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Les fables de la fontaine

Direction artistique : Olivier Cohen
Production : Claude Colombini

InterprétéES PAR MICHEL GALABRU et JEAN TOPART







Jean de La Fontaine (1621-1695) 
Le futur fabuliste voit le jour en Champagne, à Château-Thierry. Sa maison natale existe encore. Elle est devenue le Musée Jean de La Fontaine. Il commence ses études sur place et les y poursuit jusqu’à la troisième. A ses années de collège remonte sans doute son premier contact avec les fables : celles d’Esope et de Phèdre figuraient très tôt dans les programmes scolaires. Il termine ses classes à Paris. Il entre ensuite à l’Oratoire, où l’on prépare de futurs prêtres à la prédication ainsi qu’au professorat. Mais il s’aperçoit vite que là ne se trouve pas sa véritable voie. Il se tourne vers le droit et se lie avec de jeunes poètes. Lui-même, vers cette époque, commence à se passionner pour la poésie. A vingt-six ans il se marie avec Marie Héricart, presque de moitié plus jeune que lui. Cinq années après il entre dans l’administration des Eaux et Forêts, de sa ville natale. Ses activités se partagent entre tournée d’inspection et des audiences dans un tribunal. 

En 1654, il publie sa première œuvre, L’Eunuque, une comédie adaptée de Térence : œuvre charmante, mais qui passe inaperçue. Quatre ans plus tard, il offre Adonis, poème de six cents vers, au fastueux Surintendant des Finances, Nicolas Foucquet, qui recrute une clientèle d’artistes et de poètes à sa solde, et va, dès lors verser à La Fontaine une pension, en échange de vers composés tous les trimestres à son intention, Puis, bientôt après lui commande une description du magnifique domaine qui sort pour lui de terre à Vaux-le-Vicomte. De cet ouvrage inachevé (Le Songe de Vaux) n’existe qu’un faible nombre de fragments. mais Foucquet tombe en disgrâce. Il est arrêté le 5 septembre 1661, peu de semaines après la célèbre fête qu’il a organisée à Vaux pour le Roi et la Cour. La Fontaine prend la défense de son protecteur dans une Elégie pour M. F. et dans une Ode adressée à Louis XIV. Lui-même se voit poursuivi pour usurpation de noblesse et frappé par une lourde amende. L’oncle de sa femme, Jannart, est exilé. La Fontaine l’accompagne jusqu’à Limoges. En cours de route, il écrit à son épouse des lettres qui forment son Voyage en Limousin. Après son retour, il va publier les deux premières parties de ses Contes et nouvelles en vers en 1665 et 1666, les six premiers livres de ses Fables choisies mises en vers en 1668 et Les Amours de Psyché et de Cupidon en 1669. 

Suivront la Troisième Partie des Contes et nouvelles en vers en 1671, et des Nouveaux Contes en 1674, cinq autres livres de Fables en 1678 et 1679. Un douzième livre viendra clore l’ensemble en 1694.En 1684 La Fontaine avait fini par forcer les portes de l’Académie française. Le jour de sa réception, outre son Remerciement, il lut un Discours à Madame de La Sablière. En 1687, il prit part à la Querelle des Anciens et des Modernes, avec son Epître à Huet. Tombé gravement malade en 1692, devant une délégation de l’Académie il déclara solennellement, comme l’avait exigé son confesseur, qu’il considérait ses Contes comme “un livre abominable” qu’il se repentait d’avoir écrit. Il s’éteignit deux ans plus tard, chez Monsieur et Madame d’Hervart, qui l’avaient recueilli lorsque mourut Madame de La Sablière, près de laquelle il avait vécu, vingt ans. On découvrit à sa mort, qu’il portait sous ses vêtements, par pénitence, un cilice.
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS / GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2003 Jean-Pierre Collinet


Pour accompagner la lecture des fables de La Fontaine, il semblait indispensable de réunir des instruments que le célèbre fabuliste aurait aimé entendre… au dix-septième siècle, la musique de chambre commençait à se faire connaître et apprécier. Nobles et bourgeois se réunissaient pour écouter avec enthousiasme des petits ensembles jouant un répertoire de plus en plus riche. Les trios, quatuors, quintettes, sextuors… naissaient et devenaient progressivement des genres à part entière. La musique de Louis Couperin, exact contemporain de La Fontaine donne un bon exemple de ces formes “nouvelles”. Parmi ces ensembles, la réunion d’une flûte traversière, d’un théorbe et d’une viole de gambe apparaissait comme des plus courantes : ces trois instruments se mariaient en effet de manière idéale et ils bénéficiaient d’une exceptionnelle popularité. La Flûte traversière, construite en bois et en ivoire, est progressivement modifiée, son tube passant d’une forme cylindrique au 16ème siècle, à une forme conique grâce à Jacques Hotteterre, dit Le Romain, joué plusieurs fois dans ce disque. Elle devient alors un des instruments solistes de l’orchestre. La “viole qu’on tient entre les jambes” ou “viole de gambe”, apporté d’Espagne par la famille Borgia séduit elle aussi, dès les années 1500, musiciens et compositeurs. Sa sonorité claire et pénétrante lui donne une place prédominante dans la musique de chambre, à l’époque de Louis XIV, chez des compositeurs comme Forqueray ou Marin Marais, eux aussi présents dans ce disque. Les luthiers perfectionnèrent peu à peu la lutherie de l’instrument améliorant encore la finesse et la délicatesse de leur son. Souvent comparées aux violons, dont on déplore la rudesse, les violes apparaissent comme des instruments des plus nobles ! Ironie du sort, ce sont pourtant les violons qui feront oublier ces dernières… aujourd’hui jouées par les seuls spécialistes de musique ancienne.

