Fremeaux.com
GUS VISEUR
1942-1952
l'accordeon musette elevé au rang des beaux arts









GUS VISEUR et son ensemble
1. Swing 43 (Fox) (Lucien Legrand) 2’49
78t. COLUMBIA DF 2951 - (CL 7682-1)
23 Septembre 1942

2. Odette (Valse) (Gus Viseur) 3’02
78t. COLUMBIA DF 2983 - (CL 7778-1)
2 Juillet 1943

3. Nuages (Slow) (Django Reinhardt) 3’01
78t. COLUMBIA DF 2915 - (CL 7651-1)
23 Septembre 1942

4. Différente (Valse) (Gus Viseur) 2’17
78t. COLUMBIA DF 2983 - (CL 7773-1)
2 Juillet 1943

5. L’Africain (Fox) (Harry Frékin, Gus Viseur) 3’02
78t. RYTHME D 2127 ( 16577) 5 Mai 1943

6. Gus blues (Slow) (Gus Viseur) 3’09
78t. SWING SW 169 - (OSW 362 - 1)
8 Juillet 1943

7. A tout va (Valse) (Gus Viseur et Géo Andy) 2’12
78t. PACIFIC 1129 - (AI 0733 - 2) 1948

8. Terry (Fox) (Gus Viseur) 2’53
78t. DECCA SB 9221 (F 1504) 18 Janvier 1946

9. Quinte floche (Valse) 2’10
(Tony Muréna et A. Lavignac)
78t. PACIFIC 1129 - (AI 0734 - 2) 1948

10. Body and Soul (Slow - fox) 2’45
(John W. Green) par l’ACCORDION’S CLUB
(Gus Viseur et Tony Muréna + guitare et basse)
78t. PACIFIC 1125 - (AI 0714 - 2) 1948

11. Zingarella (Valse) (Joseph Colombo) 2’09
78t. PACIFIC 1193 - (AI 0776 - 3) 1948

12. Volga (Valse)
(Joseph Colombo et Georges Ghestem) 2’20
78t. PACIFIC 1242 - (AI 0916 - 2) 1949

13. Luna rossa (Boléro) (A. Vian) 3’21
78t. DUCRETET-THOMSON X 8515 - (SEL 812) 1952

14. Soir de dispute (Valse)
(Gus Viseur et Jacques Morino) 2’29
78t. DUCRETET-THOMSON X 8197 (EN 216 B) 1951

15. Nocturne visite (Valse)
(Gus Viseur et Max Marie) 2’41
78t. DUCRETET-THOMSON X 8380 (SEL 633) 1952

16. Tu n’peux pas t’figurer (Slow-fox)
(Paul Misraki) 2’46
78t. DUCRETET-THOMSON X 8464 (SEL 745) 1952

17. Quinze mai (Valse) (Gus Viseur) 3’14
78t. DUCRETET-THOMSON X 8711 (SEL 1063) 1952

18. Filoche (Polka)
(Gus Viseur et Julien Peyronnin) 2’50
78t. DUCRETET-THOMSON X 8709 (SEL 1069) 1952

19. Janou (Valse)
(Gus Viseur et Tulio Vicentini) 2’55
78t. DUCRETET-THOMSON X 8709 (SEL 1066) 1952

20. Be-bop polka
(Fox-polka pour deux accordéons)
(Gus Viseur et Max Marie) 3’39
78t. DUCRETET-THOMSON X 8514 (SEL 809) 1952
Avec Loulou LEGRAND (accordéon)

Ce deuxième volume consacré à Gus VISEUR est le complément indispensable au CD paru en 1993 et réalisé par mon ami regretté Didier Roussin, lequel retraçait la première partie de la carrière discographique (de 1934 à 1942) de ce prestigieux accordéoniste. Les nombreux et fervents admirateurs de Gus VISEUR retrouveront ici vingt superbes enregistrements jamais réédités jusqu’à ce jour (à de rares exceptions) parus en 78 tours sur les labels Columbia, Swing, Rythme, Decca, Pacific et Ducretet-Thomson entre 1942 et 1952.

