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INTÉGRALE CHARLES TRÉNET Vol. 7   
“FORMIDABLE!” 7 (1947-1951)









Chronologie… L’avant, l’après… Véné­rable dieu entamé par ces questions démodées d’éternité, vieille déesse intransigeante, insatiable, qu’invoquent tous les concepteurs d’“intégrales”,  les mathématiciens rêveurs, les épris d’Absolu et les fous sages, Chronologie, vous n’êtes décidément plus de ce temps et il va vous falloir lâcher du lest, céder le pas, vous ranger des charrettes, manger votre pain noir, rendre gorge enfin. Le chaos en somme…

Chère et anachronique chronologie, nous avons en réalité déjà divorcé lors de notre précédent volume, le numéro 6 de cette “inté­grale” dévolue au “Fou chantant” (Frémeaux & C° FA 086). Nous en étions, au fil des précédents recueils, parvenus aux alentours de 1947-48, quand  la découverte d’un étonnant document nous fit  remonter au 14 juillet 1939 – cent cinquantième anniversaire de la prise de la Bastille –, le dernier 14 juillet d’ailleurs que put célébrer librement ce pays, privé de flonflons et de bonne humeur pendant les cinq sinistres années suivantes… Pouvait-on l’ignorer ? Faire comme si ?.. Que nenni!Et ce coup-ci, devait-on reléguer au magasin des antiquités, sous prétexte que l’on se trouvait déjà en 1951 à la fin du volume 6 sus-mentionné, ces moments incroyables datant de 1947, oubliés de tous (ou presque), que l’on nous a offerts sur un plateau en forme d’acétates devant être joués à la vitesse de 78 tours ? Pas question, évidemment… Et pourtant, le son, récupéré au vol sur ces fragiles laques à âme de métal depuis les antennes de la Radiodiffusion nationale, n’a rien de terrible… Il faut même singulièrement tendre l’oreille ici ou là pour arriver à les suivre, les petites histoires de Maître Charles ! Mais c’est là aussi que réside une bonne partie du charme…Avant que d’en arriver à ce copieux plat de résistance, on aura pris le temps d’apprécier trois hors-d’œuvre appartenant à cette catégorie qui nous est chère des chansons de Trénet interprétées par d’autres. Ainsi, le volume 6 s’ouvrait-il sur une version assez inattendue de La Mer par le carillon d’Avranches. Cette fois, le “Grand Jazz Symphonique” de Wal-Berg, nettement plus tonitruant dans le cadre du Théâtre des Champs-Elysées, prend la re­lève… L’orchestration est l’œuvre du chef qui, rappelons-le, fut pour beaucoup dans le succès des premiers enregistrements de Trénet (1937-1940) et de pas mal d’autres nouveaux venus du moment, avant d’être contraint de prendre la large pour cause  de racisme galopant… A son retour, il monta cette vaste formation dont il rêvait depuis longtemps, qui connut son heure de gloire sur disque et à la radio en interprétant nombre de pièces dites “de genre” remarquablement arrangées. Au verso de cette Mer, on ne sera pas trop surpris de trouver une version des Feuilles mortes repensée dans le même esprit…

La Mer, Les Feuilles mortes : deux choses qui eurent bien du mal à trouver leur public avant d’acquérir cette renommée universelle qui n’est pas près de les lâcher !.. Récemment l’on a appris que, désormais, la chanson de Prévert et Kosma avait devancé celle de Charles dans le classement annuel établi par la SACEM : septième position pour le Méditerranéen et ses golfes clairs, quatrième pour les pas des amants désunis qu’efface la mer (probablement celle du Nord, cela va de soi)… Tant qu’à faire, signalons au passage que Jacques Brel a droit à la troisième place avec Ne me quitte pas, alors qu’Edith Piaf cumule la cinquième (L’Hymne à l’Amour) et la deuxième (La Vie en rose). Précision : il s’agit-là, bien entendu, d’un classement établi sur la quantité de doux tintements du tiroir-caisse portée à l’actif des œuvres citées au cours de l’année écoulée et non sur leur valeur musicale intrinsèque, aussi grande soit-elle par ailleurs. Ce qui revient à dire que dans le domaine du cinéma par exemple – ne nous attaquons pas à la littérature, par pitié –, Autant en emporte le Vent serait sacré champion absolu, toutes catégories, et que Citizen Kane, Potemkine, M le Maudit, Les Enfants du Paradis ou La Strada et L’Age d’Or ne seraient même pas mentionnés.Trénet, on le sait, adorait détourner les choses ultra connues, rabâchées, comptines ou  vieux airs populaires anonymes inscrits depuis des temps immémoriaux dans ce que d’aucuns désigneraient volontiers sous le nom d’”inconscient collectif”. Sans doute était-ce pour lui une manière de détente, un instant d’inattention, une friandise gourmande glissée en douce entre deux tranches de sérieux pour rire. Le bon Roi Dagobert n’échappa point à sa vigilance, rejoignant ainsi le cruel Temps des Cerises adapté à la sauce “swing”, Au Clair de la Lune, et même la belle Chanson d’Automne de Verlaine, où, à la grande ire des universitaires scandalisés, il se plut à substituer “bercer” à “blesser”… Ce Roi Dagobert, premier du nom (il y en eut au moins deux autres après lui), né au début du VIIème siècle, régna sur les Francs de 629 à 639 et, conseillé par les futurs saint Eloi et saint Ouen, fit de Paris la capitale du royaume. A en croire les spécialistes, malgré cette sympathique culotte opportunément mise à l’envers, il ne fut pas si bon que cela et se révéla même tyrannique en ces jours anciens où la barbarie se portait allègrement en sautoir.

