gieux célèbres dont Precious Lord). Le duo Georgia Tom/Tampa Red avait copieusement enregistré soit en vedette soit derrière de nombreux artistes populaires noirs de l’époque : Frankie “Half Pint” Jaxon, Ma Rainey, Bertha “Chippie” Hill, Lucille Bogan ou Kansas City Kitty. La fin de cette association laisse Tampa sur la touche. Après mai 1932, Vocalion ne renou­velle pas son contrat, on le retrouve jouer dans les rues du South Side de Chicago.Tampa, jusqu’alors de tempérament nonchalant et volage, se marie à ce moment-là avec Frances, une femme de tête qui décide de prendre en main la carrière de son mari. Et sa poigne est de fer! Elle gère au mieux les inté­rêts de Tampa Red, devient son mana­ger exclusif, compose (ou co-com­pose) la plupart des thèmes qu’il interprétera, dirige la famille, la mai­son et les finances du ménage... C’est elle-même qui, en janvier 1934, négo­cie un contrat avec Lester Melrose, le patron du Chicago blues d’alors. Tampa Red enregistre exclusivement pour Bluebird, le célèbre label au logo figurant un petit rouge-gorge bleu.

Pris en main par l’avisé Melrose dont nous avons décrit la carrière et la personna­lité dans le coffret Big Bill Broonzy (FA 252), Tampa devient une des grosses vedettes de Chicago et obtient d’énormes succès avec des blues comme Black angel blues ou Mean Mistreater blues, dont l’atmosphère de désenchantement distingué et l’ar­rière-goût d’amertume reflètent parfai­tement les sentiments des Noirs de Chicago.Tampa n’abandonne pas pour autant le style “Hokum” qu’il avait pratiqué avec Georgia Tom et grave de très nom­breuses pièces dans cette veine, une des meilleures étant Somebody’s using that thing au jeu de bottleneck plus tranchant qu’à l’accoutumée. Pour les morceaux de variétés et les ballades, Melrose adjoint souvent à Tampa Red des musiciens de jazz comme le Chicago Five. Ils ne jouaient jamais ensemble dans les tavernes locales et, quelles que soient les quali­tés de ces instrumentistes, force est de reconnaître que cette association fonc­tionne assez mal et que Tampa Red semble rarement impliqué dans ces séances. Ce qui n’est pas le cas dans les blues pleins de feeling que nous proposons dans ce coffret.

UN BLUESMAN SEDENTAIRE
L’image habituelle du bluesman est celle d’un musicien itinérant, gagnant sa pitance de ville en ville en chantant dans les bouges graisseux et enregis­trant au hasard quelques disques contre un très médiocre cachet.Avec le management de sa femme Frances, la carrière de Tampa Red se situe aux antipodes de cette représen­tation du bluesman qui a souvent été moins un cliché qu’une dure réalité. A partir de 1935, Tampa est une des plus grosses vedettes de l’écurie Bluebird. Par goût et par nécessité (ses pro­blèmes de pied), Tampa est casanier, aime par-dessus tout rester chez lui à lire le journal et gratter ses guitares, tandis que son épouse s’affaire au ménage. Une ou deux fois par semaine, il gagne les bords du Lac Michigan pour une partie de pêche matinale en compagnie de quelques amis, généralement Big Bill Broonzy, Johnny Temple, parfois Big Joe Williams quand celui-ci est en ville. La popularité de Tampa lui aurait sans problème permis de tourner dans le Sud, à Memphis ou même à la Nouvelle Orléans, mais il préfère jouer tous les soirs, et pendant longtemps exclusivement, au club H & T sur 3432 South State, juste en face de chez lui. Il se produit la plupart du temps en soliste, chantant, jouant de la guitare et du kazoo, en particulier dans les pièces Hokum ou de variétés. Parfois, il est accompagné par un pianiste, d’abord Black Bob puis Big Maceo. Ce ne sera qu’après la guerre qu’il s’ad­joindra les talents de l’orchestre de Little Johnny Jones (qui partagera son temps entre Tampa Red et Elmore James!).