Trop tôt disparu en 1974, Gus VISEUR, familièrement appelé « Tatave » par ses amis et ses confrères musiciens, reste aujourd’hui encore l’une des figures les plus emblématiques de toute l’histoire de l’accordéon. A l’instar de Django Reinhardt, Stéphane Grappelli et de leur mythique Quintette du Hot-Club de France, le nom de Gus VISEUR est immédiatement associé à la fine fleur du jazz français particulièrement en honneur durant les années noires de l’Occupation. S’il fut l’un des premiers accordéonistes français à improviser sur les thèmes de jazz et les grands standards américains, efficacement accompagné par les meilleurs guitaristes manouches, Gus VISEUR fut aussi le maître incontesté de la valse-swing exécutée sur un accordéon rigoureusement accordé sans aucune vibration. Dans cette voie il fut rapidement suivi par Tony Muréna, Charley Bazin, Jo Privat, Emile Carrara et quelques autres, mais ceci est une autre histoire.

Gustave, Joseph VISEUR est né le 15 mai 1915 à Lessines dans la province du Hainaut (Belgique). Son père Adolphe est mouleur de pierres, Alida, sa mère, est ménagère. Cadet de trois garçons, le jeune Gustave se passionne très tôt pour la musique et l’accordéon que son père pratique modestement en amateur. Plus doué que ses deux frères aînés, c’est en autodidacte qu’il parvient rapidement à d’excellents résultats. La famille Viseur vient se fixer en région parisienne en 1922 et c’est auprès d’un professeur de Suresnes que Gustave prend sérieusement ses premières leçons de solfège et d’accordéon. Les résultats sont tels qu’à l’âge de huit ans, au côté de son père, il est l’un des deux accordéonistes du « Jojo-Jazz », un ensemble de quatre musiciens qui anime des petits bals locaux. A la mort de son père, afin de permettre à la famille de survivre, notre jeune accordéoniste se produit tout d’abord sur les marchés de la région parisienne et dans les cafés de Belleville, avant de débuter sa carrière professionnelle dans les bals musette de la capitale : le Bal Pouyet (près de la rue de Lappe), le Petit Jardin (de l’Avenue de Clichy), les Bals Myrha, Polonceau et Tholozé (tous les trois situés dans le 18ème arrondissement).