Au XVIème siècle, le luth, instrument proche de la guitare, possède six ou sept rangs de cordes appelés chœurs. A la renaissance, le parfait courtisan se devait de jouer du luth… particulièrement en Italie où les recherches musicales montrent le plus de vitalité. Princes et Rois, eux-mêmes, pratiquent l’instrument. Sa renommée grandissant, le luth va évoluer, sa famille se développer : l’archiluth et le théorbe apparaissent. Ce second instrument est caractérisé par un deuxième “chevillier” permettant d’adjoindre aux cordes habituelles (le petit jeu) un registre de cordes graves très longues (le grand jeu). Au début du XVIIème siècle, c’est en France que le théorbe va trouver sa terre d’élection. Robert de Visée, dont on peut entendre plusieurs compositions dans ce disque est l’un des compositeurs majeurs de cet instrument. Présent dans l’entourage immédiat du Roi Louis XIV, lui-même bon guitariste, il est considéré comme l’un des meilleurs luthistes de l’école française.

Flûte traversière baroque : Jean-Christophe Kuhl
Théorbe : Claire Antonini
Viole de Gambe : Emmanuelle Guigues.


Inventaire du contenu
On dit : les fables de La Fontaine. Mais il n’en a pas inventé les sujets. Il en existait depuis des temps très anciens, non seulement en Grèce, avec les apologues d’Esope, et chez les Romains, grâce aux fables de Phèdre, qui les avait composées en vers, mais jusqu’en Inde et dans le reste de l’Orient. Le poète français, comme son Héron, “n’avait qu’à prendre” : il suffisait de se baisser, car il s’agit là du plus humble parmi les genres littéraires. On contait les fables aux très jeunes enfants, pour les amuser et sans qu’ils s’en aperçoivent, les instruire. Du récit, en effet, se dégage une leçon morale. Plus avisé que son héros le Héron, mais placé comme lui devant l’embarras du choix, La Fontaine sut sélectionner celles qui lui parurent les meilleures, et surtout les plus appropriées à son goût. Il aimait la diversité?; il en prit donc de toutes les sortes. La quarantaine qu’on trouve ici rassemblée ne représente qu’environ le sixième du total, que l’auteur a réparti lui-même en douze livres. Les six premiers parurent en 1668, les cinq suivants en 1678 et 1679, le dernier sous la date de 1693.


cd 1
1. Le Corbeau et le Renard
La seconde fable forme avec la précédente un couple subtilement contrasté. Elle offre une variation sur le thème du visiteur intempestif et dérangeant. La tonalité change : après le drame de la misère, la comédie du parasitisme. Le Renard n’en est pas, comme la Cigale, à ses débuts : elle échouait, il réussit. La Fourmi voyait clair. La sottise et la vanité aveuglent le Corbeau, dupe idéale et victime toute désignée pour le chevalier d’industrie. Le Corbeau est mortifié, mais n’en mourra pas. Il avait dérobé le fromage. Il n’a pas volé qu’on l’en dépossède. Et le Renard, par son habile flatterie, a bien gagné de satisfaire son appétit de gourmet. L’honnêteté n’y trouve qu’à demi son compte, mais le tour est bon, la leçon méritée - et sera profitable, on peut l’espérer. 

2. La Cigale et la Fourmi
Imprévoyante, la Cigale a négligé d’amasser des provisions pour l’hiver. Elle en est bien punie quand arrive la mauvaise saison la voilà réduite à demander l’aumône. La Fourmi refuse de lui venir en aide, manquant au devoir d’assister une personne en danger. Mais ne se méfie-t-elle pas avec raison ? Car la Cigale de La Fontaine, après avoir crié famine, comme celle d’Esope, au lieu de mendier, propose un emprunt en bonne et due forme qu’à l’échéance elle ne pourra, bien évidemment, rembourser. Tentative d’escroquerie ? Marché de dupe ? On lui ferme la porte au nez. Elle ne méritait pourtant pas un tel accueil. Ne s’est-elle pas dépensée sans compter, jour et nuit, pour divertir gratuitement le premier passant venu ? Laquelle s’est donnée le plus de mal ? S’est montrée la plus désintéressée et généreuse ? Le poète ne le dit pas, mais son message, pour qui n’a pas le cœur sec, n’en prend que plus de force.

3. Le Loup et le Chien
Un peu plus loin, le Loup lui-même, convaincu par le Chien, se laisse presque tenter. Mais il se reprend, alerté juste à temps par une marque, suspecte sur le cou du Dogue, et s’enfuit, préférant sa farouche indépendance à la domestication dans la servitude : cette revendication du droit à la liberté tient une place essentielle dans le genre de la fable, qui permet aux faibles, sous le couvert de l’allégorie, de réagir contre la tyrannie des puissants. Mais elle correspond si bien à l’individualisme foncier de La Fontaine, à son goût profond pour la solitude et le repliement sur soi, qu’on ne s’étonne pas de la trouver plusieurs fois réaffirmée tout au long de ses Fables.

