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FREHEL
1930 - 1939









“Fréhel arrivait au Bœuf sur le Toit, rue de Penthièvre, une serviette sous le bras comme un clerc de notaire. Elle sortait ses partitions qu’elle mettait sous le nez du pianiste et ordonnait au public : “Fermez vos gueules! J’ouvre la mienne!”1. Fréhel, c’était ça et son public, tout son public, le populo et les rupins l’aimaient pour ce qu’elle était : une vraie nature et une nature vraie.Marguerite Boulc’h est une enfant de Primel-Trégastel, Finistère. Mais, pour l’état-civil, elle est née à Paris un 13 juillet, un soir de goguette. Le père, un mousse, la mère, une gosse avaient profité d’une permission pour venir à la capitale. Ils y reviendront peu après, pour de bon, la mère “se plaçant” au service d’une baronne, la petite Marguerite confiée au pays à une grand-mère peu attentive et assez picoleuse, selon un bon vieux déterminisme de classe bien observé par les auteurs du roman naturaliste. Le père ayant quitté la marine pour les chemins de fer, on fait venir la ga­mine qui passe de la lande bretonne aux terrains vagues de Courbevoie ou Levallois. Le père travaille dur et n’est jamais là. La mère continue son destin, passant de la condition de bonne à celle de prostituée occasionnelle ou bonne d’enfants incertaine, selon l’inspiration. Marguerite est souvent “aux commissions”, elle va “acheter des cigares”, encore et toujous plus : dame il faut bien trouver un prétexte pour qu’elle débarrasse le plancher, histoire de laisser de la place aux “messieurs” de sa mère! A sept ans elle subit une pre­mière tentative de viol sur terrain vague. Un vieux vicieux. Elle ne lui en voudra jamais : les hommes sont comme ça! D’ailleurs à quelque temps de là, le vieux meurt d’une balle perdue destinée à un cambrioleur en cavale et le champ où il avait attenté à la vertu de la petite Marguerite restera toujours invendable, comme maudit. Fréhel y verra toujours un signe du Destin. Sa vie, c’est dans la rue. Au coin de la rue, des chanteuses.

Elles vendent des partitions où l’on voit des dames “lancées”, des “artistes” ou d’autres filles qui, elles, le sont moins; la gamine confond peut-être l’actrice et son rôle, le thème et l’interprète, le réel et sa représentation.Peu importe, il faut bien s’en sortir. Avec une paire d’escarpins en satin, trouvés dans une poubelle et un jonc à déboucher les cabinets garni d’un flot de rubans, elle danse le cake-walk2 devant les passants. Elle guide un aveugle et entonne à la demande “Fleur de Seine”, “la Rafle”, “Le Boston3 de la Nostalgie”, des “chansons vécues”, comme on dit...Livreuse de sel pour le compte de la maison Cérébos elle peut humer l’air des mastroquets, salles de restaurants, estaminets et cabarets où n’importe quelle attraction est toujours bienvenue. Ses incursions dans la capitale l’amènent rue de l’Echiquier où siègent les Editions musicales Marcel Labbé. Elle en devient la mascotte, s’y trouve un nom (“Mam’zelle Pervenche”, titre d’une chansonnette) et un répertoire (celui de Montéhus, pour lequel elle professa toujours la plus vive admiration4). La Môme Pervenche croque aussi tous les potins de la chronique scandaleuse de la Belle Epoque. Elle connaît par cœur la grande hiérarchie des conditions féminines. Elle, avec ses paquets de sel, elle est plutôt au bas de l’échelle, pas même trottin (livreuse pour modistes ou maisons de couture) ou midinette (petite employée qui mange le midi d’une dînette). Son regard se porte d’emblée vers les “grandes horizontales”, ces splendides courtisanes, ces hétaïres de haute volée, ces cocottes empanachées dont les grands caprices et les petits talents5 emplissent les gazettes : Cléo de Mérode, Lina Cavalieri, Liane de Pougy, Emilienne d’Alençon, Margarethe von Zelle dite Mata Hari (Fille de l’aube) et bien sûr, la plus gourmande de ces lionnes : Caroline Otéro, dite “La Belle Otéro”. Pervenche se devait de la rencontrer et dans son cadre.

S’improvisant courtière en “rénovateur facial” (un appareil électro-cosmétique très 1900) elle arrive jusqu’au boudoir de l’hôtel particulier de la Belle Otéro, s’insinue dans ses bonnes grâces, et c’est dans un costume d’espagnole prêté par la généreuse Caroline que Pervenche passera sa première audition vraiment professionnelle au music-hall, à l’Univers, rue de Wagram. Des chansons véristes ou socialo en toilette andalouse! Fréhel n’a pas froid aux yeux et balancera vite les oripeaux de carmencita pour exhiber la peau nue, la chair de son personnage. Celui-ci est encore embryonnaire et se pare encore volontiers de la pacotille qui plaît en cette période où la chanson se cherche et n’a pas encore toute sa tenue. Et il faut bien dire que le répertoire se trouve et facile, et bas! Ainsi à la Pépinière, établissement de la veuve Trouillas où l’on joue des revues intitulées : “Chauffons, chauffons”, “La Grève des Modistes”, “Tuniques et Dentelles”, “Rincez-vous l’Oeil”, “Soyons chastes”, “Gare la Graisse”, “T’as pas d’Puces?”, “La Foire aux Nichons”, “Paris retroussé”, “Pipi-métro Revue”, “Le Rajah de Chatou”, “A la poil de Rock”... Du populaire... De là, elle se hausse à la Taverne de l’Olympia, qui jouxte le prestigieux music-hall. Elle y gagne café, croissants et parfois... une banquette pour la nuit. Elle y rencontrera surtout un jeune, joli, riche et très complaisant pygmalion, Robert Hollard qui lui fait un enfant, lui donne un nom d’épouse et un nom de scène (Fréhel). C’est beaucoup, c’est trop, même si l’enfant meurt presque à la naissance – un deuil sur lequel restera toujours tendu le voile – et, en dépit ou à cause de cela, Marguerite Hollard va se perdre avec beaucoup de plaisir en Fréhel.