En 1934, suite à sa rencontre avec l’accordéoniste Charley Bazin, Gus VISEUR commence à se passionner pour le jazz et la même année, déjà sous son nom, il enregistre deux standards « Dinah » et « Some of these days » pour le petit label Pagode. Chez Polydor et toujours en 1934, c’est avec Médard Ferrero qu’il grave tout d’abord en duo d’accordéons : « L’étin-celle » (polka) et « Dalinette » (mazurka). En septem-bre 1935, il retourne au studio pour enregistrer six titres en soliste dont sa magnifique composition, la valse « Gracieusette ». Le virtuose Médard Ferrero, d’autre part éminent pédagogue, avait amicalement surnommé Gus VISEUR « le tricheur », en raison de son utilisation de certains doigtés peu conformes à l’enseignement rigoureux pratiqué par le maître. Sensiblement à la même époque, Gus VISEUR a enre-gistré une dizaine de faces pour les petits labels Excelsior, Gladiator, Discum et Idéal, dans un répertoire facile et populaire, bien loin des superbes réalisations qui, un peu plus tard, allaient le révéler comme le meilleur accordéoniste-swing de plusieurs générations. On retrouve Gus VISEUR avec Médard Ferrero et ses Clochards (sic), telle était l’appellation de cette petite formation sur les étiquettes des 78 tours Polydor, puis avec Louis Ferrari dans les dancings de Pigalle : l’Ange Rouge et le Chantilly, ainsi qu’avec le pianiste-tanguiste Ramon Mendizabal en jouant très adroitement du bandonéon. Dans ces différents établissements, il côtoie les meilleurs guitaristes gitans de l’époque : Django Reinhardt (avec lequel hélas il n’enregistrera jamais) et les Frères Ferret (Pierre dit « Baro », Jean dit « Matelot », Sarane et Challin) qui lui ouvrent les portes du Hot-Club de France que dirigent Hugues Panassié et Charles Delaunay. Ce dernier, pourtant très réservé quant à l’emploi de l’accordéon dans le jazz, lui permet d’enregistrer, en 1938, quelques disques sur le label Swing qu’il a fondé l’année précédente. Douze titres seront ainsi gravés dont quatre seulement seront édités. A partir de décembre 1938 et durant toute l’année 1939, Gus VISEUR enregistre pour Columbia 34 faces en soliste de l’Orchestre Victor dirigé par le pianiste Boris Sarbek ; pour 18 titres de ces séances, les refrains sont chantés par une certaine Lucienne Delyne qui, un an plus tard, prendra définitivement le pseudonyme de Lucienne Delyle. 1940 est l’année où, anonymement et non crédité sur les étiquettes des 78 tours Polydor, Gus VISEUR enregistre 32 titres avec l’Orchestre Musette Swing Royal dont le trompettiste Philippe Brun, le clarinettiste-saxophoniste André Lluis et le guitariste Gino Bordin font aussi partie. En août 1940, Gus VISEUR retrouve les studios de Pathé-Marconi où, sur les labels Columbia et Swing, vont paraître durant les années de l’Occupation et jusqu’en 1945, soixante-dix faces où ses légendaires valses-swing alternent avec ses merveilleuses improvisations sur les standards de jazz et ses compositions personnelles sur tempo de fox. Durant ces années d’occupation, Gus VISEUR effectue de nombreux allers-retours entre Paris et la Belgique, son pays natal. C’est tout d’abord en janvier 1942 qu’il enregistre six faces pour Fonior-Decca avec le trompettiste belge Gus Deloof et une section rythmique parisienne. Lors d’un second passage à Bruxelles, le 5 mai 1943, six autres titres sont encore gravés, mais cette fois pour le label Rythme. Après la Libération, en 1946 et à nouveau chez Decca, dix enregistrements, sur lesquels nous reviendrons plus loin, seront réalisés. On note aussi sa participation à de nombreuses émissions radiophoniques : « le Club de l’Accordéon », avec ses amis Tony Muréna, Emile Carrara et Emile Prud’homme, ainsi que la célèbre rencontre musicale et amicale « Swing contre Mu-sette ». On devine aisément quelle était la tendance de Gus VISEUR. En 1948, partageant le catalogue accordéon avec ses amis Jo Privat et René Sudre, il signe avec les disques Pacific alors dirigés artistiquement par Pierre Hiégel. Vingt 78 tours vont ainsi paraître sur cette étiquette dont six sous la mystérieuse appellation de l’ACCORDION’S CLUB. Un peu plus tard, Gus VISEUR va débuter une longue série d’enregistrements pour les disques Ducretet-Thomson qui viennent de reprendre le catalogue Selmer. Sur les 76 faces parues sur ce label, l’essentiel du répertoire est constitué par la reprise des chansons populaires de l’époque. Toutefois, Gus VISEUR aura heureusement le feu vert pour réenregistrer quel-ques-unes de ses superbes compositions : « Sans rancune », « Soir de dispute », « Jeannette », « Lunatique »… mais hélas aucun thème de jazz, si ce n’est un sympathique « Tea for two ». A cette date, l’âge d’or de l’accordéon-swing semble définitivement révolu.

Dès lors et comme tous ses confrères, Gus VISEUR se doit d’animer des bals et soirées dansantes à travers la France, mais le cœur n’y est pas, confronté à un public habitué à l’accordéon à vibration et à la danse du balai, aussi préfère t-il, en 1955, avec Jeannette son épouse, ouvrir un petit magasin de disques au Havre. C’est aussi en 1955 que leur fille Josette épouse l’excellent accordéoniste-vibraphoniste Joss Baselli qui, hélas, devait nous quitter prématurément en 1982, victime d’une crise cardiaque. Dans la seconde moitié des années 50, Gus VISEUR est pressenti pour être l’un des accordéonistes du premier catalogue des disques Véga. Là aussi, les titres enregistrés sont majoritairement des succès populaires dans lesquels, malheureusement, il ne peut s’exprimer en de superbes envolées improvisées.