4. La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf
Le plaisant, ici, tient à la disproportion entre le batracien et le ruminant. L’élasticité d’une versification qui donne l’impression qu’elle s’époumone mime à merveille les vains efforts de la
Grenouille, baudruche qui finit par éclater pour s’être crue capable d’entrer en compétition avec le Bœuf : premier exemple de ces chimériques, nombreux dans les Fables, qui, non contents de leur condition, aspirent à s’élever dans la hiérarchie sociale ou rêvent de parvenir à la fortune, mais qui ne tardent pas à payer très cher le prix de leur folle prétention.

5. Le Loup et l’Agneau
Le carnassier surgit à nouveau, sous un tout autre éclairage, car il représente ici le prédateur à l’état sauvage, symbolisant la brutalité, la violence et le crime. Que sert à son interlocuteur de plaider non coupable ? Les preuves qu’il allègue de son innocence ne peuvent qu’exaspérer davantage contre lui son accusateur. La Fontaine suit le texte de Phèdre. La version qu’il en donne apparaît comme un modèle de fine et fidèle transposition. La leçon qu’elle illustre ne doit pas se lire comme un précepte que l’auteur approuve, mais comme un désolant constat : on ne réformera pas le monde?; la force et le droit risquent fort de ne s’accorder jamais.

6. Le Renard et la Cigogne
Une plus anodine comédie se joue, cette fois, en deux actes à la fois symétriques et délicatement contrastés. D’un côté, on garde à dîner la visiteuse occasionnelle?; point de préparatifs particuliers. Elle partagera l’ordinaire de son hôte, qui se charge lui-même du service et ne songe pas à lui demander s’il ne lui manque rien. De l’autre, une maîtresse de maison ulcérée de cette réception et préparant avec soin sa vengeance. Elle n’oublie rien, ni l’invitation à l’avance, accueillie avec empressement par le Renard, qui ne se doute pas de ce qui l’attend, ni le choix d’un excellent menu si bien préparé qu’à l’odeur seule on le sent alléchant, ni la table mise avec goût, ni le personnel nécessaire pour en assurer impeccablement le service. Quelle déception de repartir le ventre vide, mortifié plus que le Corbeau naguère par cette sévère leçon de savoir-vivre !

7. Le Chêne et le Roseau
La Fontaine, on vient de le voir a “fait parler le Loup et répondre l’Agneau.” Mais voici bien tout un autre tour de force. Car il a “passé plus avant” : “les Arbres et les Plantes” sont devenus chez lui “créatures parlantes” : “Qui ne prendrait ceci pour un enchantement ?” Possédant des charges dans l’administration des Eaux et Forêts, il connaît de longue date la végétation qui borde les étangs et celle qui pousse dans les bois de sa province natale. Il sait, sinon les peindre, du moins les évoquer avec puissance en quelques vers inoubliables. Mais, faculté plus précieuse encore qu’il doit à son imagination de poète, il sait comprendre et traduire en “langue des dieux” ce qui se dit de plus secret entre tout ce qui vit d’une obscure et mystérieuse existence dans la nature. Il n’en va pas pour le monde végétal autrement que chez les animaux et les hommes. On trouve là comme ailleurs des orgueilleux pleins de morgue ou de superbe, qui se croient assez forts pour tenir tête à la tempête, comme le Chêne, et des humbles, comme le Roseau flexible, qui résistent finalement mieux grâce à la souplesse avec laquelle ils s’inclinent au gré des vents.

8. Le Lion et le Moucheron
Variation, chez les animaux, sur un thème assez semblable à celui qu’on vient de rencontrer dans la fable précédente : Le plus faible, cette fois encore, l’emporte sur le plus fort. Ne méprisons donc jamais un adversaire, même le plus inoffensif en apparence : Le Lion, provoqué par l’irritant Moucheron, sort épuisé de son combat contre un ennemi que son infime petitesse, jointe à sa mobilité, rend invulnérable, parce qu’il échappe aux griffes du fauve, qui ne réussit qu’à se mettre en sang. Que le vainqueur, cependant, ne s’enivre pas trop de sa victoire. Une toile d’araignée l’attend, dont il ne parviendra pas à se dépêtrer, et qui préfigure le filet dans lequel, deux fables plus loin, ira se prendre le Lion.

9. Le Renard et le Bouc
Avec le Bouc, nouveau personnage, dont le fabuliste, en trois coups de crayon, s’amuse à cerner d’un trait sûr, le profil – cornes, nez, et plus loin barbe – plus besoin de se gêner : il porte sur son visage sa sotte crédulité. Cheminer de front avec le Renard ! Il devrait se méfier... La soif les prend?; un puits se présente?; ils y descendent. Le Renard, fertile en ressources, a, d’avance, tout prévu, mais il n’en a rien laissé voir. Le Bouc lui servira d’échelle?; ensuite, adieu : qu’il se débrouille tout seul pour se tirer de là. Non seulement il ne soupçonne pas la fourberie, mais il applaudit à
l’ingéniosité du stratagème. Saura-t-il profiter de la leçon et se montrer plus prudent à l’avenir ? On en doute, mais il n’importe. La Fontaine infléchit la fable vers le registre de la farce, et son Renard annonce le Scapin de Molière, qu’il ne précède que de trois ans.

10. Le Lièvre et les Grenouilles
La Fontaine montre ici les deux faces de son talent : il pénètre à l’intérieur de son personnage quand il s’efforce d’imaginer l’inquiétude fébrile du Lièvre qui, se croyant traqué, reste continuellement aux aguets, et réussit merveilleusement à la peindre. Il ne sait pas moins donner à voir, par la ligne mélodique de ses vers, les sauts des Grenouilles, mises en fuite par l’irruption de l’intrus. Stupéfait de provoquer une telle panique, il se croit guéri de ses terreurs. Du moins pour un instant, car au moindre bruit, repris par son affolement, sans doute serait-il déjà loin.