Elle n’a pas dix-huit ans, elle est belle à damner les saints mais Dieu sait que des saints, elle n’en croisera pas beaucoup dans ce Paris balzacien! C’est par l’entremise de Maryse Damien6 qu’à la Gaité-Rochechouart, Fréhel et Maurice Chevalier sont mis en présence l’un de l’autre un jour de 1910. Choc. Passion. Vertige. Perdition. Ether. Cocaïne...(Voir le catalogue des titres de “chansons vécues” de l’époque). Cinquante ans plus tard, c’est dans une prose encore corsetée que Chevalier, qui écrivait pourtant si juste, évoque sa liaison avec “la belle liane”. A se brûler les ailes de la sorte, Chevalier jouait sa carrière. Fréhel non, ou s’en foutait : s’exhiber, être égale à son personnage de “fille”, mettre sa vie dans ses chansons ou ses chansons dans sa vie, ne plus chanter pour faire la noce, c’est bien du pareil au même surtout quand on est femme! Les hommes sont toujours un public et un bon! Il y aura toujours un marquis de la Torre, un prince Hubert de Montenegro, un Marcelo Torcuato de Alvear (futur président d’Argentine) à vamper le temps d’une “Valse chavirée”, d’un “Tango fatal”. Tous les moyens sont bons et tous les répertoires : le réalisme toujours très appuyé7, l’invitation au voyage (“Sur la Riviera”), le mélo, l’exotique (“You you sous les Bambous”), le gaulois grivois-salace et même l’angliche un peu smart (“Amour et Tennis”). Un accident de taxi et la brutale révélation de la naissante idylle Chevalier-Mistinguett n’arrangent rien.

A lire la chronique (crises d’hystérie, errances hallucinées, filatures, menaces, coups de couteaux...), un vent de folie soufflait dans ces têtes-là durant l’hiver 1911-1912. Fréhel prendra sa revanche sur la déveine en s’encrapulant toujours plus ou en engueulant le public huppé de Chez Fisher : “Tout ce qui brille n’est pas or” lance-t-elle à un Rotschild au crâne luisant avant un tango avec un de ses amants boxeurs – sa nouvelle marotte – parmi lesquels on ne peut pas ne pas repérer le célèbre Jack Johnson, un noir américain. “La gueusaille, cela me plaît” (profession de foi parue dans La Rampe en avril 1911). Telle fut la Belle Epoque de Fréhel. Celle aussi des grandes duchesses russes encore titrées comme cette Anastasia de Mecklembourg, cousine du tsar Nicolas II, s’encanaillant quelques semaines de 1913 dans le Paris des noctambules où Fréhel s’étourdit à défaut de pouvoir fuir, fuir Maurice, “me fuir moi-même et mon cafard”. L’invitation de la grande duchesse à venir se produire en Russie tombe à pic. A peine descendue de l’Orient-Express, Fréhel débarque dans un Saint-Pétersbourg de bas-empire où, en comparaison, les frasques parisiennes font figure de vin d’honneur dans une sous-préfecture; la frénésie y est à son comble avant le double choc d’août 14 puis d’octobre 17. Elle se trouve à Vienne le jour des funérailles de l’Archiduc François-Ferdinand de Habsbourg, l’assassiné de Sarajevo. Elle passera la guerre à Bucarest; Capitaine Conan, le roman de Roger Vercel, porté à l’écran par Bertrand Tavernier évoque, une reine de la nuit de vingt-cinq ans au rayonnement indiscutable. Mais, loin de Paris, Fréhel s’empâte, s’englue dans la nostalgie, s’empoisse dans la cocaïne. Après l’armistice, elle pousse jusqu’à Constantinople où elle survit cinq ans (“J’y ai fait une bringue insensée”), talonnée par la débine et surintoxiquée (jusqu’à 15 grammes de coco par jour).

Elle est rapatriée par les soins du Ministère des Affaires Etrangères. A Paris, où elle n’a pas réussi à se faire complètement oublier, on veille sur elle. Robert Hollard et Montéhus l’accueillent à la descente du train ; Paul Franck, directeur de l’Olympia offre sa salle prestigieuse et un slogan triomphal à “L’Inoubliable Inoubliée”. L’ex liane rousse en fourreau entravé modèle 1913, devenue pachydermique se glisse humblement par la petite porte. Or, sur scène, cette “matrone de la Halle, mafflue et truculente”8, aux manières abruptes, cette femme vraie et sincère remet  tout son public en une soirée dans sa poche. Elle reprend ses vieilles chansons et crée “Du gris”, dont, hélas rien ne demeure au disque. “Je suis la Madame Sans Gêne de la chanson” déclare-t-elle sans fausse pudeur aux jeunes journalistes qui comptent et qu’elle subjugue (Henri Jeanson, Marcel Achard...). Dans le Paris chic et Art Déco des années 20 où sombrent dans l’oubli les rescapés de l’avant Der des der, cette femme sans illusion, sans fard et sans détour est d’ores et déjà considérée par tous comme un emblème, une sorte de Gainsbarre femelle avant la lettre9 et dans les limites permises par l’époque. Limites de la morale, limites aussi de la conscience car pour lucides et réalistes que soient les paroles de Fréhel, un constat n’est pas une analyse, et il y a loin de la dérision à la libération. Ainsi, par exemple, on savourera une longue tradition du masochisme féminin qui nous déroule ici la fin de son chemin de croix (dernière station : Piaf).