En 1960, Gus VISEUR et sa femme Jeannette vont s’installer tout d’abord à New-York où il accompagne la chanteuse Geneviève, puis au Canada où il sera engagé notamment pour des émissions télévisées à Montréal. Le couple Viseur est de retour en France en 1969. A Paris, notre accordéoniste retourne encore en studio le temps de quelques séances d’enregistrements chez Barclay en 1962, puis chez Vogue en 1969 et 1971 où avec le concours de Claude Civelli à la clarinette et efficacement accompagné par « Baro » et « Matelot » Ferret aux deux guitares, Jacques Petitsigne à la contrebasse et Roger Paraboschi à la batterie, Gus VISEUR peut enfin reprendre les valses immortelles de sa composition et les thèmes « jazzy » qu’il affectionne depuis toujours. Ces merveilleux enregistrements seront hélas les derniers réalisés par Gus VISEUR qui, beaucoup trop tôt, nous a quittés le 25 août 1974 à l’âge de 59 ans.

Cette seconde sélection consacrée à Gus VISEUR débute sur le vif tempo de « Swing 43 » (N°1) de Lucien Legrand et qui, curieusement, ne fut pas enregistré en 1943 mais le 23 septembre 1942, les chorus de clarinette étant assurés par André Lluis, son inséparable complice du début des années 40. Les valses « Odette » (N°2) et « Différente » (N°4), toutes deux composées par Gus VISEUR, furent gravées le 2 juillet 1943 avec une section rythmique comprenant Joseph Reinhardt et Joseph Sollero aux deux guitares et Maurice Speileux à la contrebasse. « Nuages » (N°3), le magnifique slow de Django Reinhardt se devait de figurer dans cette compilation, même si le solo de guitare (attribué par certains à Joseph Reinhardt, à Eugène Vees selon d’autres) (?) nous semble bien timide, voire maladroit, en regard des transcendantes improvisations de Django lors de ses multiples enregistrements de ce titre. « L’Africain » (N°5) fox composé par Gus VISEUR en collaboration avec le clarinettiste belge Harry Frékin est présenté ici dans sa première version enregistrée, l’une des six faces gravées à Bruxelles le 5 mai 1943 pour le label Rythme, avec précisément Harry Frékin à la clarinette, All Speel (Albert Spegel) au violon, Léon Demol à la guitare (plus tard il optera pour la trompette) et deux musiciens français : Jacques Petitsigne à la contrebasse (très souvent présent dans les enregistrements de Gus jusqu’en 1971) et André Jourdan à la batterie (il sera longtemps le batteur d’Aimé Barelli). Gus VISEUR réenregistrera « L’Africain » en 1949 chez Paci-fic, puis en 1952 pour les disques Ducretet-Thomson. Encore un fox mais gravé celui-là à Bruxelles le 18 janvier 1946 pour Decca : « Terry » (N°8). Gus VISEUR est entouré ici de Victor Ingeveldt à la clarinette (par ailleurs excellent saxo-ténor), Henri Segers au piano, Jean Donchamps à la guitare et Jean Beckand à la batterie. Précédemment, Gus VISEUR a gravé en France de nombreuses faces chez Columbia, mais aussi cinq faces (dont une restée inédite) pour l’étiquette Swing parmi lesquelles « Gus blues » (N°6), un slow de sa composition où André Lluis (au sax-ténor), Robert Mavounzy (au sax-alto) et le leader se partagent les chorus ; la rythmique est composée de Jean Ferret et Gaston Durand aux deux guitares et de Jacques Petitsigne à la contrebasse. Signalons au passage que Jacques Petitsigne, prendra dès le début des années 50, le pseudonyme de José Aguira pour enregistrer, sur différents labels, les classiques du tango et du paso-doble.

En 1948, Gus VISEUR a signé avec les disques Pacific où, jusqu’en 1949, paraîtront vingt 78 tours rarissimes aujourd’hui et jamais réédités sur CD. Aussi ai-je voulu présenter cinq faces éditées sur ce label, malgré la faiblesse parfois de certaines prises de son. Saluons ici l’excellent travail de restauration sonore effectué par mon ami Christophe Hénault du Studio Art et Son qui, pour chaque titre a rectifié au diapason la parfaite tonalité et l’équilibre des graves et des aigus de l’œuvre enregistrée. De la période Pacific, j’ai retenu les superbes valses « A tout va » (N°7) de Gus Viseur, « Quinte floche » (N°9) de Tony Muréna et deux compositions de Joseph Colombo « Zingarella » (N°11) et «Volga » (N°12). Le standard international « Body and soul » (N°10) qui inspira tous les grands solistes du jazz est interprété par l’ACCORDION’S CLUB, une petite formation qui, anonymement, réunit Gus VISEUR et son confrère et ami Tony Muréna, sobrement accompagnés d’une guitare et d’une contrebasse.