C’est donc cet individu, dont seule la chanson pour les petits enfants conserve encore à la mémoire, que Trénet choisit d’offrir en pâture à ses amis les Compagnons de la Chanson, déjà preneurs auparavant d’un solide ours pyrénéen (que, contrairement à la pauvre Cannelle, aucun abruti de chasseur n’est parvenu à flinguer) et d’insouciantes jeunes années courant dans la même chaîne de montagnes… Mais, comme il le fit si souvent, il ne manqua point de s’en garder un petit morceau. Un morceau de Roi… Voilà pourquoi Dagobert Ier est de la revue.La plus curieuse des trois pièces proposées reste bien évidemment ce Y a d’la Joie ! gravé à Bâle, en Suisse, le 8 février 1949, pour la firme Elite Special (associée en l’occurrence au Chant du Monde), par les Comedian Harmonists au crépuscule de leur carrière. En vérité ce groupe, composé en majorité de chanteurs américains (à l’exception du ténor Erich Collin, membre de la formation dès 1929), n’a plus grand chose à voir avec le fameux sextuor fondé à Berlin dans les derniers jours de l’an 1927 par Harry Frommermann, alors bien décidé à donner une réplique allemande aux célèbres Revelers d’outre-Atlantique… L’histoire passablement tourmentée de ces remarquables chanteurs qui dépassèrent rapidement leur assez plat modèle est aujourd’hui bien connue, narrée qu’elle fut dans les années 1980 par la télévision allemande et, plus récemment, dans un film de même nationalité. Aux triomphes internationaux des premières années que consacrèrent de très nombreux disques interprétés en différentes langues (leur inoubliable version des Gars de la Marine remporta en français un succès colossal que les moutures allemande et anglaise de la dite chanson furent loin d’égaler), succédèrent les galères, dues à ce racisme galopant dont il a déjà été question ci-dessus à propos de Wal-Berg… A partir du printemps de 1935, ce Groupe des Six devint celui des Douze.  En fait, il fut contraint de se scinder en deux : les trois bons Aryens, augmentés de trois nouvelles recrues, officièrent principalement en Allemagne et en Autriche, tandis que les trois brebis galeuses contraintes à l’exil recrutèrent de leur côté trois petits nouveaux et se produisirent dans les autres coins de l’Europe pas encore à feu et à sang, notamment en Angleterre et en France où plusieurs disques furent gravés…