Lester Melrose s’appuie beaucoup sur le couple Tampa Red/Frances. Le ménage lui soumet des compositions originales deux fois par mois que Melrose accepte ou rejette, réarrange, modifie, les fait enregistrer par Tampa Red ou un autre de ses bluesmen. Souvent, le producteur passe une com­mande : “Composez-moi un blues pour Jazz Gillum...”. Avec Big Bill Broonzy et Washboard Sam, Tampa Red est certainement le compositeur le plus prolifique et le plus créateur de succès durables du Chicago d’avant-guerre. Tampa et Frances habitent dans un immeuble dont ils sont les proprié­taires. Leur sous-sol est aménagé en un lieu de répétition permanent. Melrose paie un loyer afin que les musiciens de Chicago ou ceux qui viennent y enregistrer sous sa houlette puissent s’entraîner chez Tampa Red. Le maître des lieux supervise souvent les séances, donne quelques conseils, peaufine quelques arrangements...

Mais les bluesmen extérieurs à Chicago trouvent aussi chez Tampa et Frances le gîte et le couvert lors de leur venue sur les bords du lac Michigan. Là aussi, Melrose paieun loyer aux hôtes... La maison de “Mrs Frances”, comme tous les blues­men appellent affectueusement Mrs Whittaker, est un formidable lieu de rencontres musicales et humaines. Presque tout le gotha du blues de l’époque bénéficiera de l’hospitalité de Mr et Mrs Tampa Red et se sont remé­morés avec émotion dans nombre d’interviews leurs séjours faits de musique, de bonne bière (dont le principal amateur goulu est le propre chien de Tampa Red!), de bonne chère et d’ambiance amicale et fami­liale... L’humeur douce et arrangeante du maître de maison joue un rôle apai­sant, gommant toutes les tensions habituelles entre musiciens qui sont, entre eux, à la fois des amis mais aussi des rivaux. Cette atmosphère nous semble substantiellement se refléter dans l’ensemble du Bluebird blues. Au fil des ans, la demeure de Mrs Frances et de son guitariste de mari accueillera Memphis Slim, Charley Jordan, Big Joe Williams, Walter Davis, Willie Dixon, Sonny Boy Williamson n˚1, Arthur Crudup, Romeo Nelson, Bill Gaither, Honeyboy Edwards, Robert Nighthawk, Muddy Waters, Elmore James... sans compter les habituels amis de Chicago, convives de dernière minute : Big Bill, Washboard Sam, Jazz Gillum, Big Maceo...

UN ARTISTE QUI S’ADAPTE

La popularité de Tampa Red ne se démentira jamais. Ses principaux concurrents semblent incapables d’évoluer au gré des demandes d’un nouveau public de migrants sudistes. Lui sait s’adapter aux standards définis par John Lee “Sonny Boy” Williamson et quelques autres. Il demeure un des très rares bluesmen de sa génération qui continue d’enregistrer substantiel­lement pour la clientèle du ghetto de Chicago. Il sera d’ailleurs pendant quelques années le seul bluesman (avec Arthur Crudup) à encore graver des disques pour Victor qui s’était lar­gement désintéressé alors du marché du blues, abandonnant la série Bluebird.Tampa Red avait commencé comme un artiste de variétés, de pop semi-hawaïenne, de vaudeville. Il se spécia­lise ensuite dans des pièces Hokum et des blues doux-amers en duo avec un pianiste. En 1940, il obtient deux très gros succès avec Anna Lou et Don’t you lie to me. Il récidive en 1946 avec Crying won’t help you. Lorsque son vieux compagnon, le pianiste Big Maceo est frappé d’une crise d’hémi­plégie, Tampa s’associe avec un des jeunes protégés de Maceo au toucher aussi fin et puissant, Little Johnny Jones et ouvre sa formation à des saxo­phones, la muscle avec la présence constante d’un bassiste et d’un batteur.