Parmi les 76 titres enregistrés chez Ducretet-Thomson, les nostalgiques des années 50 auront plaisir à réentendre le boléro « Luna rossa » (N°13), composé par un certain A. Vian qui, précisons-le, n’a aucun lien de parenté avec Boris Vian. Sur des paroles françaises de Fernand Bonifay, « Luna rossa » fut chanté et enregistré par Lucienne Delyle, Jean Marco (avec l’orchestre Jacques Hélian), Tino Rossi, Pierre Malar… Autre succès du début des années 50 : le slow-fox de Paul Misraki « Tu n’peux pas t’figurer » (N°16) ravira tous les danseurs. Cette admirable chanson est interprétée en français (et en anglais dans la version originale) par Suzy Delair dans le dernier film tourné par Laurel et Hardy « Atoll K » (1951) de Léo Joannon. Durant son contrat avec les disques Ducretet-Thomson, Gus VISEUR a heureusement eu l’opportunité d’enregistrer bon nombre de ses compositions parmi lesquelles j’ai choisi les valses « Soir de dispute » (N°14) en fa majeur, écrite en collaboration avec le pianiste Jacques Morino et précédemment enregistrée en 1938 chez Columbia, « Nocturne visite » (N°15) en do mineur et déposée à la SACEM en 1952, « Quinze mai » (N°17) en la majeur et également de 1952 dont une seconde version sera réalisée chez Vogue en 1969 et « Janou » (N°19) en collaboration avec le guitariste Tulio Vicentini et dont il n’existe que cet enregistrement. Enfin, sur un allègre tempo de polka dans le style musette traditionnel, puisque signée avec Julien Peyronnin : « Filoche » (N°18) et plus moderne, en duo avec son ami Loulou Legrand, autre brillant accordéoniste du catalogue Ducretet-Thomson, la sélection s’achève avec tout le brio de la joyeuse « Be-bop polka » (N°20).

Pour tous les passionnés du bel accordéon auxquels j’appartiens depuis toujours, Gus VISEUR, trop tôt disparu, reste l’exceptionnel novateur qui, dans les années 30 a introduit l’instrument à soufflet dans le monde du jazz alors réfractaire. Il reste aussi le maître incontesté de tous les accordéonistes adeptes des improvisations syncopées et de la valse-swing.
Dany LALLEMAND
© 2012 Frémeaux & Associés
Conception : Dany Lallemand
Disques originaux et photos collection Dany Lallemand.
Remerciements à Christophe et Céline Durand.


This second volume devoted to Gus Viseur is just as indispensable as the 1993 release compiled by my sorely-missed friend Didier Roussin, whose selection retraced the early recordings (1934-1942) made by the prestigious accordionist. In this new chapter, the musician’s many fervent admirers can now listen to twenty superb rare recordings – almost all of which have never been reissued before – which appeared between 1942 and 1952 on 78rpm records released by labels such as Columbia, Swing, Rythme, Decca, Pacific or Ducretet-Thomson.

Gustave «Gus» Viseur – known affectionately as «Tatave» by friends and musicians alike – passed away in 1974 (much too soon!) but is still remembered as one of the most emblematic figures in accordion-history. Like Django Reinhardt and Stéphane Grappelli, and their legendary Quintette du Hot-Club de France – Gus Viseur is a name one immediately associates with the best in French jazz, particularly the kind that was played during those dark war-years when France was occupied. Not only was Gus one of the first French accordionists to improvise over great American jazz pieces and standards (efficiently accompanied by some of the most gifted gypsy-guitarists); Gus was also an undisputed master of the swing-waltz, played on an accordion with strictly «dry» tuning (i.e. with no vibration between the reeds). He pioneered the genre and was quickly followed by Tony Muréna, Charley Bazin, Jo Privat, Emile Carrara and others. But that’s another story.