Dès lors, on parla d’un “Meistersextett” à l’endroit de ceux restés au pays, les mal aimés conservant quant à eux le nom de Comedian Harmonists, ce qui ne manque point d’entraîner une certaine confusion dans les discographies… Ces deux bandes, devenues rivales, s’évitèrent soigneusement au cours des années précédant la guerre et l’on affirme que, même plus tard, les trois exilés et les autres membres fondateurs ne se revirent jamais. Les deux sextuors mirent presque en même temps un terme à leur existence au cours de l’an 1941… Pourtant, Collin, l’un des exclus, voulut retenter l’aventure en 1948-49 en réunissant l’éphémère formation que l’on entendra ici interpréter l’optimiste chanson de Trénet dans cette gravure somme toute un peu triste et des plus rares, que nous a prêtée Andreas Schmauder, collectionneur, biographe et discographe des légendaires Comedian Harmonists… L’autre face, Tout le Long des Rues, est également chantée en français, mais il s’agit cette fois d’une composition de Norbert Glanzberg. Y a d’la Joie semble bien être la seule et unique aria du Fou chantant à laquelle s’attaquèrent jamais les Comedians, aussi bien ceux d’origine que les refondus à la diable…Deux microsillons 33 tours de vingt-cinq centimètres de diamètre édités en 1952 par Pathé-Marconi ont révélé en leur temps quelle pouvait être l’ambiance chaleureuse du théâtre de l’Etoile quand Trénet l’investissait pour y donner ses récitals. Il ne fut du reste pas le seul à apprécier cet établissement aux dimensions humaines et l’on garde en mé­moire les nombreux séjours que se plut à y faire à la même époque un Yves Montand, par exemple… En 1951, son “one man show” avait même précédé celui de Charles, lequel ne prit possession des lieux qu’à l’automne pour y demeurer jusqu’à la fin de l’hiver… On a aujourd’hui tendance à croire, à cause de l’existence de ces deux disques qui se vendirent comme des petits pains, qu’il s’agissait-là de la toute première série de spectacles donnés par Trénet à l’Etoile.

Et il est vrai que c’est seulement à ce moment-là que l’on put réellement parler de série, mais elle se trouva tout de même précédée par au moins deux passages en ces murs de nettement plus courte durée. L’essai initial, que ne mentionnent guère les biographies du chanteur, dut se produire au cours de l’an 1945 – c’est en tous cas ce que laisse entendre Charles en 1947, dans son préambule au public, quand il parle de deux années écoulées…Malheureusement, rien n’a pu être retrouvé concernant ce récital 45. Jusqu’à une date fort récente, l’on pensait qu’il en allait de même pour celui qui eut lieu deux ans plus tard, à l’automne de 1947. Cette fois, un certain nombre de renseignements glanés dans les revues du temps, notamment les magazines radiophoniques, ainsi que dans l’ouvrage de Jacques Pessis consacré à la chanson fran­çaise, rendent les choses un peu moins opaques. En particulier, on sait que l’intégralité du spectacle fut diffusée en direct sur le programme parisien de la radio nationale le samedi 29 novembre, de vingt et une heures à minuit, avec un entracte d’une vingtaine de minutes vers vingt-deux heures… Mais comme, justement, il s’agissait d’un direct, l’on supposait que là non plus il n’en subsistait aucun témoignage. Or il n’en est rien : tout le programme fut bel et bien enregistré sur laques “en simultané”, comme on dit de nos jours, probablement dans l’éventualité d’une rediffusion ultérieure en tout ou en partie. Et il se trouve que, voici plusieurs décennies, Henri Chenut, la providence des fanatiques de Trénet, mit la main sur ces précieux documents… puis oublia tout bonnement qu’il les serrait en ses infinies collections !.. Par chance, Claude Seris veillait au grain, qui put, voici de nombreuses années là encore, reporter sur bande magnétique ces fragiles acétates, avant que ceux-ci ne se trouvassent à jamais ravis à la postérité, engloutis pour l’éternité sous les piles toujours plus énormes, plus lourdes, plus insondables, des nouvelles chenuades patiemment amassées jour après jour au fin fond de la tanière de Saint Henri !.. Il est probable que si aujourd’hui, avec l’indispensable aide d’une pelleteuse, d’une grue et d’un bulldozer, on parvenait  par miracle à ramener à la lumière du jour ces galettes, on s’apercevrait bientôt que le vernis dans lequel est inscrite la modulation s’est décollé et que leur âme d’aluminium seule a survécu…