Un certain sadisme aussi : écoutez “l’Obsédé” mélodrame ingénu et très morbide avec cette incroyable énumération des mutilations vengeresses infligées par l’amant au cadavre de sa maîtresse10. Dans  “La Possession” on célèbre la frigidité de la femme mal mariée qui - amère vengeance!- se refuse au plaisir. Le naturalisme le plus cru  nous emmène parfois au-delà du “politiquement correct” : “Psst, j’ai quatorze Ans!” murmure la prostituée de “Sous le Pont noir”. Et que dire de ce “Derrière la Clique” défilé 1938 de poncifs coloniaux naturellement martial, naturellement cocardier, naturellement raciste. Fréhel ici offre son remake du “Fanion de la Légion” où triomphaient alors, et sans état d’âme, Marie Dubas et Edith Piaf.11Sa carrière discographique commence peu après son retour (si l’on excepte son seul et unique disque de la période Pervenche en 1909). On n’a donc qu’une seconde partie de sa carrière et un pâle reflet de sa formidable présence. Heureusement, le cinéma12 et quelques “chansons filmées” nous permettent d’apprécier son autorité et sa verve. Les titres de certains films sont tout un programme : La Rue sans Nom, La Rue sans Joie, L’Entraîneuse, Java... A l’écran comme en scène ou à la ville, Fréhel trimballe son personnage, tout son personnage. Entière mais pas univoque. Bien sûr, il y a la vieille femme fanée et tragique de quarante-cinq ans exilée dans les moiteurs fatales d’un Maghreb de studio dans Pépé le Moko ou La Maison du Maltais. Dans Amok, qu’on imagine très mal adapté de Stefan Zweig avec la trop élégante Marcelle Chantal, c’est la Malaisie, ses coups de bambous, ses fièvres et ses bordels. “Le grand décorateur Lazare Meerson a construit une jungle aux studios de Joinville et un inimaginable bordel-paillotte géant, avec des escaliers où évoluent des mousmées en robes fendues suivies de coloniaux en sueur.

Et au milieu, sa robe noire et son foulard retombant sur la poitrine Fréhel chante “J’attends quelqu’un”. Séquence d’anthologie... On entend la musique de Légende de Bali pendant un bal d’ambassade très durassien...”13. Et on garde volontiers d’elle cette image d’éternelle déchue dans la casbah de Pépé le Moko où, nez cassé, clope au bec, paupières lourdes, accompagnée d’un phono, elle bramait “Où est-il mon Moulin d’la place Blanche?” avec, rappelle Chevalier, “le regard de quelqu’un qui a depuis longtemps perdu toute illusion sur le monde qui l’entoure”. Mais c’est oublier l’humour de cette forte femme qui s’autoparodie à plaisir en tenancière d’un caf’conc des familles, dans Le Roman d’un tricheur, le chef-d’œuvre de Sacha Guitry. Ce dernier place cette réplique dans la bouche de la fille de la patronne, cédant à un jeune homme très empressé : “la prochaine fois, sois gentil : choisis maman”. On peut se réjouir de ce qu’il existe une “chanson filmée” – sorte de clip – de l’ineffable “Tel qu’Il est”, où, en compagnie de “son” accordéoniste, Maurice Alexander, elle fait preuve d’un fabuleux abattage. On est en plein Front Populaire et il souffle dans le répertoire de Fréhel quelque chose de la grâce de ce temps béni. Les enregistrements s’en ressentent avec une prise de son plus équilibrée, de vrais arrangements et un orchestre soulevé par une légèreté presque swingante. C’est aussi l’époque où Trénet, lui écrit “La Valse à tout le Monde” et “Le Fils de la Femme-Poisson” frappé qu’il est par le côté “phénomène” de Fréhel qui ne dédaignait pas d’aller réjouir le public de la Foire du trône avec “La Môme catch-catch”. On appréciera aussi l’humour bon enfant de “Quand il m’écrit” (avec sa métaphore fromagère filée) et la part d’autodérision de “C’est un mâle” qui raille sans doute un peu les complaisances de la chanson réaliste14.

La lutte des classes est constamment présente en filigrane dans le répertoire musette et populiste : ainsi dans ce tableautin aujourd’hui merveilleux de précision et d’exotisme qu’est “La Zone”; “Dans une Guinguette” commence par rembarrer d’un coup d’épaule les “poules de luxe qui passent l’été à Trou par ci ou bien à Trou par là” et la régulière du mâle déjà évoqué, charrie les “gonzesses qui jouent les bégueules/ Il faut des com... partiments de dames seules/ Elles ont trop peur d’avaler... la fumée”.Enfin, on ne rappellera que pour mémoire les grandes arias pathétiques : “Les Filles qui la Nuit”, “Maison louche”, “L’Amour des Hommes”, “Où sont tous mes Amants?” en­core sur bien des lèvres... Beaucoup versaient dans la plus insondable des nostalgies. “Chanson tendre” de Carco nous ramène dans les parages de la mélodie poétique, avec ces stances et ses harmonies élégiaques. L’émouvante “Chanson du Passé” verse dans l’évocation quelque peu frileuse et déjà rétro de l’autre avant-guerre15. “La Chanson des Fortifs” est un moment-culte à plusieurs niveaux de références : le personnage masculin de “La Maman et la putain” joué par Jean-Pierre Léaud, se noyait dans la nostalgie rien qu’à l’entendre. Or c’était en 68 : que dirait-il aujourd’hui et que dirait Fréhel?16 Aucune nostalgie, en revanche dans “Appel”, mais la colère à l’évocation de ce que l’on voulait croire être la Der des ders. Chanson politique? Difficile à dire. Et Fréhel, faisant l’aubade aux ouvriers en 36? Et ses tournées en Allemagne, au pire de l’occupation (juin 42 puis juillet et novembre 43) pour distraire les prisonniers de stalags17? Elle, l’inter­prète de Montéhus, avant l’autre-guerre...