He was born Gustave Joseph Viseur on May 15th 1915 in Lessines, in the Belgian province of Hainaut. His father Adolphe was a stone mason, and his mother Alida raised their three sons: Gustave was the youngest, and developed a passion for music and the accordion at an early age thanks to his father, a modest amateur accordionist. Gus seemed more gifted than his elder brothers and taught himself to play the instrument very quickly, with excellent results. In 1922 the Viseur family moved to Paris, and Gustave took his first serious music-lessons – theory and accordion – with a teacher in Suresnes. By the time Gus was eight years old, he’d joined his father in a four-piece group (they now had two accordionists!) known as Jojo-Jazz, a familiar attraction at local dances. When his father died, Gus stepped in to help the family survive and began playing in local markets and cafés in the Belleville quarter, before finally making his official professional debuts in the musette dancehalls of the capital: the Bal Pouyet (near the Rue de Lappe), the Petit Jardin (on the Avenue de Clichy), or the 18th arrondissement trio of establishments called the Myrha, the Polonceau and the Tholozé.

In 1934, Gus met accordionist Charley Bazin and at once became interested in jazz; it became a passion. Before year’s end, Gus recorded the standards «Dinah» and «Some of these days» for the little Pagode label, and also recorded two duets with fellow-accordionist Médard Ferrero for Polydor: the polka «L’étincelle» and the mazurka «Dalinette». Ferrero, a virtuoso player who was also an excellent teacher, laughingly gave Gus the nickname «tricheur» [meaning a «cheat»], because his disciple’s fingering sometimes strayed a long way from the master’s exacting teaching-methods… Viseur returned to the studios in September 1935 to record six titles as a soloist, including his own magnificent composition, the waltz «Gracieusette». At around the same time, Gus recorded nearly a dozen sides for little labels like Excelsior, Gladiator, Discom and Idéal. The titles were easy and popular, and nowhere near as complex as the superb recordings which later revealed him to be the best swing-accordionist to come along for generations… Gus Viseur turned up again with «Médard Ferrero et ses Clochards» (sic), which was the name on the label of their little group’s 78s on Polydor, and then with Louis Ferrari in dancehalls in Pigalle – the Ange Rouge or the Chantilly – or with tango-pianist Ramon Mendizabal, this time with Gus skilfully playing a bandoneon. All these establishments saw him in the company of the greatest gypsy guitarists of the period: not only Django Reinhardt (sadly, he never recorded with him), but also the famous Ferret family – the three brothers Pierre («Baro»), Jean («Matelo») and Etienne («Sarane») Ferret, plus their cousin René («Challain») – who opened the doors of the Hot-Club de France to him. The Hot-Club was run by Hugues Panassié and Charles Delaunay, and the latter, even though he had misgivings about the accordion as a jazz instrument, gave Gus the chance to record in 1938 for the Swing label, which Delaunay had founded the previous year. Gus did twelve titles, but only four were released. From December 1938 until the end of 1939, Gus recorded for Columbia, and 34 sides resulted with Gus as the featured soloist of the Orchestre Victor led by pianist Boris Sarbek; on 18 titles from those sessions, the choruses were sung by a certain «Lucienne Delyne»: a year later, she definitively adopted the pseudonym Lucienne Delyle, and went on to become the most popular French singer of the Fifties.