Mieux valait donc ne point chercher à les arracher au froid du tombeau et repartir de la copie que Claude Seris nous a fait parvenir. Grâces lui soient rendues…Contrairement à ses récitals de 1951-52 pour lesquels il choisira l’accompagnement fort dépouillé du seul piano d’Albert Lasry, Trénet, à l’occasion de cette solitaire prestation du 29 novembre 47, opta pour le grand orchestre et les chœurs de René Saint-Paul, le tout placé sous la direction de Lasry. Charles Oulmont fut chargé de la présentation radiophonique. Présentation au demeurant limitée à  l’introduction de chaque partie du programme et à l’annonce de l’entracte, puisque pour le reste, Charles se charge fort bien d’expliquer à son public entre chaque chanson le pourquoi, le quand et le comment des choses. Il semble qu’il ait pratiqué ainsi depuis ses débuts, dès l’époque du duo avec Johnny Hess, suivant une technique, destinée à créer une compli­cité immédiate entre l’artiste et le spectateur, soigneusement mise au point et rôdée par les “entertainers” américains. En France, il avait été précédé sur cette voie par des gens comme Maurice Chevalier, dont le talent très visuel relevait au moins autant de l’art du comédien que de celui du chanteur… Au lieu de mêler anciennes et nouvelles chansons, Trénet préfère cette fois commencer par les plus récentes et terminer (dans la seconde partie) par celles que tout le monde connaît  (Y a d’ la Joie !, Je chante, L’Héritage infernal, Fleur bleue, La Polka du Roi, Papa pique, La Mer…). Avec une bonne dose d’humour, il se plaît d’ailleurs à s’attarder sur cette distinction entre l’ancien et le nouveau. De même, l’on appréciera sans doute la description qu’il donne de ses récitals aux U.S.A. (juste avant d’interpréter I Don’t Know Why en version bilingue), ainsi que son explication touchant Les Bœufs, immortel hymne de la France profonde dû à Pierre Dupont (“un nom bien d’chez nous”, n’aurait pas manqué d’ajouter Jean Nohain), bidouillé de ma­­nière à tomber pile sur l’Air de la Calomnie, du Barbier de Séville, de Rossini…

Les “chan­sons nouvelles” (Formidable, De la Fenêtre d’en haut, Cœur de Palmier, Grand Maman c’est New York, Coquelicot, France Dimanche, Le Retour des Saisons…) le furent en effet très certainement pour une bonne partie du public en cette soirée exceptionnelle de l’automne 47. Sans doute le sont-elles moins pour nous, qui les avons déjà abordées pour la plupart dans leurs “versions studio” lors des deux précédents volumes – au diable ces histoires de chronologie !.. Toutefois, ces interprétations “live” (comme on dit en français moderne) révèlent nombre de différences bien propres à ravir l’âme des inconditionnels. Ainsi, outre cette Vache sur un Mur qui ne fut jamais enregistrée commercialement (mais dont nous possédons une mouture réalisée en privé – voir volume 6), le délirant Cœur de Palmier ici offert est nettement plus long que sur le 78 tours et inclut la totalité des couplets. Même remarque à propos du Retour des Saisons… Début 1941, La Cigale et la Fourmi avait reçu un traitement “swing” conforme à l’esprit du temps ; six ans plus tard, La Fontaine, de nouveau sur la sellette, en prend pour son grade ! Il est vrai que c’est tellement tentant : la vengeance du cancre qui n’apprenait jamais ses récitations et écopait à chaque de deux heures de retenue, en somme. Et le plus célèbre des fabulistes français se retrouve tout naturellement en première ligne… Le Chêne et le Roseau, blague de potache à la récré, brasse tout et n’importe quoi avec une allégresse gentiment féroce à laquelle n’échapperont ni le grand méchant loup ni l’agneau doux comme un mouton… Le Roi Dagobert, entouré des Bœufs et de Sainte Catherine (remplaçant avantageusement le Grand Saint Eloi), les attendent au tournant ! A suivre…Comme il se doit, nous avons tenu à respecter l’entracte : ainsi la première partie du récital se trouve-t-elle sur le CD 1, tandis que la seconde occupe la plus grande partie du deuxième disque.

Et, puisqu’il restait tout de même un peu de place à la fin de ce CD 2, il nous a semblé opportun de renouer avec le fil du discours là où il s’était interrompu au terme du volume 6, c’est-à-dire dans le courant de 1951. En janvier, Trénet avait gravé quelques airs nostalgiques, Ma Maison, Mon vieux Ciné, Mon Amour est parti pour longtemps et, surtout, son Ame des poètes, avant, à son tour, de partir pour quelques mois… Encore une tournée lointaine, probablement… On le retrouve à la fin juin et, heureuse coïncidence, de nouveau sur une scène, celle non point du Théâtre de l’Etoile, mais de l’Olympia, où la radio nationale produisait régulièrement des spectacles destinés à être diffusés sur les ondes. Charles n’avait à la vérité pas très envie d’enregistrer commercialement des choses comme Les Bœufs, Le Chêne et le Roseau ou Sainte Catherine, qu’il inscrivait volontiers à ses récitals, mais qu’il estimait d’un effet trop visuel et par trop parodique pour connaître un réel succès phonographique. Il ne refusa néanmoins pas que sa maison de disques récupère dans sa prestation en public du 24 juin deux de ces moments de franche rigo­lade, afin de les éditer sous la forme d’un 78 tours pas très courant – ce qui semble lui donner raison quant aux ventes relativement modestes de ce genre de galettes… La qualité sonore est ici bien supérieure à celle du récital de novembre 47 : c’est que cette fois, trois ans et demi plus tard, on s’était enfin décidé à enregistrer (presque) toutes les émissions sur bande magnétique.         
 