Le “moi, je ne fais pas de politique” ressemble terriblement à Fréhel, qui se produisait partout et tout le temps, également généreuse et inconséquente. La Libération n’y changera rien car si elle n’enregistre plus de disques depuis janvier 39 (“La Der des der” et “la Java bleu”) on peut la voir au cinéma (Maya, avec sa copine Viviane Romance, L’homme traqué, Un Homme marche dans la ville). Pigalle ne fut sans doute pleinement Pigalle que tant qu’on put y croiser “ses larges chaussons à carreau formant savates, sa blouse genre peignoir, bleu, à la teinte douteuse et ses cheveux d’un rouge du plus curieux effet”; “ses yeux éteints” ne se ranimaient que pour chanter ainsi que l’évoque La Houppa qui l’entendit passer en attraction dans un petit cinéma de Cadet, très peu avant sa mort. Fréhel aura chanté jusqu’à son dernier souffle. Sa vieille copine Marianne Oswald (la seule vraie chanteuse engagée de sa génération18) prit la plume et lui décerna un bel article dans Combat, cas rare à l’époque d’hommage écrit, décerné par une diseuse intellectuelle à une chanteuse populaire.Mais l’évocation la plus parlante, c’est dans les souvenirs du compositeur Georges van Parys19 qu’on la trouvera. En août 1938, on tourne à Berlin20, les intérieurs du film L’Entraîneuse dont une scène de boîte de nuit où Fréhel interprète un tango-blues21, “Sans lendemain”. “Grosse surprise des musiciens allemands en voyant arriver Fréhel.

On leur avait annoncé qu’ils allaient accompagner une grande chanteuse française et à la place de la ravissante divette qu’ils attendaient, c’est une femme plus très jeune, à la crinière rousse en bataille, habillée au “décrochez-moi ça!” qui se présente à eux. Encore heureux qu’elle ait abandonné son habituel peignoir et les pantoufles qu’elle traîne dans son quartier, rue Ballu, rue Blanche, rue Chaptal. Je me rends compte que je vais avoir du mal à diriger mes musiciens qui riaient derrière leur pupitre en la considérant d’un air réjoui et quelque peu ahuri... Fréhel commence à chanter (...) Bien que la plupart d’entre eux ne comprennent pas un mot, je sens que les musiciens sont accrochés. Plus nous répétons, plus l’attention devient soutenue... Au refrain la partie est gagnée. Et lorsque j’arrête la répétition pour accorder la pause d’un quart d’heure, ils entourent Fréhel sans la moindre moquerie. Elle les a conquis. Alors, elle se rend compte de ce qui s’est produit, elle me demande de m’asseoir au piano et, pour les musiciens qui font cercle autour d’elle, elle se met à chanter. Je lui accompagne “la Chanson tendre” de Carco. Ils applaudissent à tout rompre. C’est un moment merveilleux pour elle. On reprend l’enregistrement et je ne crois pas qu’elle ait chanté mieux qu’aujourd’hui.”      
Eric REMY
© GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 1999.

1Georges Tabet, Vivre deux fois, Robert Laffont, 1980.
2Le cake-walk, littéralement “marche du gâteau”, popularisée aux Etats-Unis par les Noirs sur le rythme et les harmonies du ragtime est certainement la toute première danse de ce qui ne s’appelait pas encore le “jazz”. Le trophée remporté par les triomphateurs des “bamboulas” où l’on rivalisait des soirées entières était un gâteau. A Paris, au music-hall (voir l’article enflammé de Cocteau dans Portraits Souvenirs) puis dans les salons (de Proust à Debussy) le cake-walk, vers 1905, défraya la chronique.
3Le boston était une valse lente très en vogue au début du siècle. On la nomme aussi “valse anglaise” ou “valse-hésitation”.
4Montéhus (1872-1952), “le chansonnier humanitaire” très marqué à gauche, auteur-interprète de “Gloire au XVIIe” et “La Butte rouge”.
5Car, alibi moral, toutes en ont un : danseuse, cantatrice, poé­tesse...
6Nom de scène : “Carmen”, bientôt Damia, nouvelle trouvaille de Robert Hollard, devenu Roberty qui donc pygmalionne et se console ailleurs.
7Pour transhistorique qu’il soit on admet que le réalisme et ses avatars est un courant littéraire qui a régné en France pendant tout le XIXe siècle. Balzac en a fixé les principes quasi scientifiquement dans la préface de La Comédie humaine qui regroupe l’ensemble de son grand-œuvre romanesque. Les naturalistes (Maupassant, les Goncourt et surtout Zola dans Les Rougon Maquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, la somme de presque tous ses romans) en ont systématisé les méthodes; les véristes (Antoine au théâtre, les librettistes d’opéras et les auteurs de chansons) en ont exacerbé les procédés.
9Il était écrit que Fréhel et Gainsbourg un jour se rencontreraient. Il a raconté la vieille femme et l’enfant dans certaines de ses interviews. Forcément légendaire.
10Le fait que la chanson qui fait parler un homme soit chantée par une femme, ajoute à l’étrange. Ce n’était pas rare à l’époque. L’inverse était évidemment impensable.
11La Légion, son sable chaud, ses odeurs d’hommes et son désert tellement cinégénique font encore frémir un vaste public dans les années trente. Que l’on se rappelle Morocco (Cœurs brûlés de Sternberg avec Gary Cooper) et nombre de Gabin signés de très grands noms (La Bandera, véritable hymne à la légion écrit par Duvivier, Gueule d’amour de Grémillon, Quai des brumes de Carné...) ainsi que la cohorte des Beau Geste, Gunga Din, Trois Lanciers du Bengale et autres Quatre Plumes blanches que l’on n’oserait plus aujourd’hui. Comme “Le Fanion de la légion”, la chanson de Fréhel est un film chanté de trois minutes, l’équivalent de La Patrouille perdue, de John Ford, véritable western du riff où les “salopards” (les bédouins) jouent le rôle des apaches. Mais si l’on veut contempler jusqu’au bout ce panorama et étudier honnêtement cette partie du paysage socio-culturel de l’époque, il faut reconnaître également que le gouvernement du Front Populaire n’émancipa pas plus les “indigènes” colonisés qu’il n’accorda le droit de vote aux femmes. Ces catégories d’individus considérées comme mineures durent attendre celles-ci dix ans, ceux-là vingt ans pour accéder à un semblant de considération.
12Fréhel, avant 14, avait déjà fait quelques petits tours devant la caméra de Max Linder. Encore moins significatif que son premier et unique disque de la même époque.
13Hélène Hazéra, livret CD de la collection Chansophone.
14Type “Mon anisette”, apologie de la saoulographie dont, par le rythme et les harmonies  “C’est un mâle” semble le pastiche.
15C’est en effet autour de 1930, la crise aidant, que commença de se constituer le mythe de La Belle Epoque. De plus, toute une classe d’âge, ayant eu vingt ou trente ans en 1900, se trouvait au pouvoir.
16L’auteur des paroles, Michel Vaucaire, “remit ça” quinze ans plus tard avec ”Retour à Montmartre” que chantait, cette fois-ci, Cora Vaucaire.
17Tournées gérées par l’organisation “Kraft durch Freude” (la Force par la Joie)...!
18C’est à son intention que Jean Tranchant avait écrit “Appel”. Avec Oswald tout devenait brûlot.
19Les Jours comme ils viennent, Plon, 1969.
20Jusqu’à l’occupation, on tourna bon nombre de films français dans les somptueux studios de Neu-Babelsberg, l’Hollywood hitlérien du Dr Goebbels. On le voit, une certaine Europe et la délocalisation furent déjà mises en œuvre dès les années trente...
21Si Fréhel semble avoir été indifférente au jazz, elle “parlait du tango au comptoir du bougnat. On la croyait viscéralement attaché à la valse musette et voilà qu’elle laissait tomber avec force et lenteur à la fois des choses très justes sur le tango. Elle arrivait à nous convaincre que le tango était la seule chose vraie et dramatique qui nous restait”. Témoignage du comédien Jacques Destoop qui croisait souvent Fréhel dans son quartier en 1949/1950.
22Paganini est une opérette du viennois Franz Lehar et Nina Rosa une opérette américaine à grand spectacle de Sigmund Romberg.
23Bouboule est le type même du français moyen rondouillard et franchouillard incarné dans toute une série de films (Le Roi des resquilleurs, Le Roi du cirage, Nu comme un vers, Bouboule Ier, roi des nègres, La Bande à Bouboule, Prince Bouboule...) par le très populaire Georges Milton. Lilian Harvey et Henri Garat formaient un couple de comédies chantantes (Le Chemin du paradis, Le Congés s’amuse, Princesse à vos ordres, Un Rêve blond...), adulé par le public du ciné du samedi soir lors des premières années du parlant.