11. Le Lion amoureux
Cette fable, composée tout entière en vers de huit syllabes, est précédée d’un prologue qui l’offre à Mademoiselle de Sévigné, fille de la célèbre épistolière. Elle est donnée comme contant une histoire datant d’une époque fabuleusement ancienne, où les bêtes et les hommes conversaient ensemble et vivaient sur un même pied. Rien d’étonnant à voir un Lion de noble naissance demander la main d’une Bergère dont il s’est épris. Aveuglé par l’amour, il accepte que lui soient limées les griffes et les dents. L’ayant rendu parfaitement inoffensif, on peut le livrer sans danger aux Chiens, de sorte que le voilà victime de son imprudence. La Fontaine, bien entendu, n’a situé sa fable dans un passé reculé que pour donner le change sur les allusions qu’on y discerne ou devine à la plus immédiate actualité : de quoi peut-être effaroucher un peu Mademoiselle de Sévigné, mais réjouir à coup sûr sa mère, à qui ne déplaisent pas les sous-entendus un peu malicieux.

12. Le Loup et la Cigogne
Le Loup s’est étranglé avec un os, pour avoir mangé trop vite. La Cigogne, complaisamment, accepte de lui rendre service?; son long bec lui permet d’extraire, comme par une intervention chirurgicale, l’objet qui forme bouchon. Imprudence encore : car elle s’est jetée, littéralement, dans la gueule du Loup, dont il faut bien convenir que la reconnaissance l’étouffe bien moins que l’os cause de tout le mal... Fable courte, qui, par sa brièveté, s’apparente à l’épigramme.

13. Le Renard et les Raisins
Fable encore plus amenuisée que la précédente : un Renard voit une grappe de raisin, se rend compte qu’il ne peut l’atteindre, y renonce, et sauve la face, en déclarant qu’il n’en voudrait pas s’il pouvait la prendre. Épigramme, en ce qu’elle débouche sur un bon mot, qui sert de pointe, juste avant le vers qui contient la moralité sous forme d’une question : face à l’impossible, à quoi bon s’obstiner et se lamenter ? Mieux vaut en prendre son parti, ou du moins le simuler… Mais fable proche aussi du genre qu’on appelle emblème, formé d’une image plus ou moins allégorique, suivie d’un commentaire pour en expliquer le sens : presque point d’action et nulle péripétie pour modifier la situation initiale.

14. Le Renard ayant la queue coupée
Fable inverse en quelque sorte à celle du Geai : mutilé, le Renard voudrait ravaler à son niveau tous ses congénères. Proposition accueillie par de légitimes huées, par une réaction comparable à celle des Paons.

15. La Belette entrée dans un grenier
Encore une imprévoyante : convalescente, la Belette s’introduit dans un grenier où sont emmagasinées des provisions, pour y reprendre des forces, sans songer qu’elle allait risquer, ayant engraissé, de ne plus pouvoir se faufiler par le chemin qu’elle avait pris pour entrer. Allusion à l’actualité : on jugeait, à l’époque, des financiers scandaleusement enrichis, que l’on obligeait à rendre gorge.

16. La Poule aux œufs d’or
Une poule qui pond des œufs d’or ? Nous voici tout près de Perrault et de ses contes (à cette époque encore à venir). On conçoit que La Fontaine ait pu dire : “Si Peau d’Ane m’était conté, J’y prendrais un plaisir extrême”, car cet âne-là remplissait perpétuellement aussi d’écus la bourse du roi son maître?; la pauvre bête fut tuée, mais pour d’autres motifs que la Poule de la fable, victime d’un Avare qui, stupidement, met à mort le précieux volatile pour s’emparer du magot qu’il croit contenu dans ses entrailles. L’Harpagon de Molière, qui paraît pour la première fois sur la scène l’année même où fut publiée cette fable, ne s’y fût pas si grossièrement trompé. Mais les personnages de La Fontaine, incorrigibles rêveurs, donnent tête baissée dans toutes les chimères.

17. Le Geai paré des plumes du Paon
La Fontaine tire de cette fable une application moins morale que littéraire. Il fustige les plagiaires, “peuple imitateur” qu’il n’a jamais aimé. Les plumes des Paons, pour lui, s’identifient à celles des écrivains talentueux que l’on pille et que l’on copie. Mais la moralité présente une portée plus générale, car elle dénonce tous les arrivistes et les imposteurs qui cherchent à se pousser dans le monde sous de faux-semblants, comme il n’en manque pas à l’époque du poète, période propice à la mobilité sociale, où beaucoup aspirent à passer pour de plus noble extraction, de plus haut rang, à se donner pour plus riches, voire plus dévots (ainsi que le Tartuffe de Molière) qu’en réalité. Découverts, ils sont bafoués comme le Geai.

18. Le Cheval et le Loup
Pour approcher le Cheval sans danger, le Loup se présente en médecin venu proposer ses services. Mais son interlocuteur ne feint d’entrer dans son jeu que pour lui décocher une terrible ruade. Moralité : chacun à sa place. Et restons nous-mêmes : costume ou profession d’emprunt, la supercherie ne réussit pas mieux au Loup qu’au Geai.