Les choses sérieuses – c’est-à-dire les enregistrements en studio – ne reprirent quant à elles qu’à l’automne, au moment où, précisément, Trénet peaufinait son futur nouveau spectacle de l’Etoile (une véritable série, cette fois),  dont il a été question à plusieurs reprises dans le présent texte et dont nous reparlerons bien évidemment plus abondamment dans le vo­lume 8… En octobre donc, il enregistra dans les studios récemment ouverts rue de Magellan trois aria de son cru portant le millésime 1951 : l’ironique et tendre Histoire d’un Monsieur qui parodie une fois encore la chanson début de siècle, La Cité de Carcassonne dont les tours l’avaient tant impressionné dans son enfance et qu’il saura replacer à l’occasion et, surtout, le magnifique et lamentable Serpent Python : pauvre, fragile créature, atrocement broyée par l’univers impitoyable du ciné-parleur sans cœur hollywoodien… Petite revanche sans conséquence à l’endroit d’un monde pelliculaire que le chanteur adorait depuis ses jeunes années et qui venait de le trahir sans vergogne… Du beau, du grand Trénet, avec tout l’humour, les jeux de mots, les enjambements impensables, indispensables, attendus, inattendus, désirés ! Les années 50 continuent de se porter comme un charme, après tout…
Daniel NEVERS
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2005

REMERCIEMENTS aux accros de la philosophie trénétiste :Bernard BASSIÉ, Philippe BAUDOUIN, Olivier BRARD, Henri CHENUT, Alain DÉLOT, Yvonne DERUDDER, Iwan FRÉSART, Marcelle HERVÉ, Pierre LAFARGUE, Jacques LUBIN, Jacques PESSIS, Gérard ROIG, Gérard ROUSSEL, Andreas SCHMAUDER, Claude SÉRIS.

Nous venons d'apprendre qu'une version de meilleure qualité du récital du 27 novembre 1947 devrait paraître dans les prochains mois sous forme d'un livre-CD à partir des archives de l'Institut National de l'Audiovisuel, réalisé avec le concours de Karin Le Bail (France Musiques).      
Patrick Frémeaux, avril 2005.


english notes
The dowerless tree of chronology, so dendrochronogically undependable.  In the previous volume of this ‘complete’ series dedicated to the ‘Singing Fool’ we already had to slip back to unveil an astonishing document dating from 14 July 1939.  But how could we have overlooked such a discovery, recorded during the last Bastille celebrations France could freely enjoy before the onset of WWII?  And while the aforementioned volume took us up to 1951, we have now stumbled upon some more incredible moments, this time some lacquers dating from 1947.  The quality of sound may be somewhat substandard (to say the least), but there again some could say these imperfections add to the charm!But in the guise of an appetiser before this sumptuous plat de resistance, we will open with three pieces by Trénet interpreted by others, starting with Wal-Berg’s ‘Grand Jazz Symphonique’ in their version of La Mer (Beyond the Sea).  The boss, who was behind its orchestration, held a major role in Trénet’s first recordings (1937-40) as well as assisting other newcomers of the  epoch before taking wing to escape racism..  Upon his return he founded this long-hoped for outfit which was rewarded with due success.  On the flip side of La Mer is Prévert and Kosma’s Les Feuilles mortes (Autumn Leaves) – two tunes which first struggled for recognition before becoming internationally famous and are indeed the two French songs played the most in the world.Trénet, as we know, loved restyling well-known pieces, nursery rhymes or popular old songs going back way back when.  This was undoubtedly his way of relaxing, a moment of inattention or a savoury morsel tucked between two slices of serious stuff for a laugh.  Le Roi Dagobert was thus ensnared as was a swung-up Le Temps des Cerises, Au Clair de la Lune and even Verlaine’s beautiful Chanson d’Automne.  This King Dagobert I, born in the early VIIth century, ruled the Francs from 629 to 639, making Paris the capital of the kingdom.  It was thus this sovereign, whose memory had merely been perpetuated through the juvenile verses in which he was depicted as a buffoon although he was in fact a tyrcant, who was chosen by Trénet to offer to his pals in Les Compagnons de la Chanson. 