L’orchestre de Tampa Red/Little Johnny Jones est alors un des plus modernes et des plus efficaces du Chicago blues électrique... C’est ce groupe qui accompagnera Elmore James et enre­gistrera avec lui lors de ses venues à Chicago. A l’instar d’Elmore, la plupart des jeunes pousses du nouveau Chicago blues sont des admirateurs respectueux de Tampa Red, particuliè­rement Muddy Waters dont le style de bottleneck est largement inspiré de la manière de Tampa. Il est sans doute probable que Tampa Red lui-même joue de la guitare slide sur une séance gravée par Muddy en 1949 (Screamin’ and cryin’, Where’s my woman been?), sorte de passage de témoindu maître à l’élève!

L’AMERTUME DEVIENT DESINTERET
Mais le Chicago de l’après-guerre n’est plus celui dans lequel Tampa Red s’est imposé. Big Bill Broonzy disparaît pra­tiquement de la scène locale. En 1951, Lester Melrose abandonne à son tour le métier de producteur et se retire en vivant de ses (copieuses) royalties. Tampa Red continue malgré tout à enregistrer pour Victor jusqu’en 1953 et ses derniers titres pour la grande compagnie présentent à ses côtés les harmonicistes Sonny Boy Williamson (Rice Miller) et Big Walter Horton!Mais le marché du disque “ethnique” est désormais aux mains des indépen­dants, notamment Chess. Il semble que Tampa envisage une retraite sereine en compagnie de Frances dont la santé n’est plus très bonne. La mort de son épouse en 1956, après de longs séjours à l’hôpital, a un effet terrible sur Tampa Red : il se réfugie dans l’al­cool, remâche sans fin des tentations morbides. Il sombre bientôt dans une lourde dépression puis la démence. Il est interné dans un asile d’aliénés.

Mais la présence de Tampa Red dans le monde du blues n’est pas terminée. Sa santé mentale s’améliore suffisam­ment pour qu’en 1960 il soit autorisé à rentrer chez lui, se remarie bientôt avec une amie de sa femme, Effie Tolbert, qui s’était occupée de lui après la mort de Frances. En Amérique, l’heure est au Blues Revival, la découverte du blues par les jeunes blancs des Etats du Nord. Tampa joue dans quelques coffehouses et sur des campus étudiants, enregistre deux albums pour le label Prestige-Bluesville, qui témoignent surtout hélas de la considérable dégradation de ses talents. Bientôt, Tampa Red abandonne définitivement la pratique musicale et laisse sous son lit sa gui­tare s’ensevelir dans la poussière.Toutes les compositions de Tampa et Frances ont été copyrightées au nom de Melrose. Hudson Whittaker et Effie vivent d’une modeste allocation de l’aide sociale. En 1974, Effie Tolbert meurt à son tour et Tampa Red est placé dans un asile de vieillards néces­siteux, le Sacred Heart Nursing Home, où il décède le 9 mars 1981.

“THE GUITAR WIZARD”, LE SORCIER DE LA GUITARE
La popularité de Tampa Red tient bien entendu à ses compositions qui fleu­rent bon la pop de l’époque et savent souvent refléter la vie des Noirs de Chicago, à son chant doux-amer et à la qualité de ses accompagnateurs... Mais elle est peut-être plus que tout due à l’attrait qu’exerce son jeu de guitare vibrant, clair, précis, velouté et extra­ordinairement expressif. Avec Lonnie Johnson, Blind Blake et Big Bill Broonzy, Tampa a certainement été un des grands guitaristes du blues d’avant-guerre. Et son surnom – qui figurait sur presque tous ses 78t – le qualifiait comme “le sorcier de la gui­tare”, “the guitar wizard”.Si Sol Hoopii a été le premier musicien à enregistrer avec une guitare National (cf Hawaiian Music 1927-44, FA 045), Tampa Red a, lui, été le tout pre­mier musicien noir à enregistrer avec cette guitare dont le corps métallique permet à la fois d’obtenir un volume sonore considérable et des harmonies particulièrement riches. Tampa a com­mencé à enregistrer avec un modèle National Tricone Style 4, de couleur dorée avec un décor de chrysanthèmes sur le corps. Il n’est pas douteux que les effets visuels de cette guitare ont joué un rôle dans le succès populaire de Tampa Red qui, avant d’être qualifié de “Guitar wizard” portait le surnom de “Man with the gold guitar”. Cependant, c’est sa manière de jouer qui a été la plus déterminante. Bien qu’il n’emploie pas sa guitare à plat sur les genoux, Tampa Red joue du bottleneck d’une façon très proche de celle des guitaristes hawaïens de son temps. Tampa Red a un jeu nettement plus précis, plus décontracté et bien plus mélodieux que la plupart des autres bluesmen utilisant alors le jeu en glissando, à l’exception de son compatriote de Georgie, Blind Willie Mac Tell.