19. La Montagne qui accouche
Beaucoup de bruit pour un résultat dérisoire. La leçon, restreinte à la littérature et particulièrement à la Poésie héroïque, vise à la fois l’emphase traditionnelle de l’ouverture dans les poèmes héroïques des Anciens et le médiocre succès des épopées modernes, assez nombreuses, publiées en France à l’époque de La Fontaine, telles que, sur Jeanne d’Arc et la guerre de cent ans, La Pucelle de Chapelain, longtemps attendue comme un chef-d’œuvre, mais tombée dans le discrédit presque aussitôt qu’en furent imprimées les douze premiers chants. Ne vaut-il pas mieux annoncer modestement, comme le fabuliste qu’on va chanter les humbles “héros dont Esope est le père”, quitte à s’élever progressivement jusqu’à la plus haute et la plus pure poésie ? La fable s’infléchit ici, comme dans celle du Geai, vers le genre de la satire, telle que la pratique Boileau, mais la portée de sa morale s’étend implicitement à tous les fanfarons : il ne faut jamais commencer par dire?: “Vous allez voir ce que vous allez voir”, car immanquablement, on ne pourra que décevoir.

20. Le Cocher, le Chat et le Souriceau
La fable met en garde contre les jugements précipités, car il peut arriver que les apparences nous trompent. La Fontaine en fournit ici l’amusante démonstration. Le regard neuf porté sur le monde environnant par quelqu’un qui, né depuis peu, le découvre, risque, par inexpérience de l’induire en erreur au point que la feinte tranquillité de son pire ennemi le rassure tandis qu’il prend peur à la vue d’un animal très différent de lui par son aspect, agité, bruyant, et pourtant bien moins à craindre. Sa mère le détrompe. A l’avenir il n’oubliera plus de se méfier.

21. Les Animaux malades de la peste
Dix ans se sont passés entre la publication de la fable précédente et de celle-ci, qui sert d’introduction au “second recueil” du fabuliste. Sa manière a pris davantage d’ampleur?; les sources qu’il utilise se sont diversifiées. Sa provision de traits familiers tend à s’épuiser?; “d’autres enrichissements” les remplacent. La moralité, souvent, se concentrait dans un vers-proverbe. Moins impersonnellement formulée, elle prend souvent ses aises et s’autorise de plus longs développements. Il suffit, pour que les différences résultant de cette évolution dans sa manière sautent aux yeux, de comparer avec cette fable liminaire celle de la Cigale et de la Fourmi, qui tenait la place correspondante dans l’in-quarto contenant les six premiers livres. Au lieu de deux infimes insectes, on trouve ici le bestiaire au grand complet. On reconnaît presque d’emblée les Loups et les Renards, que n’a pas épargné l’épizootie, mais qui n’en sont pas moins, presque d’entrée, peints au naturel, comme les dangereux prédateurs que l’on connaît, toujours à l’affût, en temps normal, d’innocentes créatures, aussi douces que les tendres Tourterelles. Ils vont pourtant subir d’importantes transformations : le Renard, désormais, parle en courtisan qui sait toutes les finesses du métier. Le Loup n’emporte plus ses proies au fond des bois “sans autre forme de procès”. Il s’est donné le minimum d’instruction nécessaire pour usurper le rôle qui revient, dans les tribunaux, au ministère public. Et le Lion, de même a pris la majesté d’un monarque absolu qui, dans un moment de crise, a convoqué les Etats généraux de son royaume. Leurs instincts carnassiers demeurent, mais sous un vernis de politesse et de civilisation. On sent tout proche Versailles, tel qu’il allait devenir sous peu, quand La Bruyère et Saint-Simon le peindront. L’Ane même essaie d’imiter la désinvolte confession de l’Ours, du Tigre et des “autres puissances”?; mais il est demeuré naïf et sa sincérité trop scrupuleuse le perdra : il détonne en ce milieu, donc il sera sacrifié, victime chargée, pour une “peccadille”, d’expier tous les crimes et les péchés du monde.

22. Le Rat qui s’est retiré du monde
Cette humanisation plus poussée des personnages animaux et la référence à l’actualité de l’époque se retrouvent ici : le Rat qui se creuse un domicile dans la sphéricité d’un fromage représente allégoriquement un ermite. Il reçoit des députés qui recueillent des fonds pour la délivrance d’une ville assiégée par un envahisseur que symbolise naturellement l’armée des Chats. Le religieux refuse toute contribution à cette collecte, autre que ses prières. A travers lui, le fabuliste, sous un travesti oriental de derviche, vise le clergé régulier, peu pressé de participer au financement d’une guerre européenne qui sévit alors et commence à coûter cher. La fable elle-même se mobilise pour dénoncer ce manque de solidarité publique.


CD 2
1. Le Lièvre et la Tortue
La Tortue défie le Lièvre à la course. Le pari paraît stupide. Elle finit par le gagner pourtant, à force de ténacité patiente, et surtout parce que le Lièvre, trop sûr de sa rapidité, n’a, par insouciance, pas assez tôt pris le départ. Lequel des deux, en fin de compte, s’avère le plus lambin ? Gardons-nous de croire trop facilement à notre succès. Et La Fontaine lui-même, qui se donne et qu’on prend pour un aimable nonchalant, aurait-il écrit tant de si parfaits chefs-d’œuvre, s’il n’avait dissimulé sous un air de musardise, la longue persévérance d’un travailleur acharné : “papillon du Parnasse”, mais en même temps et plus peut-être encore “semblable aux abeilles” qui butinent inlassablement.