But as was his habit, he kept back a wee snippet, an excellent morsel of the King.Out of the three pieces proposed, the strangest is this Y a d’la Joie!, cut in Basle in Switzerland on 8 February 1949 for the company Elite Special by the Comedian Harmonists in the twilight part of their career.  In fact this group, principally comprising American singers (excepting tenor Erich Collin), has not much in common with the famous sextet founded in Berlin in 1927 by Harry Frommermann, who had decided to make a German replica of the famous US Revelers.  In spring 1935, the members doubled becoming twelve and split into two discriminative sections.  The three good Aryans, along with three recent arrivals mainly performed in Germany and Austria whereas the three darker sheep in exile, with the other three entrants journeyed around the rest of Europe, England and France in particular, cutting several discs.  Following the divisions, those staying put were known as the ‘Meistersextett’ while the others retained the label of the Comedian Harmonists.  The two rival groups carefully avoided one another in the years before the war, and it is said that even much later they no longer saw each other.  The two sextets both called a close to their respective careers at more or less the same time, in 1941.  However, Collin, one of the banished members attempted to renew the experience in 1948-49, reuniting the short-lived set-up which we can hear interpreting Trénet’s optimistic song.Two 10 inch LPs released  by Pathé-Marconi in 1952 captured the warm ambience in the ‘Théâtre de l’Etoile’ during Trénet’s concerts.  Yves Montand was also fond of this venue and in 1951, his one-man show preceded that given by Charles.  It is now believed that as these two discs sold like hot cakes, they belonged to the very first series of shows billing Trénet at the Etoile.  True enough, it was only then that he came out with a series, but he had nevertheless appeared in the establishment on at least two other occasions, albeit for much shorter stints.  The initial performance must have been in 1945, if we are to believe Charles in his public discourse made in 1947 when he talked of the two preceding years.  Unfortunately, we have uncovered nothing concerning this recital.  Until very recently, we believed that of autumn 1947 was equally befogged.  On this occasion there was some information given in magazines of the day, shedding a little light on the event.  In particular, we know that the entire show was broadcast live on the Parisian programme of the national radio station on Saturday 29 November from 9 p.m. until midnight. 

But as it was broadcast live, we wrongly supposed that there had been no recorded coverage, whereas the whole programme was indeed recorded on lacquers and were recuperated by collector Henri Chenut before forgetting he had these wonders in store.  Luckily Claude Seris managed to tape these fragile acetates before decay set in among Henri’s fathomless hoards.Unlike these 1951-52 recitals when he was frugally backed by only Albert Lasry’s piano, on 29 November 1947 Trénet opted for René Saint-Paul’s sizeable orchestra led by Lasry and choirs headed by Saint-Paul.  Charles Oulmont was responsible for the presentation on the air, nonetheless limited in that he simply introduced each part of the programme and the interval whereas Trénet himself explained each song in further detail.  Ever since his partnership with Johnny Hess, he had adopted this technique, thus creating immediate complicity between himself and the spectator, as was common practice among American entertainers.  In France this method had been previously followed by Maurice Chevalier.Instead of mixing old and new songs, this time Trénet chose to begin with the most recent and end (in the second part) by the golden oldies (Y a d’la Joie!, Je chante, L’Héritage infernal, Fleur bleue, La Polka du Roi, Papa pique, La Mer, etc.).  And with jocularity, he made the most of insisting on the old and the new.  We can equally appreciate his description of his US concerts (just before interpreting a bilingual version of I Don’t Know Why) and his explication regarding Les Boeufs, Pierre Dupont’s immortal hymn of deepest France, juggled around to follow the tune of the Air de la Calomnie from Rossini’s Barber of Seville.  The ‘new songs’ (Formidable, De la Fenêtre d’en haut, Coeur de Palmier, Grand Maman c’est New York, Coquelicot, France Dimanche, Le Retour des Saisons, etc.) most certainly made the day (or evening rather) for the majority of the punters, though may be less thrilling for us, as the studio versions of most have been covered in the two previous volumes.  These live renditions, however, do pick up a number of discrepancies which should whet the appetite of his supporters.  So here we find Une Vache sur un Mur (a parody of a famous ‘Humpty Dumpty-style’ nursery rhyme) which was never recorded for commercial purposes (but a privately-made version was included in volume 6), a much longer Coeur de Palmier than the 78, complete with all its verses and the same applies with Le Retour des Saisons.