Tampa sait contrôler l’inten­sité de la note, la faire vibrer, la main­tenir et l’éteindre doucement dans le plus pur style hawaïen. Contrairement aux bluesmen du Mississippi, il joue généralement du slide note par note, ne faisant que très rarement sonner l’accord et maintient une basse inter­mittente grâce au pouce de sa main droite. Il engendre ainsi une teinte constante de velours délicat qui, même dans les blues les plus profonds, et avec ce timbre de voix plein d’amer­tume, donne une ambiance imman­quablement urbaine et sophistiquée. Celle que recherchaient les auditeurs Noirs de l’époque.Tampa Red utilisait très souvent sa gui­tare en accord ouvert de Mi, ce que permettent les excellentes mécaniques des guitares National.Il n’est donc pas étonnant que Mayo Williams et Lester Melrose aient aussi employé cet exceptionnel styliste comme sideman derrière de nom­breux artistes : Madlyn Davis, Octavia Dick, Jim Jackson, James “Stump” Johnson, Lil Johnson, Mary Johnson, Charlie Mc Coy, Memphis Minnie, Romeo Nelson, Victoria Spivey... Durant le règne du Bluebird Sound, Melrose interdisait d’enregistrer à Chicago tout autre style de slide que ceux, très urbains, très policés et très hawaïens, de Tampa Red, Casey Bill Weldon ou Kokomo Arnold. C’est ainsi que Tommy Mc Clennan, Robert Petway, Big Joe Williams ou Willie Blackwell qui, d’après de nombreux témoignages, jouaient une grande par­tie de leurs blues au bottleneck, dans le style des bluesmen du Delta, puis­sant et efficace mais imprécis et peu mélodieux, sont priés de laisser leur tube de verre ou de métal au vestiaire lorsqu’ils pénètrent dans les studios! Nul doute qu’eût-il enregistré à Chi­cago plutôt qu’à San Antonio, Robert Johnson n’aurait pas été autorisé à utiliser son slide...
Gérard HERZHAFT
© Frémeaux & Associés SA, 1997

LES TITRES :
Please Mr blues : Une ballade sur un tempo lent et des accords de ragtime avec des paroles quelque peu convenues. Mais l’accompagnement de piano de Georgia Tom, le solo de guitare slide et surtout une strophe à l’air simplement fredonné (à la façon des chanteuses de l’époque) donnent à cette pièce une couleur douce-amère très nostalgique.

Turpentine blues : Un morceau pris en solo avec une superbe partie de slide, Turpentine blues est une composition très prenante sur la dépression économique qui ravage les Etats-Unis à cette époque et n’épargne pas les récolteurs de térébenthine, très nombreux dans les Etats du Sud et qui se retrouvent soudain dans des grandes villes comme Chicago à la recherche d’un hypothétique emploi. Comme dans la plupart des grands blues, les emprunts détournés de phrases bibliques sont utilisés pour faire mouche. “Turpentine business ain’t like it used to be/ I can make enough now even gettin’ on the streets/ I ain’t goin’ to work no more and I tell you the reason why/ Everybody wants to sell but nobody wants to buy/ Lord, tell me, what we Turpentine people gonna do ?/You may work one week but we’ve got to lay off our money too”.         

Western bound blues : Encore une pièce prise en solo par Tampa Red sur la dépression qui force à quitter la femme qu’on aime pour chercher du travail en Californie. “I’m going out west and I don’t want to leave you behind/ Because I’m afraid that when I return, I’m afraid you won’t be mine”. L’atmosphère est emplie d’une nostalgie poignante avec un formidable solo de slide qui imite, ici et là, le bruit du train de marchandises dans lequel on saute.