2. Le petit Poisson et le Pêcheur
Second exemple de fable mixte, où les animaux discutent avec les hommes, car “tout parle” en l’ouvrage du poète, “et même les poissons”. Le “Carpillon “demande la vie. Celui qui l’a pêché ne se montre pas si bête : il la lui refuse (enfreignant d’ailleurs la loi - bien connue de La Fontaine, appelé par ses fonctions à juger les contrevenants - qui prescrit de rejeter les poissons n’ayant pas atteint leur taille normale) avec une impitoyable cruauté, que masque le ton enjoué du récit. Qu’en pensent les lecteurs amis des animaux, les écologistes ?

3. Le Héron et la Fille
Ici, plus de superposition ni de fusion entre les animaux et les hommes. Une scission s’opère, qui range d’un côté la faune, de l’autre ses homologues humains. Le plaisant de l’ensemble tient au parfait parallélisme des deux volets dont le diptyque est ainsi formé. Au manque d’appétit chez l’échassier devant l’abondant vivier qui constitue son garde-manger, correspond l’indifférence méprisante témoignée par la trop difficile fille à marier envers ses prétendants. Mais, à mesure que s’écoulent, pour l’oiseau, les heures, et pour la jeune personne qui lui sert de pendant, il devient toujours plus urgent de se décider, si l’on ne veut pas se passer de déjeuner ou finir ses jours dans le célibat. Or plus on attend, plus il faut rabattre de ses exigences, bien heureux encore de tomber sur un escargot pour calmer sa fringale, ou de terminer ses jours en compagnie d’un époux gringalet et grincheux. Comment ne pas penser à la Grande Mademoiselle, cousine de Louis XIV, qu’elle avait ambitionné d’épouser, avant de manquer, sans regret, plusieurs mariages avec d’autres têtes couronnées ou des princes de la plus haute noblesse et finir par ne plus trouver mieux qu’un simple gentilhomme tel que Lauzun.

4. Le Savetier et le Financier
Content de peu, philosophe sans le savoir, “Sire Grégoire”, dans son échoppe, s’égale aux sages les plus réputés de la Grèce ancienne. Il se laisse pourtant éblouir par la somme, énorme à ses yeux, que lui donne son riche voisin, fatigué d’être importuné tous les matins, par ses chansons, de trop bonne heure. Le Savetier s’aperçoit vite qu’il y perd plus qu’il n’y gagne. Il devient inquiet, soupçonneux à son tour, il ne dort plus. Estimant sa tranquillité d’esprit plus précieuse que la fortune, il n’hésite pas et restitue au donateur les cent écus qu’il a reçus de lui. La Fontaine, sans le dire explicitement, le comprend et l’approuve, logé lui-même, vers l’époque où cette fable est publiée, dans un grenier ouvert à tous les vents, mais à l’abri de tout tracas.

5. La Laitière et le pot au lait
L’aimable Perrette n’aime pas perdre son temps. Pendant qu’elle se hâte vers la ville, elle échafaude, pour l’avenir, des plans. Elle se voit déjà fermière, tant elle y pense intensément. Elle ne suppute plus : elle rêve tout éveillée. Un instant d’inattention, et sa marche, déjà légère, devient danse. Il n’en faut pas plus pour qu’elle renverse tout son lait, qu’elle porte sur sa tête, selon l’usage dans la région parisienne au temps de La Fontaine. Sa perte entraîne l’écroulement de ses projets, aussi fragiles qu’un château de cartes et dangereusement prématurés. Le poète ne s’apitoie pas plus que de raison sur sa déconvenue et même il en sourit. Il devrait, dans la moralité, blâmer son étourderie. Mais qui se sentirait le cœur de lui jeter la pierre ? et qui ne lui ressemble, à commencer par le fabuliste lui-même, à qui sa distraction bien connue vaut de se voir classer parmi les “grands rêveurs” ? Oubliant la leçon d’attention toujours vigilante qu’il s’apprêtait à donner, il ne peut se retenir de célébrer la captivante griserie d’une imagination qui s’abandonne à ses vagabondages.

6. Le Laboureur et ses Enfants
Point d’animaux, cette fois, mais un Laboureur, enrichi par son travail, qui veut, avant de mourir, en inculquer à ses fils le goût et les accoutumer à l’effort. Les leurrant par l’espoir de dénicher un trésor pour leur donner du cœur à l’ouvrage, il ne leur ment pas totalement : pas de revenus plus solides et plus sûrs que le rendement de la terre, à condition qu’on ne ménage pas sa peine pour la cultiver. Même après sa transplantation à Paris, La Fontaine est resté jusqu’à sa fin, dans l’âme, un homme des champs plutôt que des villes.

7. Le Chat, la Belette et le petit Lapin
Le modeste terrier de “Janot Lapin”, de même, devient son “palais”, objet de litige avec la Belette, qui prétend l’en expulser à son profit. Le Chat, plus hypocrite et “chat-fourré” que jamais, pris imprudemment par eux comme arbitre de leur dispute, les dévore dès qu’ils se trouvent à sa portée. La fable, gaie, vivante, d’une fine vérité, mérite, d’un bout à l’autre, de compter parmi les meilleures. Mais on en retient surtout l’évocation de la garenne au petit matin, odorante et fraîche. Rarement on a su peindre la simple nature avec tant de grâce, de légèreté, de délicatesse en si peu de vers.