In early 1941, The Grasshopper and the Ant was swung up in accordance with the requisites of the period and six years later, Jean de La Fontaine’s poetry again cropped up, this time with Le Chêne et le Roseau (The Oak and the Reed).Respecting the intermission, CD 1 comprises the first part of the concert whereas the remainder is covered in the second disc.And as a little room was left at the end of this CD 2, it seemed appropriate to continue where we left off in volume 6, that is to say, stepping forward once again to 1951.  In January, Trénet cut a few nostalgic tunes, Ma Maison, Mon vieux Ciné, Mon Amour est parti pour longtemps and, in particular, L’Ame des Poètes, before heading off for a few months.  Probably another tour off yonder.  But he was back on stage in late June, this time at the Olympia Music Hall where the national radio often organised shows to be broadcast.  Quite frankly, Charles had no particular yearning to make commercial recordings of titles such as Les Boeufs, Le Chëne et le Roseau or Sainte Catherine, esteeming that the visual and parodic side of such pieces would be lost by phonography.  However, he did not protest when his record label salvaged two of these mirthful moments from his performance of 24 June, which were subsequently released on a quite unusual form of 78, no doubt confirming his opinion regarding the relatively poor selling potential of this kind of disc.  The sound quality here is far superior to that of the November 47 recital, but there again, three and a half years later almost all shows were recorded on magnetic tape.The serious material, i.e. the studio recordings, only took off again in the autumn, just when Trénet was adding the final touches to his new show to open at the Théâtre de l’Etoile (which was to be a true series this time), which has been touched upon several times in this text and which will obviously be covered in greater depth in volume 8.  So in October, he cut three arias of his 1951 vintage in the recently opened studios in rue de Magellan:  the ironic and tender Histoire d’un Monsieur, another parody on the songs of the beginning of the century, La Cité de Carcassonne, a town boasting architecture which had struck Charles during his childhood and the magnificent and lamentable Serpent Python:  a poor fragile creature, atrociously crushed by the callous world of Hollywood.  Trénet in all his splendour, with both humour and wordplay - just as we love him!
English adaptation by Laure WRIGHT from the French text of Daniel NEVERS
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2005

INTÉGRALE CHARLES TRENET / THE COMPLETE CHARLES TRENET
Volume 7 (1947-1951)  “FORMIDABLE !”
DISCOGRAPHIE / DISCOGRAPHY

DISQUE / DISC 1
LE GRAND JAZZ SYMPHONIQUE - Dir. & arrangement WAL-Berg      Paris, 11/01/1951 (Théâtre des Champs-Elysées - 15, avenue Montaigne, VIIIe arr. - Enregistreurs/Recordists : Charles BRULIN & M.G.).
1. LA MER (C. Trénet - A. Lasry)          (Columbia BFX 33 - CLX 2811-21)           3’52
COMEDIAN HARMONISTS  Fred BIXLER, Murray POLLACK, poss. Harry FROMMERMANN (ténors); Erich COLLIN (baryton, dir); Arthur ATKINS (basse); Jack CATHCART (piano). Bâle/Basel, 8/02/1949.
2. Y A D’LA JOIE ! (C. Trénet)       (Chant du Monde/Tell S 29023 - TR 155)   2’01
LES COMPAGNONS DE LA CHANSON        Fred MELLA (ténor soliste/soloist); Gérard SABAT, Jean ALBERT (ténors); Hubert LANCELOT, Paul BUISSONEAU (barytons); Marc HERRAND (baryton, arr); Guy BOURGUIGNON, Jo FRANCHON (basses); Jean-Louis JAUBERT (basse, dir. musical). Paris, 9/06/1949 (Studio Pelouze - 5, rue Pelouze, VIIIe arr. - Enr./Rec. : Pierre HAMMARD).
3. LE ROI DAGOBERT (Trad. - C. Trénet)           (Columbia BF 257 - CL 8690-1) 3’171.
Récital de charles trénet au théâtre de l’étoile - Première partie        
Charles trénet’s one-man-show at the théâtre de l’étoile - Part one     Orch. direction & arrangements Albert LASRY - Chœurs/choir René SAINT-PAUL - Présentation radio/radio announcer Charles OULMONT - Transmis en direct/Broadcast live “Radio Diffusion Française” (chaîne parisienne). Paris, 27 nov. 1947 (Théâtre de l’Etoile - 33, av. de Wagram, XVIIe arr.).
4. Présentation par/by Charles Oulmont    3’10
5. Pot-pourri de quelques succès par l’orchestre /   
Medley of some Trénet’s hits by the orchestra
:          La Route enchantée / Je chante / Douce France / Il pleut dans ma Chambre / La Romance de Paris /   La Mer (C. Trénet)      5’02
6. Prés. par/by C. Trénet & Formidable (C. Trénet)          4’00
7. Prés. & de la fenêtre d’en haut (C. Trénet)        4’200
8.
Prés. & grand maman, c’est new york (C. Trénet)         4’400
9. revoir paris (C. Trénet)   3’35
10.
Prés. & cœur de palmier (C. Trénet)  6’00
11.
Prés. & quand descend le soir (C. Trénet)  2’55
12.
Prés. & france dimanche (C. Trénet)          3’10
13.
Prés.. & une vache sur un mur (C. Trénet)  2’55
14.
Prés. & dernier troubadour (C. Trénet)       4’00
15.
Prés. & n’y pensez pas trop (C. Trénet)       2’30
16.
Prés.. & le chêne et le roseau (J. de La Fontaine - C. Trénet)      2’45
17.
Prés. & coquelicot (C. Trénet) & DÉSANNONCE          3’35