1940 was the year in which Gus Viseur – he was either anonymous or simply unmentioned on the labels of Polydor’s 78s – recorded 32 titles with the «Orchestre Musette Swing Royal» (among its other members were trumpeter Philippe Brun, clarinettist/saxophonist André Lluis and guitarist Gino Bordin). In August that year Gus went into the Pathé studios where he recorded some 70 sides which appeared on the Columbia and Swing labels during the Occupation: they alternated legendary swing-waltzes with wonderful improvisations over jazz standards, and some of Viseur’s original fox-trot compositions. Between 1942 and 1945 Gus also made numerous trips back to his native Belgium: in January ‘42 he recorded six sides for Fonior-Decca with Belgian trumpeter Gus Deloof and a Parisian rhythm-section; on his second trip to Brussels (May 5th 1943) he recorded another six, this time for the Rythme label. After the Liberation, in 1946, again for Decca, came another ten recordings (of which more later). Gus also took part in numerous radio programmes, notably the «Club de l’Accordéon» (with his pals Tony Muréna, Emile Carrara and Emile Prud’homme), and the famous music-show called «Swing contre Musette». No prizes for guessing which style Gus favoured… In 1948, Gus signed with Pacific Records – sharing the accordion-catalogue with his friends Jo Privat and René Sudre – and worked with A&R Director Pierre Hiégel. No fewer than twenty 78s would be released on Pacific, six of them under the mysterious name «Accordion’s Club» (sic). Shortly thereafter, Gus began a long series of recordings for Ducretet-Thomson, the new owners of the Selmer catalogue. Of the 76 (yes, seventy-six) sides which appeared on this label, the lion’s share consisted of «covers» of period pop-songs, but the label had the good sense to allow Gus Viseur to re-record some of his own superb compositions: «Sans rancune», «Soir de dispute», «Jeannette», «Lunatique»… But no jazz piece, unfortunately, unless you count the nice version of «Tea for two». By now, the age of the swing accordion seemed to be over.

Like many of his peers, Gus Viseur found himself obliged to go back to playing at dances all over France. But his heart wasn’t in it: audiences were used to accordions with a lot more vibration to accompany those who went out to trip the light fantastic… So in 1955, Gus and his wife Jeannette decided to open a little record-shop in Le Havre. Incidentally, it was the same year in which their daughter Josette married the excellent accordionist and vibraphone-player Joss Baselli. In the second half of the Fifties Gus was approached to become one of the accordionists in Vega Records’ catalogue, but there again, the titles which Vega recorded with him were mostly popular hits, and Gus never had the chance to let his accordion fly into one of those improvisations which remained his secret… The Viseurs moved to New York in 1960 (Gus accompanied the singer Geneviève) and then to Canada, where Gus found work in television in Montreal. He and Jeannette returned to France in 1969, but not before Gus had done a few sessions for Barclay in 1962. In 1969 and 1971 he recorded for Vogue where, with Claude Civelli on clarinet, the two guitars of Baro and Matelo Ferret, plus bassist Jacques Petitsigne and drummer Roger Paraboschi, Gus could finally go back to some of the immortal waltzes he’d composed, and also the jazz pieces he’d always loved playing. They were sadly his last sessions; Gus passed away on August 25th 1974 at the age of 59.

This second anthology of Gus Viseur’s recordings begins with the quick tempo of Lucien Legrand’s Swing 43 which, strangely, given the title, wasn’t recorded in 1943 but on September 23rd 1942; the clarinet choruses are played by André Lluis, his inseparable partner since the turn of the decade. The waltzes Odette and Différente, both Viseur compositions, were recorded on July 2nd 1943 with a rhythm-section made up of guitarists Joseph Reinhardt and Joseph Sollero, plus Maurice Speileux on contrabass. Nuages (track 3) was a must for this compilation, even if the guitar solo on Django’s magnificent slow tune (attributed to Joseph Reinhardt by some, although others believe the guitarist was Eugène Vees) seems rather timid, even awkward, in comparison with the sublime improvisations you can hear in Django’s many versions of his title. Track 5, L’Africain, is a fox trot which Gus Viseur wrote with the Belgian clarinettist Harry Frékin, and here you can listen to its first recorded version (one of the six sides made in Brussels for Rythme in 1943) with its co-writer on clarinet, Albert Spegel on violin, Léon Demol on guitar (he later became a trumpeter), and two French musicians, bassist Jacques Petitsigne (a familiar figure with Gus right up to 1971) and drummer André Jourdan, who spent a long time accompanying Aimé Barelli. Gus would re-record L’Africain in 1949 for Pacific, and again in 1952 for Ducretet-Thomson. Another fox trot, this time recorded in Brussels for Decca in 1946, is track 8, Terry, with Victor Ingeveldt on clarinet (he was also an excellent tenor-player), Henri Segers on piano, Jean Donchamps on guitar and Jean Beckand on drums. Prior to this date, Gus had recorded numerous sides for Columbia in France, and also five sides (one of which is still unreleased) for the Swing label, including Gus blues (track 6), a slow-tempo tune written by Viseur where André Lluis (tenor), Robert Mavounzy (alto saxophone) and Gus all take choruses; the rhythm-section has two guitars (Matelo Ferret and Gaston Durand) and the double bass of Jacques Petitsigne. The latter, incidentally, was the musician behind the pseudonym «José Aguira» which appeared on many tango and paso doble classics for various labels in the early Fifties.