8. L’Ours et les deux Compagnons
Autre variété de chimériques : ceux qui spéculent sur un bien qu’ils ne possèdent pas encore et dont ils risquent fort de ne jamais s’emparer, faute du courage qui leur manque devant le danger. Le contraste entre le bagout avec lequel ils vantent leur marchandise, puis leur affolement et leur panique en présence de la bête encore sur pied rend cette fable aussi plaisante et même plus finement mise en scène et contée qu’elle ne l’eût été dans un fabliau du Moyen Age ou dans une farce.

9. L’Ane et le Chien
Fable on ne peut plus conforme au type traditionnel : sujet très simple?; personnages déjà maintes fois rencontrés?; moralité formulée d’entrée, reprise à la fin. Une discordance, toutefois : l’Ane sort de son caractère habituel?; têtu souvent, il refuse rarement ses services. Et le Chien, pour se venger de lui, sourd pour une fois à son instinct, ne prend pas sa défense contre le Loup. Le récit, œuvre d’un humaniste italien, est arbitrairement construit en fonction de la moralité que son auteur se propose d’illustrer. Cette leçon elle-même diffère quelque peu des conseils habituellement donnés par l’apologue de type ésopique, fondés le plus souvent sur le seul intérêt personnel. Certes, l’Ane périt pour n’avoir pas voulu se déranger, pendant son repas, pour le Chien : mauvais calcul. Mais La Fontaine, définissant l’entraide comme une loi naturelle, par conséquent comme un devoir impératif auquel personne jamais ne doit manquer, ouvre la voie à des idées qui ne trouveront tout leur développement qu’à l’âge des Lumières.

10. Les deux Pigeons
Sans conteste, parmi les fables de La Fontaine, l’une des plus poétiques et des plus émouvantes?; des plus personnelles aussi. Elle suit pourtant assez fidèlement le modèle indien dont le fabuliste français s’inspire. L’amour qui lie tendrement le ramier voyageur à la colombe sédentaire, leur débat sur les plaisirs et l’utilité du voyage ou ses dangers, leurs adieux, l’orage qui force l’aventureux volatile à se réfugier dans un arbre, le “lacs” par lequel il est pris et dont il s’évade avec peine, le Vautour prêt à fondre sur lui, la fronde qui l’atteint et le laisse estropié, la douce émotion des retrouvailles, tout cela préexistait dans le texte qui sert de source, où le thème du voyage reléguait à l’arrière-plan le motif pourtant bien plus touchant de l’attachement passionné qui lie les deux personnages (même si l’un d’eux par ennui, veut quitter l’autre). On ne sait ici qu’admirer le plus, de la sobre vigueur avec laquelle sont peintes les différentes épreuves auxquelles est exposé successivement l’amateur d’horizons lointains, ou de la sûre et juste délicatesse dans l’analyse des sentiments. A cette accumulation de richesses vient se surajouter le commentaire final où le poète laisse en lui se prolonger la résonance de son récit. Il déconseille d’aller chercher si loin un bonheur chimérique, alors qu’un autre, incomparablement plus profond, nous attendrait près de nous, à condition qu’au lieu de le dédaigner nous prenions la peine de l’entretenir et de le cultiver avec assez de ferveur. Lui-même, adolescent, l’a découvert avec émerveillement. Il n’en garde que le souvenir, et le regret de l’avoir perdu, pour s’être montré volage en amours non moins qu’en vers. Trop tard, à présent ! Et pourtant, qui sait ? Bouleversante confidence qui s’achève sur cette note indécise entre un vague espoir et la mélancolie.

11. Les deux Coqs
L’imagination tient ce pouvoir de ce qu’elle grandit et poétise tout ce qu’elle touche. Le genre si prosaïque, à l’origine, de la fable s’en trouve transfiguré. Deux Coqs se battent dans un poul­ailler?: rien de plus trivial. Mais il n’est pas interdit de les grandir et les ennoblir assez pour les égaler aux héros de L’Iliade. La Fontaine passe vite. N’attendons pas de lui qu’il nous donne un poème épique : “Les longs ouvrages” lui “font peur”. Mais cette brève échappée suffit pour que l’humble apologue en soit comme illuminé.

12. Le Singe et le Léopard
Juxtaposée à la fable précédente, celle-ci ne lui ressemble guère à première vue. Elle entraîne le lecteur à la foire Saint-Laurent ou Saint-Germain, où se pressaient chaque année les Parisiens. On pouvait y voir aussi bien des fauves que des singes savants, et lire, placardées sur les baraques, des affiches où chaque bonimenteur vantait son attraction. Les badauds, ici, se bousculent chez le Léopard et chez le Singe. Mais, après avoir admiré le premier, on sort vite, tandis que par la variété de ses tours, le second retient la clientèle. Car il existe deux sortes de diversité, l’une tout extérieure, dont on se lasse rapidement, l’autre bien meilleure, parce qu’elle amuse avec esprit. On devine sans peine à laquelle va la préférence de La Fontaine. Mais le sujet de la fable porte moins sur cette diversification, délibérément cherchée par l’auteur des Fables, afin de se renouveler et de ne pas se répéter, qu’il ne concerne le motif de l’ennui suscité par la monotonie. Or le thème apparaissait déjà dans Les deux Pigeons. Pourquoi l’un d’eux veut-il partir ? Parce qu’il se sent mal “au logis”. Comment l’y retenir, sinon en essayant de paraître à ses yeux sous un aspect “toujours divers, toujours nouveau”. Il n’existe aucun autre moyen de plaire durablement.