I’ll find my way : Ce morceau qui emprunte à l’air du célèbre Sittin’ on top of the world des Mississippi Sheiks présente Tampa Red en compagnie du pianiste Black Bob (ici fort discret), une association qui va durer plusieurs années.

Kingfish blues : Un des meilleurs blues enregistrés par Tampa Red, ce Kingfish blues est en fait une variation urbaine et très policée du célèbre Catfish blues qui ne sera enregistré pour la première fois qu’en 1940 (cf Blues. 36 chefs-d’œuvre FA 033) mais qui, selon tous les témoignages, était déjà un “standard” dans la région du Delta. Tampaa-t-il glané ce morceau lors de ses séjours de jeunesse à Clarksdale ou auprès de migrants sudistes désormais très nombreux à Chicago? En tous cas, l’influence de Tampa Red sur Robert Nighthawk et Muddy Waters (qui reprendra Catfish blues sous le titre Rolling Stone en 1950) est ici particulièrement évidente.

Black angel blues : La première version enregistrée de cette composition de Tampa Red qui deviendra un “classique” du blues, repris par d’innombrables bluesmen dont bien entendu Robert Nighthawk et B.B. King (qui, pour faire moins “noir” remplacera black par sweet). Replacé dans le contexte de son époque, ce Black angel blues, malgré l’excellence de l’interprétation, est d’une consistance assez légère avec des versets quelque peu mièvres : “I got a sweet black angel I like the way she spreads her wings/ When she spreads her wings over me, she brings me joy and everything”.

Grievin’ and worryin’ blues : Un blues sur l’infidélité aux paroles assez banales mais avec un excellent solo de slide tranchant et la présence du second guitariste Carl Martin qui assure un rythme très solide.

Somebody’s been using that thing : Une pièce à l’atmosphère “Hokum” sur un canevas de boogie-woogie assez endiablé et un Tampa Red particulièrement tonique.

Mean Mistreater blues : Ce morceau de Leroy Carr est devenu, en partie via cette version de Tampa Red, un grand classique du blues. Le soubassement rythmique est encore renforcé par un joueur de jug aux côtés du guitariste Carl Martin. L’influence du guitariste de Leroy Carr, Scrapper Blackwell - un grand styliste - est ici évidente même si Tampa Red reprend au slide une partie de guitare jouée à l’origine aux doigts.

Christmas and New Year blues : Malgré un pianiste assez anémique (“45” Scott), cette séance du 27 octobre 1934 est d’une très haute qualité et Tampa y a gravé plusieurs de ses chefs-d’œuvre. La dépression économique qui sévit encore gravement est résumée de façon magistrale dans ce blues sur les fêtes de fin d’année : “I hung up my stockings and I went straight to bed/ But when I woke up Xmas morning, all I had was an aching head/ I won’t eat no turkey because I ain’t got a cent/ The landlord will put me out if I don’t pay my rent “.

Witchin’ hour blues : Encore un grand blues gravé le même jour que le précédent. Avec cette fois-ci, une atmosphère à la Lonnie Johnson, une guitare lumineuse de Tampa Red, son jeu de slide extraordinairement velouté évoquant nettement ce que fera Muddy Waters, un de ses principaux émules.

Stockyard fire : Toujours enregistré ce 27 octobre 1934, Stockyard fire décrit de façon saisissante l’incendie des entrepôts de Chicago le mois précédent. Un grand nombre de Noirs travaillaient comme manoeuvres dans ces entrepôts et leur destruction avait mis à pied quantité de ces employés, déjà particulièrement mal payés, engendrant une situation quotidienne encore plus catastrophique que d’habitude dans le ghetto de Chicago. L’évocation dans ce blues d’un seul repas qu’on pouvait désormais se payer par jour n’était que la triste transcription de la réalité.(“Let me tell you people what that old stockyard fire will do/ It will have you eating one and it will have you skippin’ two”)

Mean old Tom Cat blues : L’ambiance est beaucoup plus joyeuse pour cette séance du 26 février 1935. Elle est moins due à l’amélioration de la situation économique qu’au fait que la clientèle noire se tourne de plus en plus vers les disques des grands orchestres de Swing, délaissant en partie le blues. Tampa Red réussit avec l’aide d’un Black Bob, cette fois nettement plus assuré, à graver un bon boogie aux paroles assez osées et au slide tranchant.