De quelques mots d’argot
Arbi : arabe, bicot, sidi... (Langage pas du tout politiquement correct !)
Char : bluffeur
Chicandier : un qui fait des “chichis”, “qui s’y croit; snobinard
Debleir : Machine à Debleir : la Veuve, la guillotine
Dégotter : dénicher, trouver mais aussi se confond avec “dégommer” qui signifie remplacer sans façon, débarasser de.
Gambiller : jouer des “gambettes”, des “fumerons”, danser
Garno : logement garni, meublé
Grattin : le beau linge, les gens en vue, le grand monde
Marida : marié
Mougingue : “moufflet”, “lardon”, “chiard”, “gosse”, “môme”, etc.
Pélo : “radis”, “kopeck”, sou...
Sucer de la glace : être “dans la mouise”, à la rue...

Disco
Avec Fréhel, la porte du studio s’ouvre directement sur la rue et il n’y a qu’un pas de l’une à l’autre. Pas de chichis, pas de fla-fla, un accordéon et quelques musicos, une seule prise, emballé c’est pesé. C’est en tout cas souvent comme ça avant 1930 : orchestrations frustes, prise de son acoustique (sans micro) et... confort d’écoute minimum pour l’auditeur d’aujourd’hui. Ceci nous a contraint à écarter certains titres, pourtant très attachés à la silhouette de Fréhel. Ainsi Hantise ou J’ai l’cafard, que certaines de ses rivales (Damia, Emma Liebel) gravèrent dans des conditions qui, comparativement, relèvent du grand luxe. Tout cela s’est arrangé au cours des années 30 mais on notera encore, ça et là, les résultats d’une direction artistique peu regardante quant au legs d’une chanteuse populaire, trop populaire, en effet pour que s’attachât à ces simples galettes emballées dans une feuille de papier kraft, autre chose que de la condescendance. On ne saurait donc s’étonner, des différentes ambiances sonores d’une chanson à l’autre. Ainsi, chez Polydor, la réverbération, fait reluire aux oreilles toutes les casseroles de l’orchestre Jean Lenoir, enregistré, on pourrait le croire, dans un hall de gare. Il semble, a contrario, tant cela sonne sourd, que l’on ait pansé avec toutes les bandes Velpaux à portée de main le micro de chez Salabert très agressé par un orchestre lourdement métallique (heavy metal déjà?). Et que dire des matrices très fatiguées, des pâtes médiocres (“La Zone” chez Salabert toujours), ou des sifflements en fin de spire chez Columbia pourtant, à l’époque au sommet de sa politique artistique et de ses moyens techniques? Enfin, last but not least, on savourera l’absence de la moindre note d’accordéon dans “Quand le Grand Léon joue de l’accordéon”; petit détail supplémentaire, chanteuse et orchestre ne sont pas synchrones. Vétilles... Ce manque de soin, évoque facheusement la ségrégation dont souffrirent les enregistrements de jazz noir effectués à la même époque Outre Atlantique. Quand la lutte des classes trace son sillon...

Il n’est pas distingué
(paroles de Marc Hély)
Zidor qu’on s’arrache à la ronde,
C’est un titi sans instruction
Mais qui fait fureur dans l’grand monde :
C’est un as de l’accordéon.
Entre deux javas populaires
Les marquises, les baronnes s’inquiètent tour à tour
De ses idées particulières,
D’ses pensées sur la femme et ses vues sur l’amour.
Zidor n’emploie pas les mots sophistiqués
Mais leur dit : «J’vas vous expliquer :
L’amour c’est rudement compliqué;
‘Y a rien comme les gonzesses
Pour vous l’faire au chiqué;
Un coup d’chasses, on est fabriqué
Un rencard et l’on a l’palpitant culbuté
Moi, j’ai les pieds plats pour douiller
Et quand une poule se gourre
Que j’vas les envoyer...
J’y refile en poire un «va t’laver»
J’renkiff mon bénard et j’m’esbigne en loucedé
Il n’est pas distingué !