13. L’Ane et ses Maîtres
L’Ane, mécontent de son sort, obtient d’en changer, mais à son dam, car il quitte un maraîcher pour un équarrisseur et finit par échouer dans le charbon de bois. Mais ne ressemblons-nous pas tous à cet éternel insatisfait ? Ne vaudrait-il pas mieux accepter sa condition présente et se résigner à subir ses inconvénients ?

14. Les Femmes et le Secret
Un mari, pour mettre à l’épreuve la discrétion de sa femme, lui donne à croire qu’il vient de pondre un œuf. L’épouse, un peu sotte, ne songe pas un instant à mettre en doute cet événement, mais, bien qu’elle ait juré de garder le silence, elle brûle de répandre la nouvelle qui, dès le lendemain, ne manque pas d’être grossie dans des proportions extravagantes. Conte facétieux plutôt que fable, et sans réelle malignité, qui nous rappelle, discrètement, ce qui risque de se produire si l’on ne sait pas tenir sa langue.

15. La Tortue et les deux canards
Aucune des Fables n’aide mieux à comprendre pourquoi cette œuvre garde, après plus de trois siècles, toute son actualité. Elle préfigure en effet aussi bien les liaisons transatlantiques par la voie des airs, que les arguments publicitaires utilisés par les agences de tourisme. A l’époque où Roberval inventait sa célèbre balance, notre poète imaginait, avant un Jules Verne, le principe du bimoteur. Mais, comme le genre exige une leçon morale, La Fontaine met en garde ses lecteurs contre la double ivresse de l’altitude et de la vitesse. La Tortue, qui rampe d’habitude avec l’équivalent d’une caravane sur le dos, préfère évidemment l’avion, mais sa vanité d’inaugurer un moyen de locomotion aussi nouveau lui tourne la tête et, jointe à sa démangeaison de parler, cause sa perte. Aurait-elle, sans cet accident, franchi l’Océan, grâce à cet appareil rudimentaire ? On ne le saura jamais. Il est cependant permis d’en douter. A quoi bon, au reste, s’en préoccuper : le charme propre de la fable tient à son caractère fabuleux, dans un espace intermédiaire entre le faux et le vrai, dépourvu de toute pesanteur, pour qu’on y puisse plus librement rêver.

16. Le Lion et le Rat
Cette fable forme couple avec La Colombe et la Fourmi, pour illustrer l’idée que la bienveillance ou la bienfaisance, exercées sans qu’on en escompte aucun profit, peuvent néanmoins nous valoir un précieux secours pour nous tirer à notre tour d’embarras. Mais, de ce diptyque, le premier volet complète aussi la leçon donnée par la fable du Moucheron, d’abord parce qu’on y retrouve le Lion, ensuite parce qu’il montre qu’on ne doit pas plus dédaigner d’attacher à soi par pure générosité des personnes dont nous n’attendons rien en retour, que s’en aliéner d’autres par mépris parce qu’on se croit en droit de n’en rien craindre de grave. Ainsi se tisse entre les fables une trame beaucoup plus serrée et complexe qu’il ne parait de prime abord. Le Lion, cette fois, épargne le Rat, qui le délivre amusant échange de bons procédés. Mais la Colombe et la Fourmi se sauvent mutuellement la vie : gradation dans la gravité du danger, d’où résulte qu’on passe du burlesque léger, dominant dans Le Lion et le Rat, au pathétique discret de La Colombe et la Fourmi. Une fable au masculin suivie d’une autre apparentée, mais mise pour ainsi dire au féminin : même effet qu’entre La Cigale et la Fourmi d’une part, Le Corbeau et le Renard de l’autre. Mais la modulation s’opère en sens inverse.

17. Plage musicale
Jean-Pierre COLLINET
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS / GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI

Réalisation : Olivier Cohen
Production : Claude Colombini Frémeaux
Illustrations : gravures de Gustave Doré


«?Michel Galabru et Jean Topart apportent à la musicalité des vers du fabuliste, la séduction de leur voix respective. Deux timbres caractéristiques, signatures vocales de deux des plus grands comédiens de leur génération qui témoignent de la maîtrise d’un art inimitable et consommé de la diction. Avec, en intermèdes, des musiques d’époque pour flûte traversière baroque, théorbe et viole de gambe, signées Couperin, Hotteterre, Forqueray, Marin Marais et Robert de Visée.?» 
Centre France

«?Si la sobriété sied à certains textes, d’autres, par leur truculence, appellent des lectures plus colorées. Les Fables de La Fontaine dites par Michel Galabru en sont un délicieux exemple.? 
 Alexis Brocas – Le Magazine Littéraire

«?‘‘Va-t-en chétif insecte, excrément de la terre ! C’est en ces mots qu’un jour le lion parlait au moucheron.’’ Michel Galabru et Jean Topart racontent les fables de La Fontaine. Les voix des comédiens valent toutes les illustrations, et puis la musique offre des respirations aux textes. Flûte traversière, théorbe et viole de gambe s’immiscent entre les fables pour restituer l’atmosphère du XVIIe siècle.?»
 Laurence Jousserandot – France Info

Ecouter LES FABLES DE LA FONTAINE  par MICHEL GALABRU ET JEAN TOPART(livre audio) © Frémeaux & Associés 2012 Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.

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