Shake it up a little : Encore un semi-boogie très entraînant avec des versets à la limite du scabreux (“Shake it up a little every once in a while”).

So good : Un ragtime blues à la façon du blues de la Côte Est, So good est transformé par l’usage du slide et la présence d’un contrebassiste (sans doute Bill Nettles) très efficace.

Waiting blues : Black Bob est particulièrement en verve, utilisant des trilles ornementales caractéristiques, sur ce Waiting blues dans lequel Tampa attend la lettre de l’être aimé d’une façon quelque peu convenue mais avec un slide comme toujours brillant.

I wonder what’s the matter : Durant l’année 1936, Tampa Red va enregistrer essentiellement des pièces de Variétés jazzy en compagnie du Chicago Five, un orchestre de cuivres assez laborieux mis en place par Melrose. Le blues ne perd pas tout à fait ses droits puisque Tampa grave ce I wonder what’s the matter, de manière très lowdown.

Travel on : Dans les deux morceaux suivants, Tampa Red est associé à un de ses bons amis de Chicago, le guitariste Willie B. James qui joue une rythmique au mediator note par note d’une façon qui semble aujourd’hui très moderne. L’alliance des deux guitaristes est irrésistible : atmosphère pleine de feeling, nostalgique et évocatrice. On y décèle d’importantes réminiscences d’un duo d’Atlanta (Georgie), Blind Willie Mc Tell/Curley Weaver.

Seminole blues : Une pièce à la même ambiance que Travel on. Le Seminole du titre n’est pas un indien mais un train qui reliait le Nord à la Floride, la patrie d’adoption de Tampa Red.

Love her with a feeling : Gravé le 16 juin 1938, Love her with a feeling sera un des plus gros succès commerciaux de Tampa Red et demeure encore aujourd’hui un standard fréquemment interprété par les orchestres de blues. Il y a dans cette pièce une tendresse et un féminisme extrêmement rares dans le blues, un genre souvent très machique. Mrs Frances y est certainement pour quelque chose.

Forgive me please : Pour cette importante séance du 16 décembre 1938 (dont nous proposons quatre titres), Tampa Red enregistre pour la première fois à la guitare électrique en compagnie du très robuste pianiste Blind John Davis et du contrebassiste Bill Settles. La formule est nettement plus musclée que précédemment et annonce tout-à-fait le futur Chicago blues orchestral.

Blues for my baby : La guitare électrique de Tampa est encore plus puissante sur ce Blues for my baby. Bien qu’exécuté en trio, ce morceau semble être joué par un orchestre de Chicago blues électrique d’après-guerre.

Hellish old feeling : Sur ce morceau, on sent l’impact que la musique de Tampa Red (et notamment son jeu de slide électrique) a eu sur un Muddy Waters qui se voulait d’ailleurs, “le nouveau Tampa Red”. Si musicalement, ces séances de 1938-39 sont vraiment superbes, les compositions sont désormais généralement pleines de clichés. On peut y voir, en cela aussi, une anticipation du blues d’après-guerre.

She got the best in town : Un boogie très dansant avec une formidable partie de slide et la voix de Blind John Davis.

You say it’s love : Belle variante (encore une fois !) de Sittin’ on top of the world des Mississippi Sheiks. Le slide de Tampa est velouté et omnisprésent et le jeu de piano de Davis est tellement solide et inspiré qu’il vaut à lui seul tout un orchestre.

Bessemer blues (T for Texas) : Le chanteur de Country Music Jimmie Rodgers a considérablement marqué l’histoire du blues d’avant-guerre (cf Jimmie Rodgers FA 254) comme le prouve cette habile version de son célèbre T for Texas par Tampa Red : “T for Texas, T for dear old Tennessee/ People I done get tired of my baby jiving me/ B for Bessemer, B for dear old Birmingham/ You may wake up mama and see me as I am/ C for dear old California, C for dear old Caroline/ G for good bye mama, dear old gal of mine”. Le solo de piano de Blind John Davis est absolument époustouflant.