Quelqu’un lui demande : «Pardon si j’ose
Solliciter un autre avis :
Vous amusâtes vous la même chose
Avec Topaze qu’avec Fanny?
Vous réjouites-vous davantage
Avec Paganini qu’avec Nina Rosa?21»
«Ah bah ! « fait Zidor «c’est dommage
Mais j’vous jure que j’connais pas toutes ces gonzesses là !»
Quand il s’aperçut qu’il avait détonné,
Il reprit sans plus s’extaser :
«L’théâtre c’est bon pour les michés
L’musical, c’est pas mal mais j’préfère le ciné;
J’aime mieux voir la bouille à Bouboule
Qu’une vieille poule qui s’écroule
Et qu’faut faire étayer
Je r’grette pas mes trois larant’qués
Quand j’vois Lilian Harvey et Garat22 s’embrasser
Et l’soir j’mendors dans mon pucier
En rêvant qu’la Marlène m’a pris comm’ régulier...»
Il n’est pas distingué !


Sur le gâchis diplomatique
On daigne l’interviewer aussi;
Mais Zidor devient pathétique
Quand Hitler est sur le tapis.
Quelqu’un fait : «C’est le type spécifique
D’l’histrion désaxé au faciès hilarant,
Mégalomane pathologique,
Indiscutablement cérébro-déficient...»
Au premier abord, ça paraît compliqué
Mais Zidor vient tout expliquer :
«D’abord, y’a qu’à pas se dégonfler
Moi, Hitler, j’l’ai dans l’blair et j’peux pas l’renifler!
Les nazis ont l’air d’oublier
Qu’c’est nous, dans la bagarre qu’on les a dérouillés...
Moi, si j’le poissais à jacter
J’y ferais : «Marr’ de bobards... y faut les envoyer
Si t’es nazi, vas t’faire picquouser
Et pis, j’y balancerais ma godasse dans l’fouign’dé».
Il n’est pas distingué!


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Fréhel arrived in the Parisian cabaret, Bœuf sur le Toit, with a case tucked under her arm, placed the sheet music under the nose of the pianist and then ordered the audience to, “Shut your mouths!  I’m opening mine!”.  That what Fréhel was all about and her followers loved her for who she was.In truth, Marguerite Boulc’h saw the light of day in Finistère, Brittany.  Her identity papers claim, however, that she was born in Paris on 13th July.  The father, a ship’s boy and the young mother took advantage of leave to visit the capital, but returned shortly afterwards.  The mother found employment as a maid for a Baroness so the little Marguerite was left in the hands of a rather uncaring grandmother with a penchant for the bottle until the day when the father left the Marines, opting for the railway world.  The child was consequently transferred from Brittany’s moors to the waste land of Courbevoie and Levallois.  Her father laboured hard and was rarely present while her mother earned her living as a maid or as a whore, as her fancy took her.  Marguerite was often sent on errands in order to make way for her mother’s gentlemen friends, and her first attempted rape at the age of seven hardly came as a surprise - she had already formed her black opinion on men.  Marguerite was a great believer in destiny and was certain that her life was destined for the streets.  The streets where all kinds of ladies could be found - singers, artists and naturally girls of lower status.  The young girl had trouble in differentiating between the actress and her role, the theme and the interpreter, reality and performance.This hardly mattered - she had to get along.  Wearing a pair of satin pumps retrieved from a dustbin and bearing an old cane decked with ribbons she danced the cake-walk for the passers-by.  When asked, she struck up old songs such as Fleur de Seine, La Rafle and Le Boston de la Nostalgie.She began delivering salt for the company, Cérébos, and thus frequented bars, restaurants and cabarets where all kinds of entertainment were welcomed. 

Her trips to the capital eventually led her to Rue de l’Echiquier which housed the musical publisher’s, Marcel Labbé.  She became its mascot, gave herself the name of “Mam’zelle Pervenche”, and found a repertory (that of Montéhus, a left-wing chansonnier, for whom she had great admiration).  She took in all the gossip of the Belle …poque and discovered the meaning of social hierarchy with herself classed amongst the lowest of low.  She wondered at the splendid courtesans whose capricious deeds and dubious talents filled the columns of the gazettes :  Cléo de Mérode, Lina Cavalieri, Liane de Pougy, Emilienne d’Alençon, Margarethe von Zelle (otherwise known as Mata Hari) and the most stylish of these feline creatures, Caroline Otéro.  The young Pervenche made a pledge to meet the latter, and under the pretext that she was a broker for fashionable cosmetic apparatus, she found her way into the boudoir of the ‘Belle Otéro’.  Their meeting was conclusive - the generous Caroline lent Pervenche a Spanish outfit for her first truly professional audition in the Univers, Rue de Wagram, Paris.  Decked with Andalusian frills, the debuting artist bravely showed her true colours, interpreting veristic and socialist songs! Her veritable identity was still teething and she tended towards the shoddy musical repertoire of that period.  Pervenche was subsequently hired by Madame Trouillas, the owner of Le Pépinière which billed popular and rather vulgar revues.  She then stepped up to the Taverne de l’Olympia, situated next door to the prestigious music-hall.  She was rewarded with coffee, croissants and occasionally a bench to sleep on.  Of greater importance she encountered a young, dashing and rich Pygmalion, Robert Hollard, who gave her a child, a married name and a stage name (Fréhel).Despite the tragic death of her baby almost at birth, Marguerite Hollard revelled in her new role as Fréhel.  She was not yet eighteen and her beauty was astounding. 