DISQUE / DISC 2
Récital de charles trénet au théâtre de l’étoile - Deuxième partie   
Charles trénet’s one-man-show at the théâtre de l’étoile - Part two  
Lieu, date, orchestre, arrangements, etc., comme pour la première partie.          Location, date, orchestra, arrangements..., as for part one (CD1).
1. Pot-pourri de quelques succès par l’orchestre /         
Medley of some trénet’s hits by the orchestra :   
      
Formidable / Eve / De la fenêtre d’en haut / Quand descend le Soir (C. Trénet)   3’00
2. présentation par/by C. Trénet & le retour des saisons (C. Trénet)    3’40
3.
Prés. & l’héritage infernal (C. Trénet - L. Chauliac)           4’20
4.
Prés. & seul depuis toujours (C. Trénet)          3’30
5.
Prés. & I don’t know why (C. Trénet)        4’08
6.
Prés.  & papa pique et maman coud (C. Trénet)       3’45
7.
Prés.  & la polka du roi (C. Trénet)    3’20
8.
Prés. & le soleil et la lune (C. Trénet)          4’30
9.
Prés. & la mer (C. Trénet)  3’55
10. la mer (bis) (C. Trénet)          1’50
11. Prés. & leS bœufs (G. Rossini - P. Dupont - arr. Trénet)        4’00
12. y a d’la joie ! (C. Trénet)          2’00
13. je chante (C. Trénet - P. Misraki)    2’10
14. fleur bleue (C. Trénet)  2’00
15. finale : coquelicot (orch. seul) (C. Trénet)       0’55
Charles trénet à l’olympia / at the Olympia Music-hall         
Au piano, Albert LASRY - Transféré d’une bande de la Radiodiffusion Française/Dubbed from a tape recorded by the national French Radio. Paris, 24/06/1951 (Olympia Music-Hall - 28, boulevard des Capucines, IXe arr.). 
16. sainte-catherine (Trad. - C. Trénet)        (Columbia BF 387 - CL 9000-21)          3’27
17. les bœufs (G. Rossini - P. Dupont - arr. C. Trénet)      (Columbia BF 387 - CL 9001-21)       3’220
Charles trénet, acc. par albert lasry au piano     Paris, 2/10/1951
(Studio Magella - 14, rue Magellan, VIIIe arr. - Enr./Rec. : C. BRULIN & M.G.).
18. histoire d’un monsieur (C. Trénet)         (Columbia BF 405 - CL 9022-21)          3’15
Charles trénet, avec acc. d’orchestre, dir. Jo Boyer Paris, 22/10/1951 (Studio Magellan - Enr./Rec. : C. BRULIN & M.G.)  
19. la cité de carcassonne (C. Trénet)      (Columbia BF 414 - CL 9053-21)    2’52
20.
le serpent python (C. Trénet) (Columbia BF 414 - CL 9054-21)       2’57

CD Intégrale Charles Trenet Vol 7 © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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