Sad letter blues : Un titre, inspiré d’une composition similaire de Big Bill Broonzy, qui sera repris par Muddy Waters et enregistré plusieurs fois à partir de 1950. La partie de slide de Tampa a, là aussi, de toute évidence inspiré Muddy.

Sweet mellow woman blues : L’ambiance de Chicago blues orchestral domine désormais comme dans ce blues avec une guitare électrique puissante

Anna Lou blues : La séance du 10 mai 1940 sera particulièrement fructueuse pour Tampa Red puisqu’ il y enregistre trois titres qui seront des succès commerciaux à l’époque et deviendront des standards du blues à travers les versions qu’en donneront d’autres musiciens. Anna Lou, un peu gâché par l’emploi intempestf du kazoo (un fréquent travers de Tampa à l’époque) sera repris par Robert Nighthawk et Elmore James.

Don’t you lie to me : Voici l’original de ce futur “classique” du Rock’n’Roll popularisé par Fats Domino et Chuck Berry. Johnny Young, en compagnie de Big Walter Horton et Jimmy Dawkins, en donnera une des meilleures versions blues (sur Arhoolie 325). En 1940, il s’agit d’un morceau entre blues et Variétés.

It hurts me too : Tout le monde connaît cette composition de Tampa, It hurts me too via les magistrales versions de Junior Wells et Elmore James. Tampa enregistrera ce morceau à plusieurs reprises (parfois sous le titre When things go wrong) et on remarquera qu’il s’agit encore d’une réutilisation du thème musical de Sitting on top of the world.

Noonday hour blues : A partir de 1939-41, l’arrivée à Chicago de migrants sudistes de plus en plus nombreux provoque un surprenant “retour” en vogue d’un blues au fort parfum rural enregistré par des guitaristes comme Tommy Mc Clennan, Robert Petway ou Arthur Crudup. Tampa Red, avec son habituel sens de l’opportunité, grave donc de nouveau des pièces en soliste, une pratique qu’il avait surement pensé définitivement obsolète! Quoi qu’il en soit, ce Noonday hour blues est un chef-d’œuvre du blues profond avec une magnifique partie de slide (dans laquelle on distingue encore une fois des traces de Blind Willie Mc Tell).

Don’t deal with the devil : Peut-être une réponse au succès de John Lee “Sonny Boy” Williamson, Dealing with the devil évoque aussi l’ambiance de certains titres de Peetie Wheatstraw, un autre bluesman très populaire à l’époque auquel nous avons consacré un coffret (cf. Peetie Wheatstraw FA 255). Dans cette séance, apparaît le pianiste Big Maceo auquel Tampa sera très souvent as­socié et lié par la suite.

Lula Mae : Ce très beau morceau de pur Chicago blues (malheureusement encore une fois un peu gâché par une utilisation excessive du kazoo) sera repris par Robert Nighthawk. La basse claquante de Ransom Knowling est particulièrement efficace.

Crying won’t help you : Encore une composition qui est un succès pour Tampa Red, en sera un pour Robert Nighthawk et deviendra un standard du Chicago blues.

Poor Stranger blues : A partir de 1946, Tampa Red n’enregistrera pratiquement plus qu’en leader d’une formation étoffée de Chicago blues électrique. Il est ici entouré du saxophoniste Oett Mallard, du pianiste Blind John Davis et d’une section rythmique très efficace. Il s’agit largement d’une variante du I’m a stranger de Blind Boy Fuller avec un slide électrique très tranchant.
Gérard HERZHAFT
Auteur de “Le Blues” (PUF, Que Sais-je ? n˚1956) et des coffrets “Blues 36 chefs d’oeuvre”, “Harmonica blues” ches Frémeaux & Associés.
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA 1997

SOURCES :
DEMETRE (Jacques) & CHAUVARD (Marcel).- Voyage au pays du blues.- Clarb : Paris, 1995
ROWE (Mike).- Chicago breakdown.- Da Capo : New York, 1981.
Divers numéros de Blues Unlimited, Blues World, Ecouter/Voir, Juke Blues, Living Blues et Soul Bag.(Toutes les transcriptions sont de Gérard Herzhaft)

CD Tampa Red © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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