With the intervention of Maryse Damien (soon to be known as Damia, her husband’s new find) that Fréhel met up with Maurice Chevalier at the Gaité-Rochechoart one day in 1910.  Shock, passion, vertigo, ether and cocaine were to follow.  Fifty years passed before Chevalier was to evoke this liaison in prose.  At the time Chevalier was risking his career whereas it did not bother Fréhel to exhibit herself, to put her life into her songs and her songs into her life.  There would always be an audience comprised of men and a diversity of styles to fill her repertoire.  Then came a taxi accident and the brutal revelation of a blossoming relationship between Chevalier and Mistinguett.  1911 and 1912 were marked with intermittent hysteria and threats.  Fréhel reacted to this run of bad luck by insulting the upper crust haunting Chez Fisher.  ‘All that glitters is not gold’, she once declared to one of the Rotschild family before dancing a tango with one of her boxer lovers.This was Fréhel’s Belle Epoque and that of grand Russian Duchesses, such as Anastasia of Mecklembourg, cousin of Tsar Nicolas II.  Just when Fréhel yearned to escape from Maurice, from herself and her misery, the Duchess invited her to appear in Russia. She thus discovered the frenzy of Saint Petersburg,  before going to Vienna when FranÁois-Ferdinand of the Habsbourg dynasty was buried and then  she stayed in Bucarest as the Queen of the night while warfare raged elsewhere.  Far from Paris, however, she was shrouded by nostalgia and attempted to stifle her sorrows with cocaine.  After armistice, Fréhel set off for Constantinople where she survived five years, totally broke and intoxicated (she was up to 15 grams of coke per day).  Finally the Minister of Foreign Affairs assured her return to Paris where she was not completely forgotten.  Robert Hallard and Montéhus met her off the train, then the Olympia manager, Paul Franck, offered her his prestigious stage where she was tagged as the ‘Unforgettable Unforgotten’. 

The sincere red-head in her 1913 sheath dress thus entered the stage door and in the space of an evening managed to win over her audience.  She declared herself as the unconventional lady of song to the journalists and in the chic Art Deco Paris of the era, the unpretentious Fréhel became a kind of emblem, a female version of the future artist, Serge Gainsbourg.An age of feminine masochism and a touch a sadism was beginning.  Listen to the melodramatic L’Obsédé which relates how a lover mutilates the body of his deceased mistress, or the frigidity of the unhappily married woman in La Possession who denies herself all pleasure.  She occasionally stepped beyond the limits as in Sous le Pont noir with its fourteen year old prostitute, or the racism evoked in Derrière la Clique.Her discographical career truly began shortly after her return, thus leaving us a recorded heritage of only the second half of her life as an artist and a pale indication of her magnificent presence (there is only one 1909 record of her Pervenche episode).  Thankfully the cinema and several filmed songs exist, where her authority and spirit can be appreciated.  On the screen as on stage or elsewhere Fréhel imposed her strong personality which was far from being univocal.  In Pépé le Moko and La Maison du Maltais she comes over as the worn out and tragic middle-aged woman.  In Amok we find Malaysia with its fevers and brothels.  In Sacha Guitry’s master-piece, Le Roman d’un Tricheur her humorous side is revealed where she parodies her own nature. 

A delectable filmed version of the ineffable Tel qu’il est exists where Fréhel is accompanied by ‘her’ accordionist,  Maurice Alexander.  The popular front was in full glory and can be detected in her repertory of that period.  In the recordings, the sound is more balanced, with true arrangements and an almost swinging tone of the orchestra.  This was also the time when Charles Trénet, struck by her outrageousness, wrote La Valse à tout le Monde and Le Fils de la Femme-Poisson for her.  Quand il m’écrit can be appreciated for its simple humour and C’est un Mâle for the depicted self-derision. The problems between the social classes were constantly present in the musette and popular repertoire, such as in the colourful song, La Zone.Nostalgia reigns when we think back to the grand arias - Les Filles qui la Nuit, Maison louche, L’Amour des Hommes or Où sont tous mes Amants.  Chanson tendre by Carco brings us to poetical melody marked with stanza and elegiac harmony.  Chanson du Passé is a moving tale of days past - the pre-First World War period and La Chanson des Fortifs had a tremendous following.  Nostalgia, however, is absent in Appel to be replaced by anger evoking the war to end all wars.  It is hard to tell if it is a political song or not, but Fréhel did sing for the workers in 1936 as she also toured Germany during Occupation (June ’42 and November ’43) to entertain the prisoners.  After January 1939 (La Der des der and La Java bleu) her recording sessions ceased but she could be found on the movie screens (Maya with her friend Viviane Romance and Un Homme marche dans la ville).  Pigalle was no longer Pigalle without being able to pass by this tatty lady with her strange red hair and vacant eyes which only lit up when she sang.  And she did sing right till her last breath.  Her old friend Marianne Oswald then took her plume to pay a touching tribute which appeared in the communist newspaper, Combat. 

The most evocative of souvenirs, however, came from the composer Georges van Parys.  As he recalled, in August 1938 the film L’Entraîneuse was being filmed in Berlin, one particular scene taking place in a night club where Fréhel interprets a tango-blues number, Sans Lendemain.  The German musicians were expecting a ravishing French singer but instead were confronted with a not-so-young, shabby red-head.  At first they sniggered behind their stands, but once she started to sing, they were captivated, even though they could not understand a word.  The more they practised, the more they became attentive.  When they eventually stopped for a break, she had totally conquered them. Van Parys then accompanied her on the piano while she sang La Chanson tendre, the musicians forming a circle around her.  Their applause was tremendous.  The day was marvellous for her.  When they returned to the actual recording session ordéon.  Moreover the singer and orchestra are not synchronous.  This lack of professionalism is reminiscent of the segregation which is revealed in the recordings made by black jazz artists on the other side of the Atlantic during the same period.  Yet another demonstration of the class struggle.
Adapted by Laure WRIGHT from the French text of Eric REMY
© GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 1999.

Discographie
Titres
Tous les titres ont été enregistrés à Paris.Les prénoms des auteurs et compositeurs de chansons entre parenthèses mentionnés une fois ne sont pas répétés par la suite.