In 1948 Gus Viseur signed with Pacific and made twenty 78rpm records between then and 1949; they are extremely rare today, and have never been reissued on CD. I wanted to include five of these sides despite the sound-quality of certain takes, and special mention should be given to the work carried out by my good friend Christophe Hénault of Studio Art et Son, who corrected the pitch for each title and balanced the lower and upper registers. The titles from that Pacific period are the superb waltzes A tout va by Gus Viseur, Tony Muréna’s Quinte floche, and two compositions by Joseph Colombo, Zingarella and Volga (tracks 7, 9, 11 & 12). Track 10 is the international standard Body and soul which has inspired all the great jazz soloists, here performed by the Accordion’s Club (cf. above).

Of the 76 titles which Gus recorded for Ducretet-Thomson, nostalgic fans of the Fifties will particularly like listening to the bolero Luna rossa (its composer, A. Vian, is no relation whatever to Boris.) This title was sung and recorded by Lucienne Delyle, Tino Rossi and others, and another early Fifties hit is Paul Misraki’s «slow fox» tune Tu n’peux pas t’figurer (track 16), a delight for dancers. It was sung both in French and English (in its original version) by Suzy Delair in the last film made by Laurel & Hardy, Léo Joannon’s «Atoll K» (1951). While signed to Ducretet-Thomson, Gus Viseur was lucky enough to be able to record many of his own tunes, and here you can listen to these waltzes: Soir de dispute in F major, written with pianist Jacques Morino and previously recorded for Columbia (1938); Nocturne visite in C minor, which dates from 1952; the A major waltz Quinze mai (also from ‘52 – a second version was made for Vogue in 1969); and Janou, written with guitarist Tulio Vicentini. This is the only recording of this tune. An up-tempo polka follows – in traditional musette style – with Filoche (track 18), written with Julien Peyronnin, and the collection comes to a sparkling, more modern conclusion in a duet featuring Loulou Legrand, another brilliant accordionist recording for Ducretet, the gleeful Be-bop polka.

Personally, I’ve always had a soft spot for a beautiful accordion, and I’m no different from many fans who believe that Gus Viseur was an exceptional innovator; after all, he was the one who succeeded in introducing his squeeze-box to the world of jazz despite the reticence of many «purists». And let’s not forget that the syncopated improvisations of Gus Viseur were never challenged by any accordionist who played a swing-waltz. «Tatave» remained the absolute master.
Adapted by Martin Davies
from the French text of Dany Lallemand
© 2012 Frémeaux & Associés

Concept: Dany Lallemand
Original recordings and photos from the Dany Lallemand collection.
Thanks to Christophe and Céline Durand.


Ce deuxième volume consacré à Gus Viseur est le complément indispensable au disque précédemment réalisé pour Frémeaux & Associés par Didier Roussin, qui couvrait la première partie de sa carrière.

Dany Lallemand fait revivre vingt superbes enregistrements de Gus Viseur, parus entre 1942 et 1952, qui n’ont presque jamais été réédités sur CD à ce jour. Le maître de l’accordéon-swing, interprète virtuose et compositeur magnifique, est ainsi remis à l’honneur dans la quintessence de son art.
Claude Colombini Frémeaux

This second volume devoted to Gus Viseur is indispensable as a complement to the record previously released by Frémeaux & Associés with recordings from the musician’s early career compiled by Didier Roussin. In this new set, Dany Lallemand gives a new lease of life to 20 superb recordings made by Viseur between 1942 and 1952, and all of them are pieces which have hardly ever been available on CD until now. As a master of accordion-swing, the virtuoso performer and composer Gus Viseur fully deserves his place in the Hall of Fame with these pieces representing the quintessence of his art. 
Claude Colombini Frémeaux

CD GUS VISEUR 1942-1952 L'ACCORDEON MUSETTE ELEVE AU RANG DES BEAUX ARTS, GUS VISEUR © Frémeaux & Associés 3012 (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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