Orchestres
Anonymes : CD 1 : 8, 9, 12, 13
Maurice Alexander : CD 2 : 8
Pierre Chagnon (ou «Musette Pierrot») : CD 1 : 1, 6, 7; CD 2 : 3 à 7 et 9 à 18
M. Chobillon : CD 1 : 10, 11
Pierre Devred : CD 1 : 14; CD 2 : 1, 2
Roger Guttinguer : CD 1 : 15, 16, 17, 18
Jean Lenoir : CD 1 : 3, 4
André Valsien : CD I : 2, 5

CD1
1. Comme une Fleur (p. & m. Jean Lenoir) 3 juin 1931      
Columbia DF 589 WL 3148-1          3’17
2. Comme un Moineau (Marc Hély-Lenoir) 23 octobre 1930      
Columbia DF 277 L 2516-1          2’57
3. Toute seule (Eugène Gavel-C.H. Seider) mai 1930
Polydor 521683 3138 BKP    2’30
4. Paris la Nuit (Dans la rue de Lappe) (Gavel-Seider) mai 1930     
Polydor 521683 3139 BKP 2’44
5. L’Obsédé (p. Henri De Fleurigny- m. Léo Daniderff) 23 octobre 1930
Columbia DF 278 L 2517-1            2’25
6. La Coco (p. Dufleuve- m. Gaston Ouvrard fils) 3 juin 1931      
Columbia DF 590 WL 3149-1        3’00
7. A la Dérive (p. Emile Ronn- m. Léo Daniderff) 3 juin 1931         
Columbia DF 590 WL 3150-1        3’07
8. Dans la Rue (slow-fox du film Coeur de lilas- p. Serge Weber- m. Maurice Yvain) juillet 1932         
Salabert 3064 SS 548-1     3’14
9. Sous le Pont noir (p. Lucien Boyer- m. Raoul Moretti) novembre 1932
Salabert 3200 SS 1105 B  3’02
10. La Chanson d’autrefois (Marc Hely-J. Jekyll) juillet 1933         
Salabert 3344 SS 1593 A  3’04
11. La Zone (Hély-Jekyll) juillet 1933          
Salabert 3344 SS 1594 A          3’06
12. J’n’attends plus rien (p. M.A. Malleville- m. Lionel Cazaux et Pierre Guillermin) septembre 1933
Ultraphone AP 1220 P 76764    3’23
13. J’attends quelqu’un (marche du film Amok- p. Louis Poterat- m. Karol Rathaus)        
Ultraphone 1221 P 76766 septembre 1933                    2’56
14. Appel (p. J.H. Tranchant- m. Jean Tranchant) novembre 1933 
Ultraphone AP 1320 P 76928-1  2’22
15. C’est un Mâle (Charlys) décembre 1933 
Idéal 12511 AN 683  2’55
16. Le Grand Léon (Charlys-Ryck) décembre 1933
Idéal 12511 AN 684  3’03
17. Dans une Guinguette (Charlys-Kitto-Laroche) 2 janvier 1934      
Idéal 12551 AN 715   2’48
18. Quand Il m’écrit (Charlys) 2 janvier 1934 
Idéal 12551 AN 716            2’56

CD 2
1. Chanson tendre (p. Francis Carco- m. Jacques Larmanjat) septembre 1935      
Ultraphone AP 1551 P 77552        2’26
2. Il n’est pas distingué (Hély-Paul Maye) mars 1935     
 Ultraphone AP 1424 P 77245          3’12
3. La Peur (Un Chat qui miaule) (Zwingler-René Pesenti) 5 décembre 1935          
Columbia DF 1869 CL 5511-2   3’08
4. Où sont tous mes Amants? (Maurice Vandair-Charlys) 5 décembre 1935         
Columbia DF 1850 CL 5512-2   3’20
5. Le Fils de la Femme-poisson (p. & m. Charles Trenet) 17 avril 1936 
Columbia DF 1926 CL 5697-1   3’08
6. La Valse à tout le Monde (p. Charles Trenet- m. Trenet & Charles Jardin) 17 avril 1936
Columbia DF 1926 CL 5698-1   2’42
7. Maison louche (p. Robert Malleron- m. Marguerite Monnot & Alex Rhegent) 17 avril 1936 
Columbia DF 1937 CL 5699-1          3’07
8. Tel qu’il est (p. Maurice Vandair & Charlys- m. Maurice Alexander) juillet 1936 
Columbia 1986 CL 5833-1         2’45
9. C’est un petit Bal Musette (Gabriello-Stone) 15 septembre 1936         
Columbia DF 1994 CL 5852-1   3’02
10. Les Filles qui la Nuit (Maurice Aubret-Léo Lelièvre fils-Jean Boyer) 11 décembre 1936
Columbia DF 2054 CL 5989-1   3’07
11. Où est-il donc ? (slow-fox du film Pépé le Moko- p. André Decaye & Lucien Carol-m. Vincent Scotto) 11 décembre 1936           
Columbia DF 2065 CL 5990-1   3’11
12. Derrière la Clique (Leplay-Henri Poussigue) 13 juin 1938         
Columbia DF 2417 CL 6751-1   3’16
13. Chanson des Fortifs (p. Michel Vaucaire- m. Georges Van Parys) 13 juin 1938
Columbia DF 2434 CL 6752-1   3’00
14. La Môme catch-catch (p. Vandair- m. Alexander) 13 juin 1938
Columbia DF 2417 CL 6753-1   2’55
15. L’Amour des Hommes (slow-fox du film La Rue sans joie - Géo Koger-André Hugon- m. Scotto) 13 juin 1938
Columbia DF 2434 CL 6754-1        2’55
16. La Der des der (p. Vaucaire- m. Van Parys & Philippe Parès) 2 janvier 1939   
Columbia DF 2527 CL 6901-1          2’47
17. Sans Lendemain (tango du film L’Entraîneuse-p. Vaucaire- m. Van Parys) 2 janvier 1939         
Columbia DF 2527 CL 6902-1   3’13
18. La Java bleue (p. Koger & Noël Renaud- m. Scotto) 2 janvier 1939     
Columbia DF 2769 CL 6903-3   2’44

Remerciements à Danièle Blanchard, Dany Lallemand, Jocelyne et Gérard Roig, Jack Primack.

CD Fréhel 1930 - 1939 © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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